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« Se divertir, oui, mais de quoi ? » Marcel Hanoun

Au fond, dans ses grandes lignes, le tennis ennuie. Malgré les variations toujours possibles, le jeu se fonde sur des principes de reprise et de répétition sempiternels ; d’une saison à l’autre, son versant professionnel, avec ses comportements archétypaux et ses schémas tactiques identifiables, ses statistiques et ses prix, y ajoute le spectacle d’une reconduction permanente.

Et pour le champion après la victoire comme pour le spectateur qui, sans raison ni espoir, le soutient, il y a surtout le vide et la déception que ce n’était « que cela », après tout – rien peut-être. Pourtant, parmi d’autres, je ne cesse d’y revenir, comme si cet ennui, cette attente déçue voire ce malaise étaient la meilleure garantie d’une curiosité renouvelée – en même temps que la meilleure parade face à l’absorption du fana et le désir de « refaire le match » ensemble.

L’attention peut alors dériver, se détourner même temporairement des centres névralgiques (la compétition, l’économie ou la pratique du sport), pour aborder le tennis par le détail, la périphérie, les évidences perdues. Le revoir comme pour la première fois, à chaque fois : pourquoi y joue-t-on avec une raquette, et pourquoi cet outil a-t-il pris une importance démesurée aujourd’hui ? si la compétition est l’école de la vie, de quelle vie parle-t-on ? qui sont ces joueurs et ces joueuses professionnels dont la singularité semble s’effacer dès qu’ils entrent dans le stade qui fait office de scène ? pour quoi paye-t-on exactement lorsque l’on achète un billet pour aller voir des matches ? comment les pratiques d’amateurs sont-elles devenues déviantes, avec leurs joies de la dépense physique, leur goût du geste et de la compagnie de l’autre ?

Cette édition pourra durer tant que ces questions en généreront d’autres –et que son rédacteur parviendra à la renouveler. Car pour l’heure, je l’assure seul et avec des moyens restreints en français et en anglais ; des co-rédacteurs intéressés par ces quelques lignes générales sont les bienvenus, tout comme les lecteurs qui prendraient sur leur temps pour indiquer omissions, erreurs ou sources documentaires et prolonger un article ou un argument. La périodicité visée est d’une nouvelle publication tous les dix jours, parfois toutes les deux semaines : un rythme plus allègre est souhaitable, pas impératif. L’immense majorité de ce type d’efforts vise un suivi régulier d’actualité ou même des mises à jour permanentes, mais cela n’a pas à être le cas de tennis | let calls. L’internet, c’est un lieu commun, favorise la vitesse et le flux ; or, lui sont aussi liées des capacités de stockage qui font que, publiés hier, aujourd’hui ou demain, des articles restent consultables dans les présents en nombre infini qui seront ceux de leurs lecteurs. C’est une chance, non un désavantage, pour un effort rédactionnel modeste, que de ne pas avoir à se caler sur un défilement toujours trop rapide, mais plutôt sur l’envie de recherche et d’écriture de son ou ses participants. Dans son fonctionnement comme dans son approche, le droit pour cette édition d’être inactuelle est donc tout à fait revendiqué.

Cette revendication se traduit en différents types de rubrique, dont l’alternance ferait l’édition : entretiens ; notes de lecture sur un ouvrage, un article, un essai, une fiction, un site web, notes de projection sur un film documentaire, un match retransmis, des entretiens en vidéo ; courts récits de « fiction documentée » ; et sujets de réflexion ou d’enquête sur le tennis pris au sens large. D’ores et déjà, tennis | let calls lance des appels à témoins tous azimuts : anciens ramasseurs et ramasseuses de balles ; spectateurs de tennis, de manière très générale ; responsables de la retranscription des conférences de presse des professionnels lors des tournois ; professionnels ou semi-professionnels ; techniciens et ingénieurs du jeu impliqués à un titre ou à un autre dans la conception et la fabrication des outils nécessaires à sa pratique (court, balles, raquettes et cordages…) ; employés des industries audiovisuelles en charge de la représentation et de la diffusion du tennis ; pratiquants amateurs… Et j'en passe.

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