卡西米爾
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 août 2022

卡西米爾
Abonné·e de Mediapart

À la lumière

À la lumière des découvertes scientifiques, de nouveaux éclaircissements sur la fin du dernier âge glaciaire et sur l’origine de la civilisation. Récit d’une catastrophe qui mit en péril la survie de l’humanité il y a treize mille ans...

卡西米爾
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après cent mille ans de consolidation sur les deux pôles, la glace qui pouvait dépasser les trois kilomètres d’épaisseur, s’étalant là où se tiennent aujourd’hui Londres ou New York, commença à fondre il y a vingt mille ans. On sait aujourd’hui que ce long processus, découlant de variations conjuguées des paramètres orbitaux de la Terre, du rayonnement solaire, du volcanisme et des courants océaniques, fut violemment accéléré par une série de collisions survenue il y a près de treize mille ans. Vers 10800 avant Jésus Christ, une pluie de météorites frappa la Terre, du Pôle Nord à l’Afrique du Sud, en passant par la Syrie et les États-Unis. Les conséquences de ces impacts sont détaillées dans des articles académiques spécialisés, comme ci-dessous. James Lawrence Powell (PhD en géochimie au MIT) a compilé les recherches sur ce sujet dans un ouvrage paru en 2020 : "Deadly Voyager : The Ancient Comet Strike that Changed Earth and Human History".

cordis.europa.eu/article/id/34823-an-extraterrestrial-collision-of-international-importance/fr - nature.com/articles/s41598-020-60867-w - nature.com/articles/srep44031 - pnas.org/doi/10.1073/pnas.1507146112 - pnas.org/doi/10.1073/pnas.1110614109 - pnas.org/doi/10.1073/pnas.1301760110 - pnas.org/doi/10.1073/pnas.1303924110 - pnas.org/doi/pdf/10.1073/pnas.1204453109 - sciencedaily.com/releases/2019/10/191002110329.htm - escholarship.org/content/qt7vz406nv/qt7vz406nv.pdf - ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6416299/

Notre planète fut plongée dans un cauchemar de nuées toxiques obscurcissant le ciel, de secousses sismiques, d’éruptions volcaniques et d’ecpyroses ravageuses. La combustion générée par les impacts se serait propagée à dix millions de kilomètres carrés, soit 6% des terres émergées, déréglant rétroactivement le climat. Les températures moyennes dans l’hémisphère nord chutèrent de 7°C à la suite des collisions de -10800, dans un spasme glaciaire, avant de remonter tout aussi soudainement vers -9600. Cette époque intitulée « dryas récent » par les géologues, à la jonction entre le pléistocène et l’holocène, vit l’extinction de la majorité des espèces de la mégafaune (parmi lesquelles les mammouths, les tigres à dents de sabre et les ours des cavernes, les cerfs, paresseux et castors géants, les lions, léopards, rhinocéros laineux et hippopotames européens, ou les chameaux et chevaux américains)... Après le dryas récent, des milliers de milliards de tonnes de glace fondue se déversèrent dans les océans. Le niveau de la mer monta de cent vingt mètres entre le précédent maximum glaciaire (il y a vingt millénaires) et la stabilisation des glaciers (il y a sept millénaires). La moitié de cette submersion advint lors des premiers siècles de l’holocène, engloutissant des millions de kilomètres carrés. Par exemple, l’Amérique, l’Angleterre, le Japon ou l’Indonésie étaient auparavant reliés au continent eurasiatique...

Planisphère de l’ère glaciaire

Les analyses paléogénétiques affluent dans le sens d’un goulet d’étranglement de la population humaine survenu à l’orée de l’holocène, particulièrement marqué pour le chromosome Y, signifiant une chute du taux de reproduction sexuelle des mâles. ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4381518/ - nature.com/articles/s41467-019-09833-3 - sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1040618211002333 - nytimes.com/1987/02/10/science/lost-paper-shows-freud-s-effort-to-link-analysis-and-evolution.html - static1.squarespace.com/static/Freud+Overview+of+the+Transference+Neuroses+English.PDF Nos ancêtres furent terrorisés, et l’on en verrait toujours l’empreinte dans l’inconscient collectif. Alors que la première guerre mondiale faisait rage, Sigmund Freud, dans sa “fantaisie phylogénétique”, reliait les pulsions de mort broyant l’humanité à un traumatisme préhistorique refoulé. Selon lui, les conditions extrêmes de l’ère glaciaire favorisèrent l’émergence de nos sociétés hiérarchisées et strictement réglementées. Les impacts cosmiques réveillèrent l’instinct de survie ancestral, la peur eschatologique que le ciel s’écroule sur nos têtes, enclenchant une mutation de notre espèce. Le père démiurgique des trois monothéismes abrahamiques occulta graduellement mère-nature, la grande déesse préhistorique de la fertilité. Animés par une volonté croissante de se rendre maîtres et possesseurs de la nature, les humains commencèrent leur sédentarisation et posèrent les premières fondations des civilisations. La fin du dryas récent coïncida avec la naissance de l’agriculture et de l’élevage, qui se diffusèrent depuis plusieurs foyers distincts : au Moyen-Orient, en Chine, en Austronésie et jusqu’en Amazonie...

Le plus ancien des sanctuaires mégalithiques datés dans le monde, Göbekli Tepe, est situé dans les hauteurs du nord de la Mésopotamie, en amont du Tigre et de l’Euphrate. Sa construction débuta peu avant le dryas récent, puis sans explication apparente, il fut méticuleusement enfoui sous un monticule de terre il y a une centaine de siècles, ce qui permit sa datation radiométrique précise. Ce premier temple de l’histoire, avec ses piliers pesant jusqu’à vingt tonnes, témoigne d’aptitudes architecturales surprenantes. Klaus Schmidt, l’archéologue responsable de l’excavation de Göbekli Tepe (plus des neuf-dixièmes restent à déterrer), le décrivait comme un centre chamanique rayonnant à plus de cent kilomètres à la ronde, au cœur de l’invention des techniques agricoles. Les impacts d’il y a treize mille ans seraient représentés sur l’une de ses stèles. Graham Hancock, un écrivain d'outre-Manche, se fonde sur une interprétation évhémériste pour invoquer une mystérieuse civilisation oubliée, disparue à la fin de l'ère glaciaire, dont les survivants auraient partagé leurs savoirs avec des chasseurs-cueilleurs à travers le monde. Mais ses idées suscitent une certaine réticence. cambridge.org/core/journals/cambridge-archaeological-journal/article/geometry-and-architectural-planning-at-gobekli-tepe-turkey - research.ed.ac.uk/en/publications/decoding-gobekli-tepe-with-archaeoastronomy-what-does-the-fox-say

Une stèle déterrée à Göbekli Tepe

Une autre énigme émane du sphinx de Gizeh. Fixant l’orient, le sphinx fait parfaitement face au soleil levant le jour des équinoxes. Cette créature datée de quarante-six siècles pourrait être un monument encore plus ancien, rénové par les pharaons lors de l’édification des pyramides. Robert Schoch (PhD en géologie à l’université Yale), affirme que les modèles d’érosion observés sur le corps et l’enceinte du sphinx sont caractéristiques d’une exposition prolongée à des pluies torrentielles. Or, il faudrait remonter le temps pour trouver les traces d’une telle humidité, avant la désertification du Sahara, lorsque l'Égypte était encore verdoyante. C’est-à-dire un millénaire au moins avant les pyramides, et peut-être même à la fin de la dernière ère glaciaire. L’hypothèse du sphinx témoin d’un déluge préhistorique fut énoncée dans les années 1940 par l’égyptologue français René Adolphe Schwaller de Lubicz, avant d’être popularisée outre-Atlantique par John Anthony West.

L’histoire de la submersion de l’Atlantide, racontée par Platon dans ses dialogues, s’inspirerait en partie de la déglaciation. Insistant sur la véracité de son récit, qui lui serait parvenu en Grèce depuis un temple égyptien, Platon situe la catastrophe neuf mille ans avant Solon, au paroxysme de la montée des océans. De nombreux mythes évoquent un grand déluge originel, réminiscences métaphoriques de ces souvenirs remontant à des centaines de générations. Les inondations des côtes et des vallées imprégnèrent l’imaginaire des premières communautés agraires. Ainsi, l'épisode biblique de Noé, dérivé d’un mythe mésopotamien, puisa vraisemblablement certaines sources dans l’expansion cataclysmique de la mer Noire et du golfe Persique. theguardian.com/science/2007/nov/19/noah.flood.agriculture - phys.org/news/2010-12-lost-civilization-persian-gulf.html - bbc.com/news/science-environment-27224243 - scientificamerican.com/article/ancient-sea-rise-tale-told-accurately-for-10-000-years/

Ivan Aivazovsky, Le Déluge, 1864

Depuis la plus haute antiquité, le développement des sociétés humaines fut enrayé à intervalles réguliers. Les catastrophes climatiques rythmèrent et façonnèrent l’histoire, à mesure que les civilisations germèrent, fleurirent et périclitèrent... Dans le croissant fertile, l’aridification favorisa l’invention et le perfectionnement des systèmes d'irrigation, accélérèrant ainsi la sédentarisation, puis la concentration et la hiérarchisation des populations. La monnaie et l’écriture se répandirent en Mésopotamie et dans la vallée du Nil il y a cinq millénaires. Des villes naquirent des rives de l’Indus et du fleuve jaune au littoral péruvien, mais il y a quatre millénaires, les changements climatiques, les famines et les épidémies précipitèrent leurs disparitions. wikipedia.org/wiki/8.2-kiloyear_event - fr.wikipedia.org/wiki/Événement_climatique_de_5900_BP - fr.wikipedia.org/wiki/Événement_climatique_de_4200_AP - nature.com/articles/d41586-022-00157-9- nature.com/articles/srep27723 - phys.org/news/2014-02-decline-bronze-age-megacities-linked.html - ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3866234/ - nature.com/articles/nature.2014.14800 - washingtonpost.com/news/speaking-of-science/wp/2016/08/04/legends-say-china-began-in-a-great-flood-scientists-just-found-evidence-that-the-flood-was-real/

Yu le Grand, maître des eaux du Déluge et fondateur de la première dynastie des empereurs de Chine. Totoya Hokkei, 1830.

Au millénaire suivant, la civilisation védique vit le jour sur les bords du Gange, les villes chinoises égalèrent celles du croissant fertile et l’urbanisation se profila en Amérique centrale. Au Moyen-Orient, les populations s’accrurent et le commerce se déploya, mais douze siècles avant notre ère, la sécheresse et la famine disloquèrent les vieux empires de l’âge du bronze. Les guerres se multiplièrent avec la métallurgie du fer, et des empires toujours plus vastes se succédèrent. wikipedia.org/wiki/Late_Bronze_Age_collapse - journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0071004 - lemonde.fr/planete/article/2013/08/15/des-civilisations-mediterraneennes-detruites-par-la-secheresse-il-y-a-3-200-ans_3461744_3244.html Au sixième siècle après Jésus Christ, l’une des plus funestes catastrophes climatiques de l’histoire marqua le début du Moyen-Âge. À partir de l’an 535, la lumière du soleil s’estompa brusquement. Un hiver volcanique global détruisit les récoltes et déclencha famines et effondrements sociaux de l’Inde Gupta au Yucatan Maya. Sous ce ciel poussiéreux, la peste éclata en Égypte à la suite de la fermeture du dernier temple d’Isis. La pandémie se propagea par vagues successives, assombrissant totalement le tableau. Le dépérissement des perses et des byzantins facilita les grandes conquêtes arabes du septième siècle. fr.wikipedia.org/wiki/Événement_climatique_de_535-536 - nature.com/articles/S41598-018-19760-w - nature.com/articles/news.2008.665 - fr.wikipedia.org/wiki/Peste_de_Justinien

Au treizième siècle, alors que les mongols saccageaient Bagdad et chevauchaient vers Pékin, la détonation colossale d’un volcan indonésien signala le début d’un petit âge glaciaire. lemonde.fr/passeurdesciences/article/2013/10/01/le-mystere-de-la-plus-grande-eruption-volcanique-du-dernier-millenaire-est-resolu_5998946_5470970.html - pnas.org/doi/pdf/10.1073/pnas.1307520110 Quelques décennies plus tard, le Groenland fut abandonné et le froid gagna l’Europe. Le vendredi 13 octobre 1307, les templiers furent arrêtés et leurs richesses confisquées par le roi de France. Le grand maître de l’ordre, condamné au terme d’un procès de sept ans, hurla sur son bûcher parisien : « Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération ! » Le roi mourut dans l’année, sa dynastie s’éteignit, et une famine ensevelit le pays dans le chaos. Les anglais en profitèrent pour réclamer le trône de France le 7 octobre 1337, amorçant ainsi la guerre de cent ans. Puis s'ouvrit l'ultime cercle de cet enfer dantesque : arrivée d’Asie, la grande peste noire extermina plus du tiers de la population européenne en quelques années. wikipedia.org/wiki/Great_Famine_of_1315-1317 - wikipedia.org/wiki/Black_Death - pnas.org/doi/10.1073/pnas.1412887112 Signes de ce sinistre siècle, le nez du sphinx de Gizeh fut brisé par un forcené et les armées timourides érigèrent des pyramides avec les crânes des populations massacrées...

Illustration de Maître de Bedford (début du XVe siècle), De casibus virorum illustrium (Livre IX, La destruction de l'ordre du Temple), Bocaccio

La glaciation fut relancée par d’autres impulsions volcaniques, tandis que la diffusion et le perfectionnement des armes à feu exacerbèrent la brutalité des guerres. En 1453, l’année d’une puissante éruption, une lueur nocturne rougeâtre présagea la chute de Constantinople, assiégée par les canons turcs. wikipedia.org/wiki/1452/1453_mystery_eruption - wikipedia.org/wiki/1465_mystery_eruption Malgré les fléaux climatiques, la pestilence et la violence incessante, les avancées des techniques agricoles permirent une croissance de la population mondiale. La Chine et l’Inde, concentrant la moitié de l’humanité depuis l’antiquité, doublèrent ainsi de poids au milieu du deuxième millénaire. À la Renaissance, les pics de froid s’aggravèrent en Occident, où les persécutions des sorcières et des hérétiques prirent de l’ampleur. Le 17 février 1600, jour de la mise au bûcher de Giordano Bruno, l’éruption d’un volcan péruvien infecta l’atmosphère, engendrant la pire famine de l’histoire russe. theguardian.com/environment/2019/jan/31/european-colonization-of-americas-helped-cause-climate-change - fr.wikipedia.org/wiki/Éruption_du_Huaynaputina_en_1600 - nature.com/articles/s43247-021-00284-7 - agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2020GL088124

Paysage hivernal avec patineurs et trappe aux oiseaux, Pieter Brueghel l'Ancien, 1565
Le Banquier et sa femme, Quinten Metsys, 1514


Les hivers glaciaux successifs érodèrent l’ossature féodale du vieux continent et la nécessité de s’y acclimater favorisa l’expansion du crédit bancaire, le renforcement des structures étatiques et l’éveil de la pensée scientifique. Après la colonisation de l’Amérique, les européens s’implantèrent en Inde et capitalisèrent sur le commerce d’esclaves africains. Cependant, le froid, les famines et les résurgences épidémiques persistèrent jusqu’au siècle des lumières. En 1784, les retombées d’un volcan islandais furent ressenties de l’Égypte aux États-Unis, participant aux prémices de la Révolution française et en 1815, la plus importante éruption des derniers siècles dévasta les récoltes dans le monde entier. newyorker.com/magazine/2019/04/01/how-the-little-ice-age-changed-history - wikipedia.org/wiki/Grande_famine_de_1693-1694 - fr.wikipedia.org/wiki/Deuxième_pandémie_de_peste - theguardian.com/world/2010/apr/15/iceland-volcano-weather-french-revolution - fr.wikipedia.org/wiki/Année_sans_été

L'éruption, Volaire (1771)
La forge de fer, Joseph Wright of Derby, 1772

Au dix-neuvième siècle, l’avènement de l’ère industrielle fit triompher les puissances occidentales, au premier rang desquelles l’empire britannique. La mécanisation et l’exploitation des énergies fossiles assurèrent leur suprématie sur les peuples colonisés. Les inventions techniques affluèrent et les carnages prirent des dimensions inédites. Au vingtième siècle, les deux guerres mondiales et la décolonisation firent basculer le centre de gravité vers les États-Unis, qui orchestrèrent la planétarisation du commerce et de la finance ; la parachevant au terme de la guerre froide. Depuis la révolution industrielle, la production mondiale a plus que centuplé. L’électrification, la chimification, la motorisation et les télécommunications ont métamorphosé nos sociétés. L’humanité compte mille fois plus d’individus qu’aux débuts de l’agriculture, consommant pour certains des milliards de fois plus de ressources. Cette prolifération accentue dangereusement notre empreinte sur la nature, alors qu’aux hivers volcaniques ont succédé un réchauffement s’accélérant de nos jours, attisé par la déforestation et l’extraction des combustibles fossiles.

Dans l’usine de Staline, Mikhail Kostin, 1949

En plus de surgir des entrailles de la Terre, le feu destructeur tomba du ciel à de multiples reprises. Depuis les impacts traumatiques de la fin de la grande ère glaciaire, d’autres chutes de météorites marquèrent les esprits, comme il y a trente-six siècles, lorsque la colère divine s’abattit sur les villes de Sodome et Gomorrhe, ou encore au sixième siècle, durant les âges sombres qui inspirèrent la légende de la quête du Graal. La figure du dragon représenterait une comète. nature.com/articles/s41598-021-97778-3 - futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-region-antique-sodome-t-elle-vraiment-ete-devastee-meteorite-il-y-3600-ans-73925/ -harvard.edu/abs/2008AGUFMPP41B1454A/abstract - nbcnews.com/sciencemain/how-halleys-comet-linked-famine-1-500-years-ago-2D11776548 Ces étranges roches cosmiques, révérées depuis des temps immémoriaux, resurgissent dans les mythes et les rites. Au cours de leur pèlerinage à La Mecque, les musulmans font sept fois le tour de la Kaaba, où est encastrée la pierre noire, un résidu de météorite qu'embrassa le prophète Muhammad au début du septième siècle, avant sa première révélation. L’apocalypse (révélation ou dévoilement en grec) pourrait être « l’époque de l’ellipse », lorsque la trajectoire elliptique d’un astéroïde autour du soleil rencontre celle de notre planète. fr.wiktionary.org/wiki/épochê

Le prophète et les chefs tribaux plaçant la pierre noire dans la Kaaba, Rashid al-Din Hamadani, 1315

Il est très improbable que nous connaissions une apocalypse aussi désastreuse qu’il y a treize mille ans, mais de plus petits astres croisent la Terre régulièrement. Nous sommes constamment bombardés de poussières et de gravats. La plupart des aérolithes brûlent et se désintègrent au contact de notre atmosphère, mais certains peuvent générer de fortes explosions se répercutant à la surface du globe. À la fin du quinzième siècle, des fragments d’astéroïdes firent ainsi une dizaine de milliers de victimes en Chine. wikipedia.org/wiki/1490_Ch'ing-yang_event - harvard.edu/full/1994Metic..29..864YDans les Fleurs du Mal, Baudelaire écrivait : « Explosion de chaleur / Dans ma noire Sibérie ! » et en 1908, la comète de la Toungouska éclatait au dessus d’une forêt sibérienne, causant une explosion mille fois plus puissante que celles qui annihilèrent Hiroshima et Nagasaki trente-sept ans plus tard. Le hasard fit heureusement que cette comète ne s’abattît pas sur une ville... fr.wikipedia.org/wiki/Événement_de_la_Toungouska - nature.com/articles/nature.2013.13163 - wikipedia.org/wiki/Meteorite_fall#List_of_meteorite_falls

Trois-cents fois plus massive que la Terre et cinq fois plus éloignée du Soleil, Jupiter attire dans son sillage un grand nombre des voyageurs de notre système solaire, permettant ainsi la vie sur notre planète. Les astronomes eurent l’occasion de le constater en 1994, lorsque des fragments d’une comète rencontrèrent la géante gazeuse dans des chocs titanesques. D’immenses tâches sombres apparurent sur les zones d’impacts. Le plus gros des fragments s’écrasa dans une explosion six-cents fois plus puissante que l’arsenal nucléaire mondial, capable d’exterminer l’humanité et la quasi-totalité de la vie sur Terre. fr.wikipedia.org/wiki/Shoemaker-Levy_9 - fr.wikipedia.org/wiki/Ceinture_d'astéroïdes Jupiter veille sur nous, mais nous ne sommes pas invulnérables. Il y a 66 millions d’années, les dinosaures furent anéantis par un astéroïde large d’une dizaine de kilomètres. Au long terme, cet impact transforma les dinosaures en serpents, et de petits mammifères insectivores en êtres humains... aeon.co/essays/catastrophe-drives-evolution-but-life-resides-in-the-pauses - bbc.com/news/science-environment-58559735- fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_Crétacé-Paléogène

Des recherches sont aujourd’hui consacrées à l’identification des millions d’objets orbitant dans le système solaire, afin de prédire de potentielles menaces, de tirer des plans sur la comète. On sait par exemple qu’un astéroïde aussi grand que la tour Eiffel frôlera la Terre à cinq reprises d’ici la fin du siècle. Celui-ci a été nommé Apophis, hellénisme d’Apep, le dieu serpent que craignaient les anciens égyptiens. futura-sciences.com/sciences/actualites/asteroides-quarrivera-t-il-asteroide-geant-apophis-il-frolera-terre-2029-83913/ - fr.wikipedia.org/wiki/Objet_géocroiseurDes impacts de ce type déclencheraient un chaos généralisé. L’architecture complexe de nos civilisations, dépendantes des chaînes d’approvisionnement énergétiques et alimentaires, nous rendrait d’autant plus fragiles devant une telle éventualité. Si nous restons impuissants face aux éruptions volcaniques, il est théoriquement possible de dévier un astéroïde de sa trajectoire, et même d’y prélever des métaux rares. news.mit.edu/2020/how-deflect-asteroid-mission-0219 - indiatimes.com/technology/science-and-future/nasa-psyche-mission-asteroid-517597.html

Cela devrait être davantage pris en compte dans les milliers de milliards de dollars investis au cours des ans dans la « défense », pour laquelle nous produisons des armes capables de nous infliger ce qu’il faudrait plutôt chercher à éviter. Le pillage des astéroïdes rapporterait bien plus que n’importe quelle guerre. En treize millénaires, l’espèce humaine s’est suffisamment développée pour empêcher la répétition d’une pareille catastrophe. Sisyphe pourrait enfin s’affranchir de la fatalité, pourfendre le dragon comme Saint Georges et Saint Michel. Pour la première fois, nous pouvons protéger la biosphère face aux attaques cosmiques qui la décimèrent à d’innombrables reprises par le passé... Mais les efforts mis en œuvre afin d’y parvenir ont mis en péril ce que nous voulions originellement préserver. Un appel signé à la fin du vingtième siècle par une centaine de prix Nobel prévoit une « collision » imminente des humains avec le monde naturel. Le serpent se mord la queue : nous sommes à l’origine de la sixième extinction de masse. Désormais, bien plus qu’une collision avec une météorite, c’est la menace de l’autodestruction qui s’avère la plus immédiate. ucsusa.org/resources/1992-world-scientists-warning-humanity Les combustibles fossiles se raréfient, le pouls de l’horloge se fait toujours plus pressant. Nous comptons compulsivement heures, minutes et secondes, le diable à nos trousses, chutant irréversiblement dans les abysses labyrinthiques de l’éternité.

************************************

« Le temps est le nombre du mouvement », disait Aristote. Au-delà de ses rotations quotidiennes et de ses ellipses annuelles, notre planète se déplace à d’autres échelles et rythmes moins familiers. Un troisième cycle en particulier fut identifié dès la préhistoire. La précession axiale, ou précession des équinoxes, est le cycle de changement de direction de l'axe de rotation de la Terre, sous l'influence gravitationnelle du soleil et de la lune... L’écliptique (la trajectoire orbitale de la Terre autour du soleil, encerclée par les douze constellations du zodiaque) est inclinée par rapport à l’axe de rotation de notre planète, ce qui détermine l’alternance des saisons. En une année, l’équateur ne s’y aligne qu’aux équinoxes, les deux solstices correspondant aux jours où l’écart entre l’écliptique et l’équateur est le plus élevé. À mesure que les siècles s’écoulent, le mouvement gyroscopique de la précession entraîne un déplacement progressif de ces points équinoxiaux sur l’écliptique, dans le sens inverse de l’orbite terrestre. climate.nasa.gov/news/2948/milankovitch-orbital-cycles-and-their-role-in-earths-climate/

D’autres paramètres orbitaux se conjuguent avec la précession. En quarante millénaires, l’inclinaison de notre axe de rotation oscille très légèrement : lorsque son degré d’inclinaison augmente, les contrastes entre les saisons sont renforcés et lorsqu’il diminue, les contrastes entre les saisons s’estompent. Cette inclinaison était maximale il y a dix millénaires et sera minimale dans dix millénaires... Au long d’un cycle 100 millénaires, l’ellipse de notre orbite s’étire puis se contracte. Les saisons sont de durées égales lorsque notre trajectoire s’approche du cercle, et inversement quand l’excentricité est maximale... Enfin, sur un période de 111 millénaires, l’écliptique tourne lentement sur elle-même par rapport aux étoiles, dans le sens de l’orbite terrestre. Les solstices et les équinoxes retrouvent donc les mêmes points sur l’écliptique avant de se réaligner sur les mêmes étoiles...

Newton (cité par Voltaire dans sa lettre sur l’infini et sur la chronologie) chiffrait la durée de la précession des équinoxes à 25920 ans. Dans un cercle de 360 degrés, 72 ans correspondent à un degré. philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Lettres-philosophiques-1734.pdf - fr.wikisource.org/wiki/Éléments_de_la_philosophie_de_Newton/Édition_Garnier/Partie_3/Chapitre_10 Ces 25920 années sont réparties en douze ères zodiacales (12x2160), en fonction des constellations alignées sur le lever du soleil le jour des équinoxes du printemps. L'astrologie y associe depuis l’antiquité le signe du Bélier, mais elle retarde de plusieurs millénaires sur l’horloge précessionnelle. Nous vivons à la frontière entre deux âges : le soleil se lève au printemps dans la constellation des Poissons, symboles des premiers chrétiens, et se lèvera bientôt dans la constellation du Verseau. Au lendemain de la Révolution, Charles-François Dupuis, député et professeur au Collège de France, publiait "Origine de tous les Cultes, ou Religion universelle", une interprétation des mythes à travers le prisme de l’astronomie. Il y contestait notamment l’historicité de Jésus de Nazareth, qui serait à l’origine une icône astrale. Volney, un voyageur célèbre pour sa description des pyramides de Gizeh, ami de Benjamin Franklin, George Washington et de Napoléon Bonaparte, partageait cette vision d’un « culte allégorique du soleil » au fondement de la chrétienté... En 1969, approfondissant et étayant abondamment les thèses archéoastronomiques de Dupuis, le professeur au MIT Giorgio de Santillana et l’anthropologue Hertha von Dechend faisaient paraître "Hamlet's Mill : An Essay on Myth and the Frame of Time". Ils y énumèrent des similarités entre différentes mythologies quant à l’idée d’une intrication de cycles, d’un engrenage cosmique tournoyant autour d’un axe (parfois symbolisé par un arbre reliant la terre au ciel). Observant les étoiles les nuits d’équinoxes et de solstices, nos ancêtres remarquèrent au fil des générations un décalage très lent de la voûte céleste, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pour l’étoile polaire septentrionale. Selon Dechend et Santillana, la connaissance de l’axis mundi et de la précession des équinoxes fut codifiée et intégrée à des récits aux quatre coins du globe…

Sur nos horloges, les différents cycles se synchronisent dans l’axe formé par les quatre points cardinaux : 3, 6, 9, et 12. Ces nombres et leurs multiples fixent les repères pour mesurer l’espace et le temps (24, 36, 48, 60, 72, 90, 108, 144, 180, 216, 360, 432, 648, 720, 864, 1080, 1440, 2160, 4320, 6480, 12960, ou 25920 (6x6x6x5x4x3x2x1), la durée de la précession). La liste sumérienne des rois antédiluviens leur attribuait des règnes longs de 432 ou 360 siècles (l’astronome babylonien Berossos comptait 432 millénaires entre le premier roi et le déluge). Au crépuscule des dieux, dans la mythologie nordique, 432000 guerriers surgissent des portes du Valhalla, et si l’on en croit la cosmogonie védique, l’univers existe pendant 4,32 millions d’années solaires, avant de disparaître et de renaître. Ce cycle du Mahâyuga est divisé en quatre âges de respectivement 4, 3, 2, et une fois 432 millénaires pour le dernier âge dans lequel nous vivons, le Kaliyuga. On relève une semblable profusion de mythes incluant le nombre 72 (un degré du cycle précessionnel). Set est aidé par 72 complices pour enfermer son frère Osiris dans un sarcophage. 72 élèves de Confucius sont parvenus à maîtriser ses enseignements. 72 disciples sont envoyés par Jésus en reconnaissance. aelf.org/bible/Lc/10 Le règlement de l'ordre du Temple comprenait 72 articles. La table ronde du roi Arthur comptait 36 ou 72 chevaliers. On dénombre 72 noms de Dieu (6x6x6 lettres) dans les textes cabalistiques, 72 démons dans la petite clef de Salomon, 72 sectes de l’Oumma condamnées à brûler en enfer, 72 vierges récompensant les martyrs musulmans au paradis, 72 exercices corporels pour les moines Shaolin, 72 statues du Bouddha surplombant 432 autres statues au sommet du temple de Borobudur, sur l’île de Java, etc...

43200 secondes (720 minutes) font 12 heures, soit 400 x 108 secondes. Le diamètre du soleil est 400 fois plus grand que celui de la lune, et la lune est 400 fois plus proche de la Terre, ce qui permet les éclipses. En multipliant le diamètre du soleil par 108, on obtient sa distance moyenne à la Terre : l’unité astronomique moderne. On observe ce même rapport de 108 entre le diamètre de la lune et sa distance moyenne à la Terre. La mythologie hindoue parle des 108 titres de Krishna ou des 108 temples de Vishnou et Shiva. L’astrologie chinoise compte 108 étoiles du destin et les 108 perles du collier mâlâ accompagnent la récitation des mantras. Les yogis et les praticiens du Tai-chi sacralisent également ce nombre. Si l’on divise 400 par 108, on obtient 3,7037037037...

Le nombre 37 combine avec les multiples de 3 jusqu’à 27 = 108/4

  • 37 x (1+1+1) = 111
  • 37 x (9+9+9) = 999
  • 37 x 3,7037037037... = 137,037037037...

Un nombre que l’on retrouve à 99.99% identique dans la mesure de la constante de structure fine (α ≈ 1/137,0359992...) Les physiciens théoriciens sont fascinés par ce nombre adimensionnel, qui associe les constantes de la relativité générale et de la mécanique quantique... quantamagazine.org/physicists-measure-the-magic-fine-structure-constant-20201202/ - royalsociety.org/science-events-and-lectures/2010/carl-jung-wolfgang-pauli/ Richard Feynman le décrivait comme le plus grand mystère de la physique. Wolfgang Pauli (mort dans une chambre d’hôpital numérotée 137) en parlait avec son psychiatre Carl Jung et disait que s’il pouvait poser une question à Dieu, ce serait : pourquoi 137 ? Cet énigmatique nombre 137 se retrouve en effet dans la religion. La gématrie hébraïque donne au mot קבלה(Kabbalah) une valeur numérique de 137. Ismaël, Levi et Amram meurent tous à 137 ans. Abraham a 137 ans lorsque Dieu lui demande en sacrifice Isaac, son fils de 37 ans, et qu’il enterre sa femme Sarah. « Un fils pourrait-il naître à un homme de cent ans ? Et Sarah, âgée de quatre-vingt-dix ans, pourrait-elle mettre un enfant au monde ? » (Verset 17 du chapitre 17 du Livre de la Genèse).

Le calendrier luni-solaire des juifs et des chinois associe 7 années de 13 cycles lunaires (« enceintes » en hébreu) et 12 années de 12 cycles. Ce système permet de compenser habilement la différence entre 12 mois lunaires et une année solaire (les musulmans, avec leur calendrier exclusivement lunaire, gagnent une année solaire tous les 33 ans lunaires)... Comme les babyloniens, les juifs divisaient l’heure en 1080 chalakim (le chelek vaut le 72e d’un degré de la circonférence du ciel), soit 25920 chalakim par jour. Le Talmud stipule qu’un cycle lunaire vaut 29 et 13753 / 25920 jours (exact à une seconde près), et surestime le cycle solaire de seulement 400 secondes. Le calendrier juif perd un jour tous les 6x6x6 ans. Dans la Torah, entre la création du monde et le déluge, 1656 années s’écoulent, soit 86400 semaines (400 x 6x6x6), le nombre de secondes en un jour...

La semaine biblique (un jour pour chacun des 7 astres du système solaire visibles à l’œil nu) fut aussi héritée des mésopotamiens. Les égyptiens préférèrent la division en 10 jours (un pour chaque doigt), qui fut réinstituée par le calendrier républicain à la Révolution. Omniprésent dans les mythes, le chiffre 7 semble être l’articulation du système décimal.

  • 1x2x3x4x5x6x7 = 7x8x9x10 
  • 9x8x7x6x5x4x3 / 7 = 25920
  • 7 x 3,7037037037... = 25,9259259259...

« Quand les sept tonnerres eurent parlé, j’allais écrire ; mais j’entendis du ciel une voix qui disait : « Garde scellé ce que viennent de dire les sept tonnerres, ne l’écris pas ! » (...) Le septième ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le ciel des voix grandioses qui disaient : Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ ; et il régnera aux siècles des siècles. (...) Un autre signe parut dans le ciel : c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes. (...) Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. » (Livre de la Révélation, chapitres 10, 11 et 12). Clef de voûte céleste, le pôle septentrional de l’écliptique (autour duquel se succèdent les étoiles polaires selon la précession axiale) est situé dans la constellation du Dragon, l’incarnation du mal dans la tradition chrétienne, terrassé par l’Archange aux sommets du Mont-Saint-Michel et du château Saint-Ange de Rome.

Depuis la Terre, le diamètre apparent du soleil vaut un demi degré, soit le 720ème de la circonférence de la sphère céleste. Le jour et la nuit durent 720 minutes chacun aux équinoxes. Plutarque mentionnait une vieille fable égyptienne selon laquelle Djehouti, dieu de la sagesse, aurait joué aux dés avec la Lune et gagné le 72ème de sa lumière. 360 / 72 donnent les 5 jours épagomènes, qui complètent l’année de 360 jours, et 360 x 72 donnent 25920. Le nombre 72 unit les cycles quotidien, annuel et précessionnel. Pour préserver cet équilibre, pendant trois millénaires, les égyptiens gagnèrent un jour tous les quatre ans. 360 x 4 = 1440. Il y a 1440 minutes en un jour.

  • 1440 = 6x6x6 x 6,66666...
  • 1440 x (6+6+6) = 25920

« C’est ici qu’on reconnaît la sagesse. Celui qui a l’intelligence, qu’il se mette à calculer le nombre de la Bête, car c’est un nombre d’homme, et ce nombre est six cent soixante-six. » (Livre de la Révélation, chapitre 13).

Après leur conquête de l’Égypte, les grecs rompirent la tradition et intercalèrent une année bissextile tous les quatre ans. Ils furent imités par les romains du temps de Jules César, mais ce calendrier, devenu celui du monde chrétien, se décalait d’une semaine par millénaire. Au seizième siècle, le pape promulgua le retrait de trois années bissextiles tous les quatre siècles. Cette méthode, toujours en vigueur de nos jours, permet une précision de l’ordre d’un jour tous les 33 siècles. Le calendrier persan, qui compte 8 années bissextiles tous les 33 ans, se décale d’un jour tous les 42 siècles... 

En Amérique précolombienne, les Mayas composaient avec deux cycles annuels. L’année divinatoire de 260 jours, fondée sur le temps de gestation humaine, est séquencée en deux rouages de 13 et 13+7 jours, mettant 37 semaines pour se rééquilibrer. Le calendrier solaire compte lui 360 jours, auxquels s’ajoutent 5 jours maudits, comme pour les égyptiens. Ces deux années coïncident toutes les 72 cycles divinatoires. 7200 jours font un Katun, 144000 jours un Baktun et 13 Baktuns l’une des cinq ères précessionnelles (comme celle qui commença en -3113 et se termina au solstice d’hiver 2012). La précession axiale (26 millénaires solaires ou 36 millénaires divinatoires) fusionne les deux cycles mayas. 

D’autres calculs du cycle de la précession, le siècle des siècles, peuvent être imaginés à partir du nombre d’or. La divina proportione, comme l’appelait Léonard de Vinci, était déjà célébrée dans les temples des anciens égyptiens. En plaçant trois points sur une droite, le plus petit segment vaut 1 et le plus grand vaut phi φ = (1+√5)/2 = 1,6180339887... C’est un nombre irrationnel, qui s’étire vers l’infiniment petit. Il est connu pour ses propriétés uniques :

  • 1/φ = φ-1 = 0,618...
  • φ² = φ+1 = 2,618...

On retrouve dans la nature ce rapport harmonieux, de la transmission transgénérationnelle du chromosome X chez les êtres humains, à la disposition en spirales des graines de tournesols ou des écailles de pommes de pin, et jusqu’au tournoiement de trous noirs. link.springer.com/article/10.1140/epjc/s10052-017-4670-7 - mathshistory.st-andrews.ac.uk/Publications/fibonacci.pdf- fhtw.byu.edu/static/conf/2005/hutchison-growing-fhtw2005.pdf Johannes Kepler y voyait le trésor de la géométrie... Un triangle d’or, un triangle isocèle aux côtés proportionnels au nombre d’or, a trois angles possibles : 36, 72 et 108 degrés. Un pentagone régulier, constitué de trois triangles d’or, a cinq angles de 108 degrés. Le dodécaèdre régulier (l’un des cinq solides de Platon, constitué de 12 pentagones) a 60 angles de 108 degrés, soit 6480 degrés; un quart du cycle de la précession. Le dodécaèdre étoilé de Kepler, avec ses 60 triangles, a un total de 10800 degrés... La géométrie du nombre d’or est scellée dans le pentacle figurant sur les drapeaux des États-Unis, de la Chine ou de l’Union Européenne. upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Pentagramgoldenratio.jpg

Au début du treizième siècle, le marchand toscan Leonardo Fibonacci introduisit les chiffres indo-arabes dans le monde latin. upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/The_Brahmi_numeral_system_and_its_descendants.pngIl publia une suite modélisant la croissance des populations de lapins, dont chaque terme est la somme des deux termes précédents (0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144, 233, 377...), s’approchant toujours plus de la proportion dorée 1 : φ

  • φ³ = 2φ+1
  • φ⁴ = 3φ+2
  • φ⁵ = 5φ+3
  • φ⁶ = 8φ+5

Dans la suite de Fibonacci, si l’on réduit tous les termes à un chiffre (par exemple 21 = 2+1 = 3), on observe une séquence répétée de 24 chiffres (0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 4, 3, 7, 1, 8, 9, 8, 8, 7, 6, 4, 1, 5, 6, 2, 8, et 1), qui additionnés donnent un total de 108. 24 x 108 = 2592 Le zéro initial devient par la suite un 9, mais les autres termes demeurent à l’identique. La séquence donne alors un total de 117 = 25+92. 24 x 117 = 13 x 6x6x6. Aux douze heures de l’horloge précessionnelle s’agrège ainsi une treizième, signifiant l’éternel recommencement du cycle : il est possible de disposer jusqu’à douze sphères autour d’une treizième de même circonférence... upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3e/13spheres.jpg

Pour calculer la circonférence, on multiplie le diamètre par pi π = 3,14159265... Cette constante π s’accorde avec φ. Une coudée royale égyptienne = 0,5236 mètre...

  • 0,5236 x 5 = 2,618 ≈ φ²
  • 0,5236 x 6 = 3,1416 ≈ π
  • 0,5236 x 7 = 3,6652

On observe un renversement à la septième coudée; il est possible de disposer jusqu’à six cercles autour d’un septième de même circonférence... upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/7circles.jpg Cette unité de mesure pharaonique était divisée en 7 palmes. La coudée ordinaire mesurait quant à elle 6 palmes (44,88 centimètres). Dans la Bible, les dimensions de l’arche de Noé, du temple de Salomon, de l’arche d’alliance et de la Jérusalem céleste sont exprimées en coudées. aelf.org/bible/1R/7 - aelf.org/bible/Ez/40 En France, à partir de Charlemagne, les mesures officielles donnèrent 12 pouces pour un pied royal et 72 pouces pour la toise, censée être la taille du roi. La lieue valut 10 mille pieds royaux (une myriade) jusqu’au règne de Louis XIV, qui instaura la lieue de 12 mille pieds. Certains maîtres d’œuvre auraient parallèlement établi un système analogue à celui des anciens égyptiens, se déployant selon la proportion dorée. docs/livre/art_des_batisseurs_romans.pdf

  • 1 pied royal = 52,36 / φ= 32,36 cm
  • 1 empan = 52,36 / φ² = 20 cm
  • 1 palme = 52,36 / φ³ = 12,36 cm

Curieusement, ces unités de mesure antiques et médiévales se coordonnent avec le mètre, qui fut déterminé pendant la Révolution française comme un quarante-millionième de la circonférence du globe terrestre. La sphéricité de notre planète fut déduite par les érudits dès l’antiquité, bien que sa platitude prévalût dans l’imaginaire collectif jusqu’à la modernité. La plus ancienne estimation sérieuse et historiquement attestée fut définie au troisième siècle avant notre ère, après la conquête grecque de l’Égypte. Eratosthène, le directeur de la grande bibliothèque d’Alexandrie, évalua l’écart entre le Nord et le Sud du pays à 7,2 degrés sur le globe (1/50), soit 7! stades égyptiens de trois cents coudées royales chacun. Le reste représentait donc 7²/50. Avec ces approximations symboliques, probablement inspirées de calculs égyptiens antérieurs, les grecs parvinrent à un résultat s’approchant à 99% de la réalité. Après la conquête romaine, la valeur de la circonférence terrestre fut fixée à 6x6x6 milliers de stades, lequel fut modifié pour correspondre au huitième d’un mille romain. Le résultat (666 x 60 kilomètres) s’approcha à 99,9% de la réalité, et l’on ne fit pas mieux avant l’ère moderne.

La connaissance des dimensions du globe resta toutefois limitée à quelques savants et sa transmission fut entravée par la multiplicité des unités de mesure et leur variabilité entre les peuples et les époques. Christophe Colomb, se fiant à des estimations erronées, voulut se rendre en Inde et débarqua ainsi aux Bahamas. Un système de coordonnées fut dès lors mis au point pour la navigation, avec des parallèles pour la latitude et des méridiens pour la longitude. La circonférence terrestre fut établie à 6x6x6 centaines de milles marins, mais l’énigme demeura quant à sa valeur exacte. Au dix-septième siècle, l’illustre Isaac Newton voulut la calculer en décodant la vieille coudée royale égyptienne. theguardian.com/science/2020/dec/06/revealed-isaac-newtons-attempts-to-unlock-secret-code-of-pyramids Il comprit en outre que la gravité aplatissait légèrement la Terre sur les pôles et formait un renflement à l’équateur. À son époque, sous le règne de Louis XIV, les estimations atteignirent une précision de 99,99% et germa l’idée d’une mesure universelle. On définit d’abord le mètre comme la longueur d’un pendule battant la seconde, puis en 1792 comme le quarante-millionième du méridien passant par Paris. Ce système décimal fut graduellement adopté sur toute la planète et seuls les britanniques conservèrent les 12 pouces de leur pied, les 36 pouces de leur verge, les 72 pouces de leur toise, les 330 toises du stade et les 8 stades du mile.

Après la Révolution, les scientifiques qui accompagnèrent Bonaparte en Égypte spéculèrent sur le système métrique des anciens bâtisseurs. Le géomètre Gaspard Monge, l’un des organisateurs du projet de définition du mètre, fut le premier à se tenir au sommet de la grande pyramide. Mais les coïncidences imbriquant la coudée royale et le mètre leur échappèrent, faute de mesures précises, et il fallut attendre le vingtième siècle pour qu’elles fussent imaginées... Le diamètre terrestre exprimé en mètres (40 millions / π) = le sixième de la circonférence terrestre exprimée en coudées royales. Le cercle et le carré se divisent en 360 degrés et l’hexagone en 720. √5236 = 72,36... Le cercle circonscrivant l’hexagone a pour rayon son côté, et le côté d’un hexagone de même périmètre qu’un cercle = 0,5236 du diamètre de ce cercle. La surface du cercle vaut le quart de celle de la sphère, et la surface du carré vaut le sixième de celle du cube, qui est une projection de l’hexagone en trois dimensions. Le volume et la surface d’une sphère inscrite dans un cube valent 0,5236 de ceux du cube... Un cube aux arêtes 6 a une surface égale à son volume = 6x6x6. Une sphère de diamètre 6 a donc aussi une surface égale à son volume = 6x6x6 x 0,5236...

Les astronomes de l’antiquité se repéraient avec les quatre points cardinaux et divisaient la trajectoire des astres sur la sphère céleste en 360 degrés, puis chaque degré en 60 minutes d’arc (la circonférence du ciel mesure 6x6x6 centaines de minutes d’arc). Transposée sur le globe terrestre, la minute d’arc donne le mille marin = 1852 mètres. Avec la rotation quotidienne de la Terre, un degré vaut quatre minutes, et une minute d’arc quatre secondes. Les quatre points cardinaux de l’horizon (situant le lever et le coucher du Soleil) ainsi que les deux points verticaux (situant le milieu du jour et de la nuit) forment l’octaèdre, un solide à six sommets associant deux pyramides à bases carrées. Le volume de la sphère l’englobant vaut π x celui de la bipyramide. Celle-ci est composée de 1440 degrés, le nombre quotidien de minutes, comme les quatre cercles donnant la surface de la sphère.

Alignés sur les points cardinaux, les quatre côtés de la base de la pyramide de Khoufou mesurent 440 coudées royales. La hauteur originelle de la pyramide était de 280 coudées. La hauteur plus le côté font donc 720 coudées. fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_de_Kheops 2x440 / 280 = 3,14 ≈ π. 2x440 - 280 coudées = 314,16 mètres. Son volume était de 2592 décamètres cubes, le même qu’un cube aux arêtes = 137,37 mètres. À l’intérieur de la pyramide, la chambre du roi a un périmètre au sol = π x 10 mètres. L’aire des faces de la pyramide divisée par celle de sa base = 1,618... La pente des faces de la pyramide, équivalente au 144e millième d’un cercle, est inclinée de 7,2² degrés. Le monument est bâti sur quatre triangles rectangles internes 1:√ϕ:ϕ. Le périmètre de la base vaut la circonférence d’un cercle ayant la hauteur comme rayon. Les dimensions de la pyramide sont donc proportionnelles à celles d’un hémisphère. Ses quatre côtés sont très légèrement incurvés et le jour des équinoxes, lorsque le lever et le coucher du Soleil sont parfaitement alignés sur l’Orient et l’Occident, les faces Nord et Sud se dissocient en deux triangles, l’un à l’ombre et l’autre à la lumière...

Deux millénaires avant Pythagore, les architectes égyptiens connaissaient le triangle rectangle 3:4:5 (3²+4²=5²) de surface 6, inscrit dans la pyramide de Khafra, fils de Khoufou, ou le triangle équilatéral de périmètre et de surface = √432. Dans la troisième dimension, ils savaient avant Platon que la somme des volumes de cubes aux arêtes 3, 4 et 5 est égale au volume d’un cube aux arêtes 6 (3³+4³+5³=6x6x6), et que des sphères de diamètres 3, 4 et 5, donnent le volume d’une sphère de diamètre 6. fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Platon Et que le carré de la somme de chiffres consécutif est égal à la somme de leurs cubes... Dans l’espace euclidien en deux dimensions, deux points donnent le segment et deux segments donnent l’angle. Le moins brisé des polygones est le triangle (2+1 angles). Pour obtenir 25920 degrés, il faut 1 tétradécacontahexagone (2+144 angles), 2 heptacontatétragones (+72 angles), 3 pentacontagones (+48 angles), 4 triacontaoctogones (+36 angles), 6 icosihexagones (+24 angles), 8 icosagones (+18 angles), 9 octodécagones (+16 angles), 12 tétradécagones (+12 angles), 16 hendécagones (+9 angles), 18 décagones (+8 angles), 24 octogones (+6 angles), 36 hexagones (+4 angles), 48 pentagones (+3 angles), 72 quadrilatères (+2 angles), ou 144 triangles... La boucle est bouclée avec en point nodal le nombre 12 (7 solutions avant et 7 après). Pour atteindre 25920 degrés en trois dimensions avec un solide convexe, il y a quatre solutions : un prisme triacontaheptagonal (37 angles), une pyramide à base heptacontatrigonale, les 144 triangles d’un diamant heptacontadigonal, ou les 72 cerfs-volants d’un trapézoèdre triacontahexagonal...

« Autour du trône se tenaient quatre créatures vivantes constellées d’yeux. La première créature était semblable à un lion, la deuxième créature était semblable à un taureau, la troisième créature avait un visage comme celui d’un homme, et la quatrième créature était semblable à un aigle en vol. » (Livre de la Révélation, chapitre 4). Ces quatre bêtes de l’Apocalypse de Jean, déjà décrites dans le Livre d’Ézéchiel, font elles aussi référence à la précession des équinoxes. aelf.org/bible/Ez/1 Les constellations du Lion, du Taureau, de l’Ange (une représentation chrétienne du Verseau) et de l’Aigle forment une quadrature de l’écliptique que l’on retrouve à Paris, au sommet de la tour Saint-Jacques, ou sur les portails des cathédrales de Chartres et d’Arles. Le Christ y trône à l’intérieur d’un vesica piscis symbolisant l’ère du Poisson, entouré de ces quatre créatures représentant les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean. fr.wikipedia.org/wiki/Tétramorphe- upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/ce/Chartres_-_portail_royal,_tympan_central.jpg- upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1f/Arles_St_Trophime_Portail.jpg

Une journée de 25920 ans donne des heures de 1080 ans, et des minutes de 18 ans. Sur l’horloge précessionnelle, l’ère du Verseau dans laquelle nous entrons se situe à l’opposé de l’ère du Lion, durant laquelle advinrent les impacts il y a treize mille ans. S’il était minuit en 10800 avant Jésus Christ, il sera bientôt midi... Le sphinx de Gizeh, fixant le soleil levant aux équinoxes du printemps, associe le corps du Lion au visage humain du Verseau. À mi-chemin figure l’ère du Taureau, qui vit l’essor des premières civilisations et la construction des pyramides. Le taureau Apis et la vache Hathor en Égypte, le minotaure en Crète, Nandi en Inde, ou le taureau céleste vaincu par Gilgamesh. upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/07/F2230_Louvre_Taureau_APIS_rwk.jpg - upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/18/Assyrian_Winged_Bull.jpg -

Vint ensuite l’ère du Bélier, sacrifié par Abraham à la place de son fils, puis par Moïse lors de la consécration de son frère Aaron. Au nouvel empire, les sphinx-béliers surveillent le chemin entre le temple de Karnak et celui de Louxor. Moïse détruit le veau d’or, symbole d’un retour à l’ancienne religion, tandis que Jason et les argonautes s’en vont quérir la toison d’or, gardée par le dragon polaire de l’écliptique. Un serpent à tête de bélier, Belenos, était alors la divinité principale en Gaule. Avant la destruction par les romains du temple de Jérusalem, l’exode des juifs hors d’Égypte était commémoré au printemps par le sacrifice d’agneaux. En hommage à Abraham, les musulmans continuent de sacrifier des moutons et des chèvres à la fin de l’année lunaire. upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a6/Luxor_Karnak-Tempel_2016-03-21_Widder-Sphinx-Allee_03.jpg - upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b8/Sacrifice_of_Isaac-Caravaggio_(c._1603).jpg

L’âge précessionnel suivant est représenté sur le zodiaque par deux poissons nageant en des directions opposées. En grec, Ichtus ἰχθύς signifie poisson, un acronyme utilisé par les premiers chrétiens pour « Jésus-Christ, le Fils de Dieu, notre Sauveur ». fr.wikipedia.org/wiki/Ichthus De l’ère du Bélier demeurèrent néanmoins l’agneau pascal et la bique diabolique : « Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. » aelf.org/bible/Mt/25 La constellation des Poissons fait face à celle de la Vierge, la mère du Christ. Les apôtres sont décrits comme des « pêcheurs d’hommes » (aelf.org/bible/Mc/1), et la mitre des évêques rappelle ce que les fidèles mangent le vendredi. « Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Il rompit les pains, les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. » (aelf.org/bible/Mt/14). Dans ce miracle de la multiplication des pains raconté par les quatre évangélistes, les poissons symbolisent le cycle précessionnel, comme la pièce de quatre drachmes trouvée par Pierre dans la bouche d’un poisson, ou le poisson grillé que le Christ déguste après sa résurrection. aelf.org/bible/Jn/21 « Une génération méchante et adultère demande un miracle, il ne lui sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. » (aelf.org/bible/Mt/12). Mérovée, fondateur de la première dynastie des rois de France, serait né de l’union de sa mère avec un monstre marin. Dans la légende arthurienne, le Graal prend la forme d’un plat à poisson. Perceval, chevalier de la table ronde, rencontre le gardien du Graal, le « roi pêcheur ». L’anneau du pêcheur se transmet de pape en pape depuis des siècles. fr.wikipedia.org/wiki/Roi_pêcheur - fr.wikipedia.org/wiki/Anneau_du_pêcheur 

Patène de serpentine du trésor de Saint-Denis. L’huile miraculeuse y était préparée lors du sacre du roi de France.
Armoiries du dauphin de France, fils aîné du roi.

Avant d’être arrêté et crucifié, Jésus annonce l’ère zodiacale suivante, celle du Verseau. « Voici : quand vous entrerez en ville, un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre ; suivez-le dans la maison où il pénétrera. » (aelf.org/bible/Lc/22).

Depuis quelques générations, avec la maîtrise des hydrocarbures et de la vapeur d’eau, l’histoire s’est brusquement accélérée. Les constellations du ciel nocturne sont occultées par la fée électricité. La marchandisation s’est mondialisée, diluant « les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque et de la sentimentalité philistine dans les eaux glacées du calcul égoïste. » Les richesses sont accaparées par quelques milliers de milliardaires et millions de millionnaires, tandis que des milliards de personnes sont condamnées à l’asservissement dans la pauvreté. « Debout, les damnés de la terre ! Debout, les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, c’est l’éruption de la fin ! Du passé faisons table rase, foule esclave debout ! Debout ! Le monde va changer de base : nous ne sommes rien, soyons tout ! » institutdefrance.fr/les-72-jours-de-la-commune-de-paris-exercice-du-pouvoir-et-heritage-politique-2/ Au sommet de la pyramide, l’avenir s’organise dans le déni des limites terrestres. La croissance ruissèlera pour les siècles des siècles ! Mais l’argent ne tombe pas du ciel : lorsque les écosystèmes s’effondreront sous notre poids, quand les bulles spéculatives éclateront, les réserves pétrolières s’épuiseront et l’eau potable viendra à manquer, ils construiront une arche de Noé cryogénisée et s’envoleront à la pêche aux astéroïdes. « Après nous le déluge », ironisait Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour. L’ère du Poisson se clôt en ce début de millénaire.

Éclairée par l’aurore du Verseau, l’humanité a marché sur la lune, cartographié son propre génome et programmé des machines apprenantes. La science nous fait découvrir à l’horizon un grand large vertigineux, « l’océan inexploré de la vérité » prédit par Newton. Notre planète est située à cinq-cents secondes-lumière du soleil (333 mille fois plus massif qu’elle) et orbite autour de lui à près de 108 milliers km/h (666 centaines de miles selon les anglo-saxons). La Voie lactée s’étend sur plus de mille siècles-lumière et contient des centaines de milliards d’étoiles. Notre système solaire file à 137 miles par seconde, en orbitant à 27 millénaires-lumière du centre gravitationnel galactique et de son trou noir supermassif. Il faut donc plus d’une précession des équinoxes pour que la lumière du soleil y voyage, en parcourant 1,08 milliard de kilomètres par heure. Naviguant parmi ses milliers de milliards de sembables, notre galaxie se déplace à 2,16 millions de km/h relativement au fond diffus cosmologique, la frontière de l’univers observable située à 13,7 milliards d’années-lumière.

Cet infini se reflète dans le monde microscopique : « sur la terre comme au ciel ». La vie terrestre fut enclenchée par des bombardements cosmiques dévastateurs. nasa.gov/topics/solarsystem/features/dna-meteorites.html - fr.wikipedia.org/wiki/Formation_de_la_Lune Nos corps sont faits de poussières d’étoiles, disait Carl Sagan. Cent mille milliards d’atomes composent chacune de nos cent mille milliards de cellules. Une cellule porte en son noyau 23 paires de chromosomes, et chaque chromosome est tissé d’ADN entrelacé en double hélice et séquencé en des milliers de gènes. En déroulant l’ADN de toutes les cellules du corps humain, on atteindrait les confins du système solaire. Nos gènes sont l’héritage de quatre milliards d’années d’évolution, depuis les premières cellules vivantes jusqu’à nos parents. L’histoire des civilisations représente 108 millièmes de seconde si l’on condense l’histoire de l’évolution en vingt-quatre heures (5 millénaires divisés par 4 milliards, le tout multiplié par 86400 secondes). Après la dernière glaciation recouvrant l’entièreté de la planète, il y a 540 millions d’années (20h30), les organismes vivants se complexifièrent. Nos ancêtres sortirent de l’eau il y a 360 millions d’années (21h50) et survécurent à la pire extinction d’espèces cent millions d’années plus tard (22h30). fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_cambrienne - fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_du_Dévonien - fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_Permien-Trias Les primates prirent leur essor une fois les dinosaures anéantis il y a 66 millions d’années (23h30). On peut ensuite retracer les bribes de l’évolution arborescente de la lignée humaine : nos premiers ancêtres bipèdes il y a 7 millions d’années (23h58), l’apparition des outils de pierre il y a 3 millions d’années (23h59) et de la domestication du feu il y a cinq cents millénaires (10 secondes). Puis Sapiens et les premières grandes vagues de sa migration, notamment lors de la précédente période interglaciaire, il y a cent-trente millénaires (3 secondes).

Les derniers ancêtres communs à l’ensemble de l’humanité (de la reine d’Angleterre aux chasseurs-cueilleurs amazoniens) vivaient en Afrique orientale, après un goulet d’étranglement démographique lié à un terrible hiver volcanique. pnas.org/content/118/29/e2013046118 - ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6707464/ Leurs descendants colonisèrent tous les continents, rencontrant les autres espèces humaines peuplant alors le monde, Néandertal, Denisova ou Floresiensis, qui finirent toutes par s’éteindre, ne subsistant qu’en une fraction de notre génome. À partir de cette époque, il y a trois ou quatre milliers de générations, le jaillissement des langages symboliques métamorphosa la conscience humaine. chomsky.info/20140826/ - pnas.org/doi/pdf/10.1073/pnas.1414542111 Il devint possible d’articuler une apparente infinité de messages. Avec les histoires racontées auprès du feu, les danses, les chansons et les premières peintures, se dévoilèrent de nouvelles représentations de l’espace et du temps, fondées sur les lois du nombre et du concept. « Au commencement était le verbe, et le verbe était en Dieu, et le verbe était Dieu. » (premier verset de l’Évangile selon Jean).

*************************************

« La philosophie est une lutte contre l’ensorcellement de notre intelligence par le biais du langage. »

Ludwig Wittgenstein

« Tout concept naît de l’identification du non-identique, car la nature ne connaît ni formes ni concepts, seulement un mystère pour nous inaccessible et indéfinissable. Qu’est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, qui a été poétiquement et rhétoriquement amplifiée, transposée et ornée, et qui semble à un peuple ferme, canoniale et contraignante. Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores usées qui ont perdu leur force sensible. Nous parlons inconsciemment de la manière désignée et selon des coutumes centenaires, et grâce à cette inconscience et à cet oubli, nous parvenons au sentiment de la vérité. L’humain généralise toutes ses impressions en des concepts décolorés et figés, afin de leur rattacher la conduite de sa vie et de son action. »

« Tout ce qui distingue l’humain de l’animal dépend de cette capacité de faire se dissoudre une image en un concept. Dans le domaine de ces schèmes est possible ce qui jamais ne pourrait réussir au milieu des premières impressions intuitives. Construire un ordre pyramidal de castes et des degrés, créer un monde nouveau de lois, de privilèges, de subordinations, de délimitations, monde qui s’oppose désormais à l’autre monde des premières impressions comme ce qu’il y a de plus ferme, de plus général, de plus connu, et de ce fait, comme ce qui est régulateur et impératif. Chaque peuple a au-dessus de lui un ciel de concepts mathématiquement répartis. Il faut ici admirer l’humain pour ce qu’il est un puissant génie de l’architecture, qui réussit à ériger, sur des fondements mouvants, un dôme de concepts infiniment compliqué. Il faut que ce soit une construction comme faite de fils d’araignée, assez fine pour être transportée avec le flot, assez solide pour ne pas être dispersée au souffle des vents. »

« Que sait l’humain de lui-même ? La nature lui a caché la vérité, l'enfermant dans la fascination d'une conscience fière et chimérique, à l’écart des secrets de ses entrailles, du flux de son sang, du frémissement de ses fibres ; elle a jeté la clef, et l’humain, indifférent à sa propre ignorance, se tient dans ses rêves comme sur le dos d'un tigre… Tandis que celui guidé par les concepts et les abstractions se défend contre le malheur sans pouvoir arracher le moindre bonheur, tandis qu’il aspire à être libéré le plus possible des souffrances, l’intuitif, lui, récolte un afflux permanent de lumière, de gaieté, de rédemption. Certes, il souffre plus violemment quand il souffre, il souffre même plus souvent, parce qu’il ne sait pas tirer les leçons de l’expérience et retombe toujours dans la même ornière. Dans la douleur il est alors aussi déraisonnable que dans le bonheur, il crie fort et rien ne le console. »

« L’humain est un fil tendu entre la bête et le surhumain, une corde sur l’abîme. J’aime les paroles d’or qui tiennent toujours plus qu’elles ne promettent, et les âmes débordantes qui s’oublient elles-mêmes. J’aime les lourdes gouttes tombant de l’obscur nuage suspendu sur l’humanité : elles annoncent l’éclair qui vient, puis disparaissent en visionnaires... Il est temps que l’humain se fixe à lui-même son but, qu’il cultive sa plus haute espérance. Maintenant son sol est encore assez riche, mais ce sol, un jour, sera pauvre et stérile, et aucun grand arbre ne pourra plus y croître. Il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis. Vous portez en vous un chaos. »

Fragments de l’œuvre de Friedrich Nietzsche

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Qatar : le Mondial de la honte
Journal — À Saint-Étienne, le maire, la sextape et le chantage politique
Journal — À Saint-Étienne, le maire, la sextape et le chantage politique

À la Une de Mediapart

Journal — Moyen-Orient
Des Russes désertent vers la Turquie pour ne pas « mourir pour Poutine »
Après que le président russe a décrété la mobilisation partielle des réservistes pour faire face à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, de nombreux citoyens fuient le pays afin de ne pas être envoyés sur le front. 
par Zafer Sivrikaya
Journal — Politique
La justice dit avoir les preuves d’un « complot » politique à Toulouse
L’ancienne députée LR Laurence Arribagé et un représentant du fisc seront jugés pour avoir tenté de faire tomber une concurrente LREM à Toulouse. Au terme de son enquête, le juge saisi de cette affaire a réuni toutes les pièces d’un « complot » politique, selon les informations de Mediapart.
par Antton Rouget
Journal — Exécutif
Retraites, chômage, énergie : Macron attaque sur tous les fronts
Le président de la République souhaite mener à bien plusieurs chantiers d’ici à la fin de l’année : retraites, chômage, énergies renouvelables, loi sur la sécurité, débat sur l’immigration… Une stratégie risquée, qui divise ses soutiens.
par Ilyes Ramdani
Journal
« L’esprit critique » cinéma : luxe, érotisme et maternité
Notre podcast culturel débat des films « Sans filtre » de Ruben Östlund, « Les Enfants des autres » de Rebecca Zlotowski et « Feu follet » de João Pedro Rodrigues.
par Joseph Confavreux

La sélection du Club

Billet de blog
L’éolien en mer menacerait la biodiversité ?
La revue Reporterre (par ailleurs fort recommandable) publiait en novembre 2021 un article auquel j’emprunte ici le titre, mais transposé sous forme interrogative … car quelques unes de ses affirmations font problème.
par jeanpaulcoste
Billet de blog
Saint-Jean-Lachalm, un village qui a réussi ses éoliennes, sans s'étriper
Saint-Jean-Lachalm, un village de la Haute-Loire qui a trouvé le moyen de ne pas s’étriper lorsque l’idée d’un champ d’éoliennes a soufflé dans la tête de son maire, Paul Braud. En faisant parler un droit coutumier ce qui, de fil en aiguille, a conduit… au chanvre.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
Éolien : vents contraires !
[Rediffusion] Mal aimées parmi les énergies renouvelables, les éoliennes concentrent toutes les critiques. La région Provence Alpes-Côte d'Azur les boycotte en bloc sans construire d'alternatives au « modèle » industriel. le Ravi, le journal régional pas pareil en Paca, publie une « grosse enquête » qui ne manque pas de souffle...
par Le Ravi
Billet de blog
Le gigantisme des installations éoliennes offshore en Loire Atlantique et en Morbihan
Un petit tour sur les chemins côtiers en Loire Atlantique et en Morbihan pour décrire et témoigner du gigantisme de ces installations offshores, de la réalité de l'impact visuel, et de quelques réactions locales.
par sylvainpaulB