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Égypte : la confiance publique et les fonctionnaires

En analysant la façon avec laquelle le Président Morsi a choisi de faire face aux émeutes de la semaine dernière, il est devenu de plus en plus difficile de trouver une lueur d'espoir. La vision d'horreur d'Égyptiens s'entre-tuant – à propos de croyances politiques – avec une telle conviction est sans précédent. De plus, voir les politiciens se servir de cet évènement pour faire avancer leurs agendas avec un mépris absolu du caractère sacré de la vie humaine me rend malade.

Tout au long de la semaine dernière, un certain nombre de conseillers du Président Morsi ont remis leur démission pour protester contre son attitude dans le traitement du désordre et annoncer qu'aucun d'entre eux n'avait était tenu au courant de la déclaration controversée [qui donne des pouvoirs régaliens au président] ; même le vice-président du Président a admis être complètement étranger à ce qui s'était passé.

Il est devenu évident pour tout le monde que l'organisation des Frères musulmans est le seul organe de décision. Pour ma part, cela ne représente pas vraiment une surprise mais pour tous ceux qui avaient encore des doutes quant à l'allégeance du président, il est plus que clair maintenant qu'il n'appartient pas à tous les Égyptiens.

Le pire, c'est que la réalité du conflit n'a rien à voir avec la Shari'a ; plutôt, il est placé dans ce contexte de façon à mobiliser les masses pour n'importe quel objectif : simplement protester, lutter (littéralement) contre l'opposition ou tout simplement voter.

 

 

Il est beaucoup plus simple d'avoir des convictions fortes quand toutes les personnes qui ne partagent pas votre point de vue sont considérées comme « infidèles », des « vestiges de l'ancien régime » ou des «  conspirateurs » qui sont payés pour planifier la destruction de la nation. Comment se fait-il qu'il y ait toujours une conspiration dont seul le souverain soit au courant ?

Lorsque le Président a pris la parole – jeudi dernier – afin de s'adresser à la nation, il a déclaré que la police avait arrêté un grand nombre des personnes qui sont responsables des actes de violence qui ont eu lieu à proximité du palais présidentiel pendant les récentes manifestations. Ceci est un mensonge éhonté. La police n'a arrêté personne ; les manifestants ont été livrés au poste de police après avoir été battus, torturés et emprisonnés, avant d'être libérés samedi car il n'y avait aucun preuve à leur encontre qui aurait permis de les garder en vue plus longtemps.

« Pour quelle raison êtes-vous opposés à un référendum sur le projet constitutionnel ? La majorité décidera ; n'est-ce pas ainsi que la démocratie doit fonctionner ? » Telle est l'essence de l'argument actuellement utilisé par la majorité des politiciens islamistes.

Dans ce cas, permettez-moi de demander où se trouvait la démocratie quand le « pieux » Président a brisé son serment de « sincèrement maintenir le régime républicain et de respecter la Constitution et la loi » en s'octroyant le pouvoir législatif et en mettant de côté – pour une durée indéterminée – le pouvoir judiciaire ? De quelle façon le Président peut-il parler de la démocratie après cette autocratie auto-proclamée ? N'a-t-il pas honte ?

Les juges qui supervisent les élections sont généralement payés 2 000 livres égyptiennes (253 €). Cependant, ceux qui ont accepté de superviser le référendum impopulaire de Morsi recevront – selon le très influent Club des juges – plus de 10 000 livres égyptiennes (1260 €). Qu'est-ce que cela signifie par rapport à la guerre contre la corruption qu'est censé mener Morsi ? Apparemment, la corruption est conforme à la Shari'a lorsqu'elle sert l'ordre du jour.

Même si je conviens que les appels à destituer Morsi ne sont ni constructifs ni réalistes, je pense qu'il a perdu la confiance du peuple. Et en l'absence de cette confiance, il lui sera très difficile de conserver son titre.

Mohamed El-Bahrawi

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Article reproduit avec l'autorisation du Daily New Egypt


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