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Une communauté de destin

En lisant les réponses des personnalités les plus compétentes dans leur domaine de recherche et de savoir, je ne peux pas m’empêcher de penser que les meilleurs alliés de la réalité qui s’impose à nous sont ceux qui n’ont jamais véritablement représentés qu’eux mêmes.

Cette réalité économique et sociale, cette souffrance quotidienne, ces angoisses et incertitudes ne pèsent en rien sur des responsables politiques qui à leur façon adoptent la posture des dominants à distance d’une vie qu’ils ne pensent pas pouvoir être la leur ou celle de leurs proches.

Ce détachement physique et intellectuel se marque dans le spectacle de leur suffisance, associé à la faculté de parler sans pouvoir éprouver les effets prosaïques de la réalité économique et sociale, d’animer des réunions publiques, d’intervenir au nom de principes et de valeurs qu’ils ont renoncé à incarner par réalisme.

Cela fait plus de vingt ans maintenant que j’entends le discours de nos responsables, de nos leaders élus ou à élire.

Ils donnent de l’espoir, ils entretiennent l’illusion que la pensée, que leur pensée peut bousculer la réalité et provoquer un changement. Ils invitent au débat, à la participation, à ces commissions au cours desquelles le change est donné face à une réalité qui nous (leur) échappe.

En réalité, la volonté est absente, le pouvoir de modifier la réalité est réservé à une minorité qui le fera en intelligence et en responsabilité lorsque le temps sera venu et dans le respect des équilibres politiques qui procèdent de l’appartenance à une même catégorie supérieure d’individus, ceux qui pratiquent la politique et entretiennent l’écart qui la sépare d’une réalité économique et sociale dont ils considèrent l’intangibilité.

Ceux que je n’ai pas voulu appeler des intellectuels sont du point de vue des responsables politiques plus proches des citoyens lambda que des personnes auxquelles il convient de faire attention du fait de leur pouvoir économique et social.

Les «personnalités les plus compétentes dans leur domaine de recherche et de savoir» ne comptent pas plus que nous pour la même raison qui procède de la prise en compte de l’influence réduite qu’ils exercent sur une réalité dont nous savons désormais qu’elle ne semble pouvoir évoluer qu’à travers des catastrophes.

Ces phénomènes ne doivent rien à la fatalité mais tout à la volonté, l’inconscience ou la folie de quelques unes et que nos chères élites renoncent à anticiper parce qu’elles ne peuvent l’être qu’à travers des actions qui ne peuvent trouver leur légitimité qu’à partir de la prise en compte de chacun d’entre nous comme mobile et acteur du changement à l’intérieur d’une communauté.

Ce matin encore, j’ai eu l’occasion d’écouter une émission de France Culture («l’esprit public») dont l’invité était l’immarcescible Michel Rocard. Celui qui représente le mieux l’évolution du socialisme est venu parler des grands enjeux écologico-énergétique, promeuvant la taxe carbone tout en laissant entendre le caractère inéluctable de l’exploitation prochaine des richesses minérales de l’Artique.

Tout est là du désespoir auquel mène la prise en compte de cette culture du paradoxe qui fige l’action en intellectualisant les motifs du renoncement.

Quiconque a fait l’expérience d’une assemblée de section du parti socialiste ou d’une intervention publique a été témoin de ce télescopage entre la question concrète qui amène la définition d’une action concrète et la réponse performative. Celle là même dont l’audience suffit à apaiser les angoisses, relancer l’espoir et renforcer le sentiment d’appartenance à un parti qui semble aujourd’hui avoir épuisé sa capacité à faire illusion quant à la volonté de ses responsables à prendre en main l’avenir de la France, préférant confier cette tâche à un homme qui sait incarner sans ambages les contradictions d’une droite à la fois conservatrice et libérale, autoritaire et inégalitaire.

 

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