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Parti socialiste: sortir de l'impasse (#4)

Renaud Chenu est journaliste indépendant. Il collabore à la rédaction de Parti Pris (lettre mensuelle socialiste animée par Emmanuel Maurel). Il a 27 ans.

 

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Ce serait burlesque s'il ne s'agissait pas du Parti Socialiste. Ce serait comique s'il ne s'agissait pas de la gauche. Ce serait décontractant s'il ne s'agissait pas de l'avenir d'une aspiration commune à des millions de français : construire une alternative au grand n'importe quoi libéral qui génère tant de misères et de violences. La bataille qui agite le landerneau socialiste est du niveau actuel des cadres de ce Parti en pleine dérive: très petite.

 

 

Quand le PS se contente d'attendre 2012 pour toute forme d'opposition

 

 

Tout pouvoir, aussi nul et néfaste soit-il, n'a jamais qu'un seul véritable souci : l'émergence d'un contre pouvoir déterminé à lui prendre sa place. Sarkozy est tranquille. Il a beau gérer la France n'importe comment, en chef de bande plaçant ses potes aux postes stratégiques et appauvrissant l'État pour mieux enrichir sa caste, ses adversaires sont encore pires que lui. Incapables de formuler ce que le peuple de gauche attend, la direction du PS se contente de faire ce qu'elle sait le mieux faire : se ridiculiser publiquement, sous le regard atterré de ceux qui ont besoin d'un PS fort, efficace, combattif, à l'initiative. Le PS reste rongé par ses vieux démons, obsédé par son nombril, sans ligne politique, se complaisant dans l'errance idéologique et géré par des élus gavés de mandats, sans envie ni projet.


Le PS a raté son congrès de novembre 2008. Intervenu bien trop tard après la présidentielle imperdable et pourtant perdue de 2007, il fut une caricature lamentable de bretteurs aux petites ambitions, en plein déploiement de la crise financière. Triche, coups bas, combinaisons sans cohérence... Pour finir sur un remake de La guerre des femmes d'Alexandre Dumas. L'ensemble des socialistes y ont perdu à trop vouloir faire perdre l'autre. Et pourtant, nous sommes plus que jamais dans la période de tous les possibles. Le projet du socialisme démocratique, fondé sur l'égalité, est le seul à pouvoir donner le change au projet libéral, fondé sur la rapacité, qui triomphe dans un monde ravagé par la crise.


Pas une journée sans l'annonce d'un nouveau plan social jetant des centaines de salariés et leurs familles dans la détresse. Réaction du PS? Inaudible. Sur la burqa? Martine Aubry s'est contentée de dire qu'il fallait «chercher à comprendre».

Sur l'autonomie de la jeunesse? Martin Hirsh a un boulevard, la proposition d'une allocation autonomie pour la jeunesse est pourtant dans les tiroirs du PS depuis des lustres et ardemment défendue par son organisation de jeunesse.

Sur la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN? C'est passé comme une lettre à la poste.

Sur la monstrueuse chasse aux sans papiers qui chaque jour provoque des souffrances intolérables à des gens qui ne font que fuir la misère Sur l'état pitoyable de nos prisons? Sur la modification de la Constitution permettant la ratification par le parlement du traité de Lisbonne? C'est passé grâce aux parlementaires PS sans lesquels le quota des deux tiers du parlement votant pour était inatteignable, et ce contre les promesses formulées à ce sujet pendant la campagne présidentielle...

On pourrait continuer à égrener les manquements collectifs d'un Parti qui a fait le choix de se contenter d'attendre 2012 pour toute forme d'opposition à une droite brutale menant une politique injuste. Nicolas Sarkozy se voit président jusqu'en 2017 et le PS semble s'y être résigné.

 

 

Refuser de voir la réalité, une seconde nature


La lamentable campagne européenne qui s'est terminée sur une veste électorale bien méritée était inscrite dans le comportement autiste de la direction du PS depuis 2002, qu'on peut résumer en quelques dates.
2002. Cris stridents à Solferino. Le PS est éliminé au premier tour de la présidentiel. L’apôtre du « bon bilan » autoproclamé fait le bilan et se fait Hara-Kiri. Son programme n’était « pas socialiste ». « Les français n’ont pas compris ». Tocards, les français. Le PS fait le sourd et l’aveugle. Remise en question à la marge.
2005. Le PS appelle à voter «OUI» au TCE. Le Peuple dit «NON». Le «NON» de gauche est majoritaire dans ce «NON». Le PS fait le sourd et l’aveugle. Pas de remise en question.

 

Novembre 2006. Le PS se cherche un candidat, il en trouve une. Un fort besoin de renouvellement doublé d’une campagne médiatique savamment orchestrée, et le PS s’offre une synthèse de Marianne et Marie à offrir au suffrage populaire. Superbe.

 

Mai 2007. Grosse claque. On se souvient d’une campagne surréaliste où les abstractions évanescentes du type «nouvelles sécurités durables» jaillirent de l’usine à gaz «démocratie participative» où les «citoyens experts» blablataient sur le drapeau et l’efficacité de la justice en Chine. Grand happening. Warhol aurait aimé. La direction reste en place. Début de remise en question, mais attention, ne pas se disperser : «Attendons les municipales»! On reporte l’explication à novembre 2008. Le PS fait le sourd et l’aveugle.

 

Novembre 2008. Le drame. Résultat de onze ans de synthèse molle et de non-choix idéologiques. Ça craque de partout. PS renouvelé cédant aux sirènes du centre avec Royal ou «vieille maison» sauvegardée avec Aubry ? Bateau ivre, le PS s’engage en eaux troubles avec deux équipages tirant pour l’un à bâbord et l’autre à tribord. Le futur capitaine sera sous la menace constante d’une mutinerie. Les perdants n’auront de cesse de vouloir se venger…Aubry emporte la partie après le grand sketch de la «commission de recollement».
Juin 2009. 16 % aux élections européennes dans un scrutin marqué par 60 % d'abstention. Les Verts font jeu égal avec le PS. Aucune remise en question. «Le PS doit se mettre au travail » dit la cheftaine.

 

 

La poussée d'hormone de Valls, épiphénomène de la crise du PS


Ce n'est certainement pas Manuel Valls qui va régler le paradoxe historique du PS aujourd'hui: être incapable de «profiter politiquement» de la crise alors que son déroulement valide en théorie les analyse de la gauche sur le libéralisme. Manuel Valls n'a jamais brillé que par ses provocations droitières et son volt face en 2005, appelant consécutivement à voter «Non», puis «Oui» au TCE en 2005. Rangeons-le dans la seule case qu'il mérite d'occuper : celle des épiphénomènes de la crise structurelle du PS.


L'appareil critique au sein du PS reste cependant vivace. La réflexion menée se situe pourtant de plus en plus «hors les murs» de Solférino, dans les clubs, syndicats, revues et associations pour venir ensuite alimenter le débat au sein des différentes instances du parti (section, fédération, conseil national...) Il n'y a que le quarteron de fripons obsédés par 2012 et le «retour» de DSK, Fabius et autres grands sauveurs suprêmes qui ne s'en rendent pas compte au sein de ce Parti. Les sections sont actives, les militants réfléchissent, produisent des analyses, imaginent des solutions aux problèmes de leurs concitoyens, certains députés font un travail remarquable...

 

Le dernier grand débat qui anima le PS, sur le TCE en 2005, a prouvé que cette organisation peut être le lieu d'une réflexion riche et intense. Mais tout cela n'est pas médiatiquement vendable. Valls qui nous fait une poussée d'hormone, c'est plus fun à couvrir. Gageons que l'université d'été de la Rochelle sera le cirque habituel, avec ses militants et élus sérieux venus travailler et quelques grandes gueules venus jouer au bal trappe avec leurs fusils à petites phrases assassines calés sous l'épaule, qui feront frémir la salle de presse à chaque mouvement de lèvres.

 

Sortir de l'impasse ?


Depuis l'ouverture de la «parenthèse libérale» en 1983 et surtout depuis la sanction par l'électorat de gauche de la politique «d'accompagnement social du libéralisme» de Jospin, les socialistes français ont été incapables de retrouver un fil a plomb orientant une ligne cohérente, en phase avec les exigences sociales, démocratiques et écologiques du temps, et une stratégie d'unité de la gauche tournée vers la victoire.


Le PS doit retrouver le chemin de la gauche ou continuera à dépérir. La tentation du centre, toujours présente et assumée par la première secrétaire qui co-gouverne la ville de Lille avec des élus Modem et envisage de « laisser le choix » aux présidents de Région de faire liste commune avec le Modem aux régionales est non seulement injustifiable (le Modem est de droite, seul Bayrou semble ne pas le savoir) mais politiquement criminel. Cela revient à saborder l'héritage socialiste tout en creusant le sillon de la division à gauche, donc à prêter main forte aux futures victoires de la droite.


L'association électorale entre le NPA, le Parti de Gauche et le Parti Communiste qui se profile pour les élections régionales et pourrait se prolonger aux législatives conduira inévitablement tout un pan de l'électorat socialiste à choisir une gauche qui ressemble à une gauche (association de réformistes et de révolutionnaires qui pour une fois semblent écarter la stratégie du sectarisme) plutôt qu'une gauche qui s'allie avec le centre droit. Le PS ne pourrait plus revendiquer son rôle naturel de pivot de la gauche et la bataille pour la présidentielle sera perdue d'avance, au moins très mal partie.


Il est temps d'arrêter de croire aux vielles lunes du social-libéralisme, de la « troisième voix », ou autres sornettes qui ont fait la preuve de leur inefficacité. L'ensemble de la social-démocratie européenne est en crise profonde pour avoir quitté le terrain de la transformation sociale et démocratique au nom du « compromis avec le réel », de la «mondialisation» et autres justification type «marché». Le «réel», la «mondialisation», le «marché», ce sont en dernière analyse des gens obsédés par l'accumulation du gain et prêts à mettre le monde à sac pour conserver leur pouvoir et leurs richesses, comme le déroulé de la crise le confirme. Le seul compromis possible avec les rapaces, c'est de leur couper les griffes.


Le choix stratégique qui s'impose à toute la gauche ne porte qu'un nom : unité. Unité autour d'un projet qui repense les solutions de toute la gauche pour sortir de l'impasse libérale, à l'échelle du pays, de l'Europe et de la planète, et il faudra un peu plus d'imagination qu'une simple lettre de Madame Aubry envoyée aux états majors politiques de la gauche... qui se sont empressés de ne pas répondre.

 

Renaud Chenu

 

 

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