Sam.
20
Sep

MEDIAPART

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Article d'édition

Douleur franco-syrienne

A-t-on le droit de penser que le pouvoir syrien n'est absolument pas à la hauteur des attentes légitimes de la population et de constater , en même temps, qu'il y a indiscutablement plusieurs sons de cloches sur ce qui se passe actuellement en Syrie? Est-ce une position acceptable ou vais-je d'être automatiquement considérée comme « Pro-Bachar»?

 

Assumons. Assumons puisque nous savons que « la vérité internationale » est un leurre et que l'Histoire est le carrefour de plusieurs histoires, de plusieurs points de vue et surtout de plusieurs douleurs, souvent.

Mon malaise vient de ce que l'on arrête pas de me demander mon point de vue et qu'en gros, quand je le donne, on m'en veut.

Comme si on attendait incessamment de moi que je valide les écrits médiatiques sur le « climat d'horreur » régnant actuellement en Syrie! Mais impossible de valider quoique ce soit, puisque jusqu'à maintenant aucun de mes contacts sur place ne me décrit les choses ainsi. La discordance entre la vie que me raconte les gens vivant en Syrie, où arrivant de Syrie, et ce que l'on lit dans les médias français actuellement est telle que la colère et le malaise s'installent en moi chaque jour un peu plus. Alors je voudrais vous faire part de tout cela et écrire noir sur blanc combien les voix sont disparates même si je sens bien que c'est ce n'est pas très à la mode, en France actuellement, d'imaginer un tableau plus nuançé des événement actuels syriens.

 

C'est sans doute lié d'ailleurs à l'ignorance totale des français sur ce pays. Comme première leçon, l'élève trouve que c'est un peu rude et l'actualité quand elle est présentée sous une telle urgence, n'aide pas aux recherches approfondis, j'en conviens. D'autant que les idées reçues et monolithiques sur le Monde Arabe en général ont la peau dure et viennent toujours s'imposer comme des vérités quand la connaissance fait défaut.

 

Ceci étant posé , je vis actuellement un quotidien quasi-schizophrénique sur le sujet syrien et c'est surtout la quête de l'honnêteté intellectuelle et plus égoïstement la recherche de tranquillité de conscience, qui motive ce papier.

 

Alors NON, je suis désolée mais les témoignages que j'ai de Syrie ne correspondent en rien avec un massacre grand échelle.

Ça correspondrait plutôt à un pays en crise, un pays où, (enfin!) chacun ose prendre la parole alors s'installe une douloureuse cacophonie, mais personne ne me parle d'une vie comme à Guatanemo. On en est pas là et surtout, surtout, surtout, on aimerait que l'Occident ne transforme pas la Syrie en Irak, ni en Libye. L'exaspération grandit d'ailleurs sur le thème: « Arrêtez donc de projeter sur nous !»

Personne ne nie qu'il y a eu de la violence et qu'il y en a encore, loin de là, mais personne ne considère non plus qu'un embargo va aider la population.

On me dit qu'à Damas, pendant le Ramadan, les restaurant étaient pleins le soir et la nuit et que le chiffre d'affaire des restaurations d'hôtels (lieux très prisés des damascènes pour se retrouver) est similaire à celui de l'année dernière. On me dit qu'à Alep « Il y a eu quelques manifs et ça s'est calmé ». On me dit aussi « Ah oui! La France a rappelé les profs de l'école françaises de Damas mais bon ils vont rouvrir avec d'autres profs parce que ça n'a pas de sens puisque les élèves (+ de 80% de syriens) peuvent tout à fait se rendre à l'école ». « Les français voient des crises humanitaires partout, qu'ils se calment ». Les chiffres que l'ont me citent concernant les manifestations sont a diviser par 3 ou 4 par rapport à ce que je lis sur « les émeutes ». Les responsables des troubles ne sont jamais vraiment clairement identifiés comme un groupe homogène. On ne m'a jamais parlé d'une opposition structurée, mais plutôt d'intention.

 

Les syriens avec lequel je suis en contact n'ont pas envie de repartir 15 ans en arrière. Ils viennent d'avoir accès de façon plus massive à Internet, au téléphone portable, à des facilités bancaires qui jusqu'à maintenant étaient le fait d'une minorité aisée. Tout ceci représente pour eux une ouverture aussi incroyable que fragile. Tout ceci prend du temps à digérer à l'échelle d'un pays et cette entrée dans le village global est délicate. Elle demande d'être respecter à sa juste valeur. J'en ai d'ailleurs assez écrit sur ce sujet dans mes papiers précédents pour avoir à m'étendre encore dessus, ici.

Cinq nouveaux hôtels sont en chantier à Damas, le pays est à l'aube d'une évolution sans précédent. Ça par contre, dés que l'on questionne sérieusement, tout le monde est assez d'accord: sous l'angle économique, la Syrie attaquait son big bang.

 

Alors évidemment, je ne peux pas m'empêcher de me demander s'il y a un lien entre cet acharnement occidental à nous parler d'un « cauchemar syrien » et cette possibilité pour la Syrie d'être un réel poids économique dans la région . Serait-ce lié?

 

Reprocherait-on à la Syrie de ne pas avoir la même lecture de l'Histoire que l'Occident?

 

En ce lendemain de grande commémoration, la question n'est pas dénuée de sens et en tous cas je viens de comprendre: c'est d'avoir peur de la réponse qui me bloque la gorge.

 

 

 

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