Ven.
19
Sep

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Article d'édition

La malédiction ? BP.

La marée noire ? Quelle marée noire ?

Évidemment les employés affectés au nettoyage ne trouvent pas de pétrole... BP a utilisé des dispersants pour le cacher temporairement de façon à ce qu’il infeste le Golfe pendant des années. (Washington’s Blog, 28 juillet 2010) 

 

De nouvelles manchettes annoncent que les employés affectés au nettoyage en voient de toutes les couleurs pour trouver le pétrole.Ça sonne bien, non ?En fait, si BP avait laissé les choses suivre leur cours

- les navires équipés pour écrémer le pétrole auraient pu en récupérer le maximum

- les barrages flottants auraient empêché la majorité du pétrole de toucher la côte

- et les bactéries mangeuses de pétrole auraient pu digérer le gros du pétrole restant. Au lieu de cela, BP a utilisé des milliers de mètres cubes de dispersants pour cacher le pétrole en le divisant, faisant en sorte qu'il coule sous la surface. 

 

Çà veut dire que les navires équipés pour l’écrémage ne peuvent ni le trouver, ni le récupérer. Comme l’a relevé le 16 juillet le Times-Picayune

« L’énorme écrémeuse de pétrole "A Whale" a en réalité été échouée après qu’elle se soit avérée inefficace pour récupérer le pétrole de la marée noire dans le Golfe du Mexique

Le pétrole est trop dispersé pour convenir à l'énorme capacité du supertanker taïwanais converti, a dit Bob Grantham, un porte-parole de l'armateur de TMT;

Il a dit que le recours de BP à des dispersants chimiques a empêché A Whale, dont on dit que c’est la plus grande écumoire du monde, de récupérer une "quantité importante" de pétrole au cours de la semaine de test qui a pris fin vendredi.

 

"Quand des dispersants sont utilisés en grande quantité pratiquement à l’endroit où le pétrole jaillit du puits, cela présente une vraie gageure pour en récupérer un grand volume", a dit Grantham dans une déclaration écrite qui n’incluait pas les chiffres du test de récupération du pétrole. » De la même façon, l'utilisation de dispersants signifie que les barrages flottants ne peuvent guère empêcher le pétrole d’atteindre le rivage. Comme l’explique le biologiste marin et expert en marée noire Paul Horsman, le recours aux dispersants pétroliers et les barrages flottants sont des stratégies qui se contrarient. Plus précisément, briser quelque chose en minuscules particules et les disperser partout dans une région de plus d’un mile de profondeur sur des centaines de miles de large (la raison pour laquelle d’énormes quantités de dispersants ont été appliquées sur le site de la fuite à 5.000 pieds de profondeur ainsi que qu’à la surface), rend plus problématique d’isoler et de contenir le pétrole à la surface (la raison du recours à des barrages flottants). Et le Corexit tue peut-être les bactéries mangeuses de pétrole qui auraient pu autrement digérer la marée noire. La scientifique de l’université de Géorgie Samantha Joye, note que les scientifiques n'ont aucune idée des effets qu’aura l'énorme quantité de dispersant sur la flore microbienne du Golfe (pour plus d'informations, voir la partie 1, la partie 2, la partie 3, la partie 4 et la partie 5 de la conférence de presse du 13 juillet de Mme Joye). 

En outre, tel que MSNBC le constate, les bactéries mangeuses de pétrole sont moins actives en eau profonde, là où disparaît dans l’eau beaucoup de pétrole après traitement par des dispersants: « Certains font remarquer qu’il y a peu de connaissances sur les écosystèmes en eaux profondes — ou sur la manière dont réagiront le pétrole et les dispersants sous la pression de l'eau extrêmement élevée, à très basse température, avec l'oxygène limité et pratiquement aucune lumière. ...Les conditions au fond du golfe pourraient aussi affecter les bactéries qui aider à dégrader le pétrole près de la surface, car elles sont moins actives dans le froid que dans les eaux chaudes de surface, et il se peut qu’elles soient moins abondantes dans les profondeurs. "Nous savons que la matière se dégrade en surface", dit Ralph J. Portier, professeur des études environnementales à LSU. "Mais qu’en est-il avec la population microbienne en profondeur ?" » Le magazine Scientific American signale : « La dernière (et unique) défense contre la marée noire actuelle de Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, consiste en milliards de minuscules microbes mangeurs d’hydrocarbures, comme le borkumensis Alcanivorax. En fait, la principale raison d’utiliser plus de 3768 mètres cubes de produits chimiques dispersants sur la nappe de pétrole, au-dessus et en dessous de la surface de la mer, vise à disperser le pétrole en gouttelettes plus petites, que les bactéries peuvent consommer facilement. 

"Quand le pétrole est sous forme de très petites gouttelettes, la dégradation microbienne est bien plus rapide", dit l’écologiste spécialiste en flore microbienne Kenneth Lee, directeur du Center for Offshore Oil, Gas and Energy Research with Fisheries and Oceans Canada, qui a mesuré les gouttelettes de pétrole dans la Golfe du Mexique afin de déterminer l'efficacité du recours aux dispersants. "Les dispersants peuvent aussi stimuler la croissance microbienne. Les bactéries mâchouillent [sic, ndt, digèrent] les dispersants aussi bien que le pétrole".Seulement, les eaux plus froides des profondeurs inhibent la croissance microbienne. "Le métabolisme ralentit en gros d’un facteur de deux ou trois à chaque baisse de température de 10 degrés", note David Valentine, biogéochimiste de l'université de Californie à Santa Barbara, qui vient de recevoir un financement de la National Science Foundation pour caractériser la réaction microbienne à la marée noire actuelle.

"Comme la température y est très basse, elle va se produire très lentement pour la matière dans les profondeurs". ...Parallèlement, l'ajout de dispersants dans les profondeurs sous la surface a des effets incertains ; ils peuvent même finir par tuer les microbes qu'ils sont censés aider, du fait que le Corexit 9527A contient du 2-butoxyéthanol, un solvant carcinogène connu pour l’homme et un poison pour les animaux et les autres formes de vie. » Le journal Mother Jones fournit des détails supplémentaires : David Saint-Valentin... prévient que le produit pourrait être plus dangereux qu’il ne l’est simplement du fait de sa toxicité. Le Corexit pourrait attaquer les microbes mangeurs naturels de pétrole. Certains des plus efficaces mangeurs de pétrole — les alcanivorax borkumensis — sont des organismes relativement rares qui ont évolué jusqu’à se délecter d’hydrocarbures provenant des suintements pétroliers d'origine naturelle. Valentine a dit à Eli Kintisch dans Science Insider, qu’après les marées noires, les alcanivorax ont tendance à être les microbes dominants trouvés près du pétrole et qu’ils sécrètent leurs propres molécules tensio-actives pour désagréger le pétrole avant de le consommer. D'autres microbes ne produisent pas de tensio-actifs mais dévorent le pétrole déjà dispersé en globules suffisamment petits, notamment celui qui a été dissocié par les alcanivorax. Ce que nous ne savons pas, c’est comment les agents tensio-actifs des produits du genre Corexit pourraient affecter la capacité à manger le pétrole des alcanivorax et des autres microbes producteurs de tensio-actifs. Le Corexit peut-il empêcher les alcanivorax de se lier au pétrole ? Peut-il affecter la manière dont les microbes sécrètent leurs tensio-actifs ? Le Corexit peut-il rendre les tensio-actifs naturels moins efficaces ? La National Science Foundation a adjugé une bourse à Valentine pour étudier la question. C’est pourquoi ce n'est pas une bonne chose que les employés affectés au nettoyage ne trouvent pas de pétrole. Ça veut dire qu’il se cache sous la surface, dans les eaux profondes où l’activité bactérienne est amoindrie, en empoisonnant la vie sous-marine, et qu’il faudra tout nettoyer à nouveau à chaque tempête dans les années à venir.Même l'amiral Thad Allen, le délégué du gouvernement affecté à la crise, a déclaré que le bourbier pétrolier est compliqué à nettoyer. Tel que signalé par l’AP le 7 juin : « Le rapport plein d'espoir a été contrebalancé par une annonce selon laquelle, la marée noire, très étendue, est éclatée en des centaines, voire des milliers de nappes de pétrole, capables d’infliger des dommages qui pourraient persister pendant des années. L’amiral de la Garde côtière Thad Allen, le délégué du gouvernement nommé pour la crise, a dit que le nettoyage du merdier est plutôt compliqué. Le traitement de la marée noire en surface se poursuivra pendant quelques mois, a-t-il dit lors d'une conférence à Washington. Mais "les problèmes de longue durée de restauration de l'environnement, des habitats et de tout le fourbi, dureront des années". » Et l'amiral Allen a admis dans sa conférence de presse hier, que le pétrole pourrait refaire surface plus tard dans le futur : Question: Il y a eu des rapports sur de très grands panaches sous-marins de pétrole à des milliers de mètres sous la surface de l'océan. Mais quand vous dites qu'il est possible que la côte soit touchée dans quatre à six semaines, comment avez-vous trouvé ce chiffre ? Et "tenez-vous compte de ces très grands panaches de pétrole qui sont là-bas et de la très grande difficulté à juger où ils vont" ?Amiral Allen: "Ce que nous allons continuer à surveiller, c’est le pétrole que nous ne pouvons pas voir... Mais l'impact final de cette marée noire... que le pétrole remonte ou non plus tard à la surface, fera l'objet d'une surveillance de longue durée"... Les conséquences dureront longtemps, très longtemps. 

Le membre du Congrès Markey a déclaré aujourd'hui : BP a fait du Golfe « un bassin toxique » qui « hantera cette région » pendant des années, car « tout le pétrole est encore sous la surface. »

 

Original : http://www.washingtonsblog.com/2010/07/of-course-clean-up-workers-cant-find.html

Traduction copyleft de Pétrus Lombard Mercredi 28 Juillet 2010

Newsletter