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Article d'édition
Édition : Rainbow warriors

(La) Nouvelle Maud: (La) vieille télé

On était parti pour faire la chronique toute simple d'un programme télé, (La) Nouvelle Maud, la « nouvelle série familiale et contemporaine de France 3» dixit le dossier de presse, dont les trois premiers épisodes ont été diffusés samedi 5 juin, à 20h35 (les trois derniers sont programmés pour le samedi 12 juin, à la même heure). On nous avait promis des personnages LGBT hauts en couleur: on y est donc allé voir de plus près. Et on n'a pas été déçu. La consternation a peu à peu laissé la place à la colère. Comment, en 2010, peut-on encore proposer des programmes pareils, où les clichés les plus éculés s'enfilent comme des perles? À l'heure où France Télévisions s'engage dans une politique originale et audacieuse de marketing affinitaire, avec la volonté affichée de s'adresser autrement au public LGBT, elle devrait prendre cette série comme un cas d'école: l'exemple parfait de ce qu'on ne veut plus voir.

AMBIANCE « PÉDALE DOUCE »
(La) Nouvelle Maud est effectivement une série familiale... mais elle n'a rien de moderne. Son curseur temporel s'est plutôt arrêté, au mieux, circa1995, à l'époque de Pédale douce, on y retrouve d'ailleurs la même finesse de ton que dans le film de Gabriel Aghion. C'est dire.

Maud est strip-teaseuse à Pigalle. À la mort de son frère, elle retourne dans son village natal où elle n'est pas la bienvenue car elle y a laissé un parfum de scandale, 20 ans plus tôt. Qui dit saga familiale dit évidemment rebondissements à gogo, morts mystérieuses, coucheries en tout genre, secrets qui éclatent... Et c'est bien normal, c'est la loi du genre. Cette Maud pourrait même avoir un petit air d'Isabelle Adjani dans L'Été meurtrier, bombe sexuelle dans l'atmosphère étouffante d'un village où tout le monde s'épie, mais nos rêves prennent vite fin. Dialogues plats, mise en scène inexistante: (La) Nouvelle Maud ferait passer Plus belle la vie pour du Gus Van Sant.

ÉPATER LA GALERIE
Sous prétexte que l'on est sur la chaîne des régions et en prime time, on nous sert une ruralité caricaturale, arriérée, la France du 13h de Jean-Pierre Pernaut. Ma mère qui a bientôt 70 ans, qui vit à la campagne, qui est connectée sur internet et surfe sur Deezer appréciera. Ah, c'est vrai, on a oublié le « ton très contemporain » de la série (selon l'expression des auteurs dans leurs notes d'intention): l'un des personnages prend de la coke et les adolescents s'envoient des SMS. Sous prétexte de faire un programme populaire, on nous sert les ami-e-s de Maud (forcément excentriques, pensez donc, ce sont des Parisiens) qui arrivent dans le village façon Priscilla, folle du désert - quand on vous dit que les scénaristes sont restés bloqués à l'année 1995. C'est un peu le cirque et ses freaks qui débarquent pour épater la galerie.

SITUATIONS IMPROBABLES
Parmi les ami-e-s excentriques donc, il y a Lulabelle, interprétée par Pascale Ourbih. Cette dernière a beau tenter d'apporter un peu de sa poésie, on se demande bien ce qu'elle est venue faire dans cette galère. Une scène vraiment laide, parmi d'autres: Ghislaine, la coiffeuse et commère du village, lançant à Lulabelle, qui est trans': « Alors, on vous l'a coupée? ». Le personnage de Ben, l'un des neveux de Maud, jeune gay dans le placard, échappe un chouïa à la médiocrité ambiante... même si la scène où il fait des avances à son copain de classe est totalement ratée - puisque les scénaristes ont l'air d'être obsédés par les années 90, on leur conseille de (re)voir Beautiful Thing. Certes, on enrobe tout ça d'un message de tolérance (Ben trouvera finalement du soutien de la part de son bourru de grand-père), mais les situations décrites sont tellement improbables qu'on a l'impression que (La) Nouvelle Maud se déroule dans une France qui n'existe pas. Côté réalisme, la pub gay de McDo fait 100 fois mieux. Et c'est une pub.

On sait bien ce que l'on va nous rétorquer:
- « C'est une comédie, et la comédie joue souvent avec les clichés ». Ok, mais comment fait-on avec une comédie qui n'est pas drôle avec de mauvais comédiens qui débitent des âneries? Zaza Napoli, c'est cliché mais c'est drôle parce qu'il y a un immense acteur derrière, en l'occurrence Michel Serrault. Ici, il ne reste plus que le cliché. Violent comme une insulte.
- « C'est toujours de la visibilité de gagnée pour les LGBT à la télé ». Mais nous n'en sommes plus au combat de la visibilité! Pourquoi nous ressortir ces personnages d'un autre temps alors que ces dernières années des séries télé comme Clara Sheller, Skins, Six Feet Under, Queer As Folk ou encore The L Word ont considérablement fait évoluer la représentation des LGBT sur le petit écran. N'importe quel épisode de Cold Case avec un personnage homo est largement plus subtil que ce que l'on nous inflige là. Et Cold Case est diffusé à 20h30!
- « Ça marche, l'audience est au rendez-vous ». C'est vrai. France 3 est arrivée troisième samedi dernier avec une audience crescendo au fil des épisodes (2,4 millions de téléspectateurs pour le premier épisode, 2,7 millions pour le deuxième et 2,9 millions pour le troisième, selonOzap.com). Ce qui ne fait qu'ajouter à notre consternation.

Les trois premiers épisodes sont visibles sur le site de France 3 pendant 7 jours après leur diffusion.

Yannick Barbe

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