Antonio Gramsci Guerre de mouvement et guerre de position Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan La fabrique, février 2012

En France, Gramsci a toujours eu mauvaise presse auprés de la plupart des penseurs critiques. Contrairement à sa réception dans le monde anglo saxon des "culturals studies", ou il a été utilisé de façon active dans le cadre des "subaltern studies" et des "post colonial studies",
Gramsci en France a surtout été victime chez nous d'une série de contresens. Non, Gramsci n’est pas le « classique » qu’ont instrumentalisé les héritiers italiens et français partisan du parssage d'un marxisme de caserne à l'approbation morne du monde comme il va. Il n’est pas non plus, sur le bord opposé, une pure icône du postmodernisme, limité au rôle de père des subaltern et autres cultural studies. On ne peut pas le réduire aux concepts « gramsciens » toujours cités, toujours les mêmes – hégémonie, intellectuel organique, bloc historique, etc. Il faut dire que Gramsci, si prestigieux qu’il soit, reste difficile à classer, et pas si facile à comprendre : les Cahiers de prison ne sont pas un livre, ce sont des notes rédigées dans les pires conditions, et il est remarquable que cet ensemble qui s’étale sur plus de cinq ans reste si cohérent.
Vision de l’émission du 3 décembre et du 10 décembre Notre liminaire : il y a évidemment pas mal d’ironie dans cet article. Si je le précise (alors que dans ma grande naïveté, je pensais que c’était évident) c’est qu’une première discussion « informelle » m’a définitivement guéri de toute naïveté sur les méandres de la mentalité humaine….
Nous sommes aujourd’hui confrontés au problème de la fin du grand rêve collectif qu’a signifié pour une part sensible de la population mondiale le communisme, le communisme comme politique concrète et comme horizon d’attente. Il ne reste plus alors que des ruines fumantes ou les sinistres statues du stalinisme dévoyé, ou les mortelles dissensions d’un communautarisme a sauce religieuse et/ou ethnique. Heureusement TF1 est là pour nous fournir une solution possible dans notre monde sans espérance.
TF1 nous dit que Le communisme ce n’est pas ce paysage gris, fait d’usines fumantes et de bâtiments administratifs d’une pauvreté architecturale absolue, mais aussi ce formidable élan de solidarité, cette force collective qui tire le meilleurs parti de tous et de toutes, qui mobilise les forces du collectif et qui fait monter les maisons, rappelant ainsi le fameux poème de Nazim Hikmet qui fait de la construction d’un immeuble une image saisissante de notre humaine condition.
Chaque Samedi, dans l’émission « tous ensemble », Marc Emmanuel mobilise toutes les forces du collectif pour sortir une famille d’une situation indigne, en recourant à la force du collectif et de la mobilisation sociale. « Tous ensemble, tous ensemble ! Ouais ! Ouais ! » Cette reprise du slogan phare du mouvement social de décembre 1995 montre assez les motivations subversives et l’ambition politique de l’émission. Ce n’est pas une émission « charitable » de plus, mais la formidable résurrection du communisme comme ambition et comme perspective.