Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle on a appelé « les invisibles » une catégorie de citoyens ruraux ou habitants de la périphérie urbaine dont le vote a surpris. Ceux-là ont déjà retrouvé une visibilité. Mais les vrais invisibles, peut-être parce qu’ils ne votent pas (ou rarement), ce sont les personnes qui habitent la rue, dont la présence sur nos trottoirs crève pourtant les yeux. C’est la partie la plus visible de l’iceberg de la Précarité. Ils en font partie mais en constituent la partie la plus extrême, celle qui appelle une assistance à personne en danger, catégorie qui n’a et n’est plus rien, … nos concitoyens ! A la fois partie prenante du contrat social qui nous lie et symboles d’une cohésion sociale qui se délite. Dans la campagne présidentielle, qui en parle ? Ils sont hors champ.
En moins de 48h encore deux personnes sont décédées dans la rue à Paris, un homme dans le 16ème arrondissement et un autre dans le 8ème. Le nombre de décès appris depuis le mois de janvier 2012 est de 49 personnes.
Depuis le début de l'année 2012, nous avons déjà appris 45 décès. Hommes, femmes, enfant. Cette liste n'étant en rien exhaustive : ce sont les noms qui nous sont transmis par quelques associations, ou glanés dans des brèves...
A 10h, ce 1er novembre, il pleut un peu et face à l'Observatoire, dans les beaux quartiers parisiens, des immeubles haussmanniens et la future maternité de l'hôpital Cochin, un groupe de tentes est planté sur le terre plein. Là vivent des hommes et des femmes, ils sont peu nombreux, 4 ou 5, installés, allant et venant comme tout à chacun dans le quartier. La vie se déroule sans que rien ne perturbe les choses, les riverains observent ce campement depuis leurs fenêtres, ils font partie du quartier, comme certains disent.
Depuis quelques jours de nouveaux systèmes de répression apparaissent à l'attention des plus fragiles de notre société. Nous voyons promulguer de plus en plus d'arrêtés anti mendicités, anti glanage à Marseille, Nice, Limoge, Nogent sur seine, Montpellier...
Au cours de l’été, la démission du Président fondateur du samusocial, Xavier Emmanuelli a surpris tout le monde, notamment par ses motifs. Nous ne reviendrons pas dessus mais il est consternant de constater qu’un outil au service des personnes les plus fragiles, piloté par l’état ne réponde plus aux besoins initiaux faute de financement.
Voici le texte final de l'hommage rendu aux Morts de la Rue, mardi 14 juin 2011, place de la Réunion, à Paris. Nous tous, amis, riverains, proches, nous venons de rendre hommage à ces morts. Au cœur de notre deuil, ces morts nous interpellent, il nous reste à trouver la force de réagir, de nous indigner.
Cela semble être le mot d'ordre que nous pourrions comprendre actuellement, tellement les plus pauvres, les plus démunis, les plus fragiles sont la cible d'attaques et de culpabilisation.