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May

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Autour du procès de Khieu Samphan

 

Lundi s'ouvre à Phnom Penh le procès de dirigeants encore en vie d'un régime qui s'est appelé le Kampuchea démocratique. Les personnes inculpées sont responsables de la mort d'au moins 2.200.000 personnes sur une population qui en comptait 7.200.000. Mais manifestement, cela n'intéresse pas la presse française.Voici le texte d'une conférence que j'ai donnée hier soir à Phnom Penh, à l'auditorium de l'Institut français.

Je vous remercie de votre présence ici ce soir. Je remercie Olivier Planchon, Attaché culturel auprès de l’Ambassade de France à Phnom Penh et vice-président de l’Institut français pour avoir rendu cette soirée possible en mettant cet auditorium et son équipement de traduction simultanée à notre disposition. Que l’Institut français ait le souci d’offrir une traduction en khmer et en anglais mérite d’être souligné. Je m’efforcerai donc, pour faciliter la tâche des traducteurs, de m’en tenir à mon texte. Mes remerciements également à Olivier Jeandel, pour son soutien. La librairie Carnets d’Asie est en effet le seul endroit, à Phnom Penh, où mes livres sont en vente. Il va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant, que je m’exprime à titre strictement personnel.

Le sujet de ce soir est grave puisqu’il s’agit d’évoquer une des plus grandes tragédies qu’ait connu le 20e siècle. Et s’il était besoin encore de souligner cette gravité, je rappellerai ce propos de Primo Levi, un survivant d’Auschwitz : « On nous demande souvent, comme si notre passé nous conférait un pouvoir prophétique, si « Auschwitz » reviendra : s’il se produira d’autres exterminations en masse, unilatérales, systématiques, mécanisées, voulues à un niveau gouvernemental, perpétrées sur des populations innocentes et désarmées, et légitimées par la doctrine du mépris. Par bonheur, nous ne sommes pas prophètes, mais il est possible de dire quelque chose : qu’une tragédie semblable, presque ignorée en Occident, a eu lieu autour de 1975 au Cambodge. » Une opinion qui rejoint celle du diplomate tunisien Abdelwahab Bouhdiba, chargé en 1978 par la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, d’examiner plus de 1000 pages de témoignages sur ce qui se passait alors dans le Kampuchea démocratique. Son rapport conclut : "Les évènements survenus au Cambodge sont sans précédent dans notre siècle, à l’exception des horreurs du nazisme." Entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, les crimes commis sur ordre d'un petit groupe de dirigeants conduits par Pol Pot, ont provoqué la mort d'au moins 2.200.000 personnes parmi une population estimée à 7.200.000 ; 90% des titulaires d'un certificat d'études ont disparu. Il n’est pas contestable qu’on se trouve devant un processus d’extermination en masse.

 

La gravité d’un tel sujet et le respect du aux victimes m’inclinent à considérer que l’anecdotique et le superficiel qui font le délice de certains journalistes, mais éloignent de l’essentiel, n’ont pas leur place dans mon propos. Ce qui est central dans ce que j’ai à dire, c’est l’absolue nécessité de rejeter toute forme de négationnisme. Le négationnisme, c’est la réécriture de l’histoire, c’est la négation de la souffrance des victimes. C’est la victoire des bourreaux, par delà leur défaite militaire et politique. Chaque chambre à gaz niée, c’est une victoire du nazisme. Chaque négation du génocide cambodgien, c’est une victoire du polpotisme.

Cambodia : the Paris peace accord that failed to bring peace

Lettre au Rédacteur en Chef du New York Times.

 

"This year is the 20th anniversary of the Paris peace accords that ended the Cambodian war and any further threat from the murderous Khmer Rouge" wrote Elisabeth Becker in her opinion published by the New York Times on August 17. This is, from someone who used to be a responsible journalist, a surprising statement.

 

Like her, I reported all the peace negotiations. Like her, I wrote many comments about UNTAC, the UN operation that was in charge of implementing the accords. But I do not share her global evaluation of the agreements signed in Paris in 1991 and the way they have been implemented. Because the peace accords failed to bring peace in Cambodia. They failed to end the Khmer Rouge threat.

 

Nuremberg à Phnom Penh : le procès des complices de Pol Pot commence

Ce lundi 27 juin 2011, s’ouvre à Phnom Penh, le procès des dirigeants encore en vie du Kampuchea démocratique, le régime des Khmers rouges dirigés par Pol Pot. Ce fut un des plus barbares du XXe siècle. Les crimes commis n’ont de comparables que ceux de l’Allemagne nazie. Un des survivants d’Auschwitz, Primo Levi, écrivait à ce propos, « On nous demande souvent, comme si notre passé nous conférait un pouvoir prophétique, si « Auschwitz » reviendra : s’il se produira d’autres exterminations en masse, unilatérales, systématiques, mécanisées, voulues à un niveau gouvernemental, perpétrées sur des populations innocentes et désarmées, et légitimées par la doctrine du mépris. Par bonheur, nous ne sommes pas prophètes, mais il est possible de dire quelque chose : qu’une tragédie semblable, presque ignorée en Occident, a eu lieu autour de 1975 au Cambodge. »

Il faut donc se réjouir de l’ouverture de ce procès, important pour toute l’humanité, même s’il survient trente ans après les faits. Trente longues années d’impunité dont les Occidentaux et les Chinois portent la plus grande responsabilité, puisque c’est une coalition sino-occidentale qui a sanctionné le peuple cambodgien pour avoir été libéré de la barbarie des Khmers rouges par le Vietnam et qui a choisi de soutenir Pol Pot et ses complices pendant les dix années qui ont suivi leur chute, puisqu’il a fallu encore dix ans avant que le pays soit pacifié par les soins du gouvernement cambodgien, l’ONU ayant échoué dans cette mission et puisque six années de négociations avec l’ONU ont encore été nécessaires avant que soit mis en place un tribunal ad hoc lequel a eu besoin d’une bonne année avant d’être opérationnel fin juin 2007. Entretemps, Pol Pot, Son Sen (ministre de la Défense et responsable du Santebal, la Gestapo ou la Tchéka/KGB du Parti Communiste du Kampuchea), Yun Yat (ministre), Thiounn Thioeunn (ministre), Ta Mok (chef du commandement militaire) et son adjoint Kaè Pauk (responsable des 100.000 morts des massacres de la zone est) sont morts. Ils exerçaient les plus hautes responsabilités avant 1979. Ils avaient tous bénéficié de la protection de la communauté internationale entre 1979 et 1993. Son Sen faisait même partie, avec Khieu Samphan, du Conseil National Suprême créé par les Accords de Paris (1991) et chargé d’incarner, pendant la période de transition, la souveraineté nationale !

Procès de "Duch" et du "polpotisme", déposition de Raoul Marc Jennar à Phnom Penh

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Procès de Kaing Guek Eav, dit Duch

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Déposition du Dr Raoul Marc JENNAR devant la Chambre de première instance

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Monsieur le Président,

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Madame et Messieurs les membres de cette Chambre de première instance,

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1- C’est avec une grande émotion que j’interviens à cette barre. Emotion parce que je suis conscient du caractère historique de ce procès. Emotion parce que nous n’évoquons pas seulement des faits historiques, mais parce qu’il s’agit de vies et surtout de morts, de souffrances incommensurables et, au total, de l’apparition, encore une fois, de la barbarie, alors que ma génération fut bercée par le « plus jamais ça » prononcé par Sir Hartley Shawcross, le procureur général britannique, dans son réquisitoire final devant le tribunal de Nuremberg. Aussi, permettez-moi, en préalable, de m’incliner devant la mémoire des victimes du Kampuchea démocratique et d’exprimer ma sympathie et ma compassion à l’égard des survivants.

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2- Le totalitarisme de droite a été jugé à Nuremberg et à Tokyo. Le totalitarisme invoquant des valeurs de gauche n’avait jusqu’ici fait l’objet d’aucun procès. Voici donc le premier et probablement le seul tribunal où vont être jugés les crimes d’un totalitarisme appliqué au nom de l’émancipation des peuples.

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3- Je ne suis pas de ceux qui confondent les idéologies et les renvoient dos à dos. Les racines du communisme n’ont rien de commun avec celles du fascisme ou du militarisme. Mais lorsque les porteurs d’une idéologie font le choix de contraindre plutôt que de convaincre, ils se retrouvent dans le recours à des méthodes identiques et dans une commune aptitude à détruire la volonté des individus et la dignité qui est en chaque être humain.

Khmers rouges: du grain à moudre contre le négationnisme

Voici exactement trente ans (le 7 janvier), l'armée communiste vietnamienne prenait Phnom Penh, en chassait le régime communiste cambodgien de Pol Pot et mettait fin sans le savoir à l'une des plus épouvantables expérimentations récentes de l'homme en matière de totalitarisme et de barbarie.

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