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Portfolio 12 avr. 2021

Catalogne : Lluís Companys a encouragé le meurtre de l’évêque Manuel Borràs

Lluís Companys fut tantôt nationaliste espagnol ; co-fondateur du parti séparatiste et fasciste Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) ; anarchiste et finalement fugitif. Il n’a jamais été fidèle à une idéologie en particulier. C’est l’avidité du pouvoir qui n’a cessé de l’animer. Pour cela, il a assassiné et fait assassiner des milliers de fois

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  1. Photo tirée du domaine public

    (1)L’assassinat de cet évêque est l’un des nombreux épisodes sanglants de la présidence catalane de Lluís Companys. Ce dernier fut tantôt nationaliste espagnol ; co-fondateur du parti séparatiste et fasciste Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) ; anarchiste et finalement fugitif. Companys n’a jamais été fidèle à une idéologie en particulier. C’est l’avidité du pouvoir qui n’a cessé de l’animer. Pour cela, il n’a pas seulement tourné sa veste plusieurs fois. Il a aussi assassiné et fait assassiner autant que cela lui semblait nécessaire. Pour nourrir ses ambitions.

    C’est à la suite de la terrible persécution religieuse déclenchée pendant la guerre civile (en août 1936) que l'évêque auxiliaire de Tarragone, Manuel Borràs Ferré, originaire de La Canonja, localité de 6000 âmes, comarque du Tarragonès, a été assassiné. Si l'anticléricalisme en Espagne s'était manifesté avec plus ou moins d'intensité depuis le XVIIIe siècle, il s’est exacerbé pendant la Seconde République et fut le plus virulent avec le début de la guerre civile. Au cours de cette persécution, environ 7000 religieux ont été tués, dont treize évêques et plus de 3000 laïcs, pour le simple fait d'être catholiques. Les assassinats ont été particulièrement féroces en Catalogne où quatre évêques et 2437 religieux soit un tiers des effectifs ecclésiastiques ont été « nettoyés.» Les massacres ont été accompagnés, dans de nombreux cas, d'une cruauté extrême.

    Quelques jours après le soulèvement militaire du 21 juillet 1936, face à la recrudescence des émeutes à Tarragone, le commissariat de police exhorte le cardinal Vidal i Barraquer (né à Cambrils), son secrétaire Joan Viladrich et l'évêque Manuel Borràs Ferré à quitter l'archevêché pour un lieu plus sûr. Bien qu'ils soient d'abord réticents, ils décident finalement de s'installer, sur l’insistance du commissaire à l’ordre public, au Monastère de Poblet (lieu qui figure aujourd’hui sur la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO). Deux jours plus tard, le 23 juillet, le cardinal Vidal i Barraquer est arrêté par un groupe de miliciens de la C.N.T.-F.A.I. (2) de l'Hospitalet, qui se trouvaient à Vimbodí et qui, par l'intermédiaire de membres du Comité prétendument antifasciste de cette commune, avaient été informés de la présence du cardinal dans le monastère. Le lendemain, c’est au tour de Monseigneur Manuel Borràs Ferré et des autres prêtres présents d’être capturés et transférés à la prison de Montblanc. Lieu où d'autres prêtres et laïcs étaient également détenus. Ces faits étaient connus du conseiller de la Generalitat – gouvernement catalan - Ventura i Gassol. Celui-ci en avait informé le président Lluís Companys. Le 25 juillet, le cardinal Vidal i Barraquer et son secrétaire Joan Viladrich furent libérés, lorsque le Comité Montblanc reçu un ordre exprès, écrit en catalan, de la main de Lluís Companys lui-même qui fut acheminée avec une voiture officielle munie d’une escorte de la Generalitat par le député d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) Joan Solé. Il était dépêché depuis Barcelone.

    Non sans quelques réticences, le Comité Montblanc accepta de libérer les deux religieux qui furent emmenés à Barcelone et placés sous bonne garde au Palais de la Generalitat.  Finalement, ils furent expulsés de Catalogne et embarqués sur un navire de la marine italienne qui les conduisit à La Spezia, en Italie. Et de là à la Chartreuse de Farneta (Lucca). Ils y resteront jusqu'en 1943. Rappelons que tant Companys que l’ERC ne dissimulaient ni leur sympathie ni leur coopération avec le Duce Benito Mussolini. Pour l’anecdote, quelques semaines plus tard, lorsque Lluís Companys, interviewé par le journal français de gauche « L'OEuvre » (3) sur l'éventuelle restauration du culte catholique, il répondit avec amusement : « Oh, ce problème ne se pose même pas car toutes les églises ont été détruites. »

    Pendant ce temps, l'évêque Manuel Borràs Ferré et le reste des prêtres restèrent  emprisonnés, jusqu’au 12 août. Vers deux heures de l'après-midi, un groupe de miliciens surgit à la prison de Montblanc. Sous prétexte de vouloir le transférer à Tarragone, ils l’ont emmené. Avant de partir, l’évêque dit au revoir au reste des religieux et des laïcs emprisonnés avec un « Adéu, fins al cel » et suivit ses bourreaux d'un air calme et souriant. Pourtant, il est difficile d’imaginer qu’il ne pressentait pas l’issue fatale de ce dernier voyage. Les miliciens l'ont fait monter dans une camionnette et après avoir traversé les rues semi-désertiques de la commune de Montblanc se sont dirigés vers le Col de Lilla. Après 3,5 kilomètres de ce lieu, juste avant le carrefour qui mène à Lilla, ils se sont arrêtés près d'un olivier et l'ont abattu à bout portant. Ils l'ont aussitôt empalé sur des sarments de vigne qu'ils ont arrosés d'essence et lui ont mis le feu. Juste avant de l'exécuter, Manuel Borràs Ferré aurait bénit et pardonné ses assassins. Ce sont eux qui s’en sont vantés.

    Quant aux trois autres prêtres emprisonnés avec lui à Montblanc J. Roselló, D. Llebaria et J. Farriol ils ont été transférés à Tarragone et assassinés à leur tour d’une balle dans le dos le 22 août. Le tout s’est passé sous la présidence et avec la connaissance de Lluí Companys.

    Certes, il n’est question que de l’un des trop nombreux et tragiques évènements qui rythmèrent la présidence sanguinaire de Companys. La question qui revient régulièrement c’est pourquoi celui-ci n’a pas inclus dans son ordre de libération qui épargna le cardinal Vidal et son secrétaire Manuel Borràs Ferré ainsi que les autres religieux ? Une réponse plausible est celle du cardinal primat d'Espagne Isidre Gomà, originaire lui aussi de Tarragone et né à La Riba : « Le fait que les prêtres militants du catalanisme soient sortis indemnes alors que leurs frères succombaient par centaines fut révélateur. Même si tous n'en sont pas sortis indemnes, il est évident qu'il y a eu une opération politique, de la part de la Generalitat, pour épargner les quelques prêtres les plus catalanistes. »

    (1)  Source : texte de Salvador Caamaño Morado, publié dans "El Diari de Terragona" le 5 août 2019. Salvador Caamaño est athée et a fait partie du PCC (Partit Comunista de Catalunya) et du PSUC (Partido Socialista Unificado de Catalunya) et des CCOO (Comisiones Obreras) ;

    (2)  C.N.T. – F.A.I. Confederación Nacional de Trabajo et Federación Anarquista Ibérica, mouvement communiste libertaire ; anarchiste et syndicaliste qui s’unit après les journées de mai 1937 à Barcelone qui est témoin de nombreuses tueries fratricides au sein de la gauche dite républicaine. C.N.T. Si la première fut fondée à Barcelone, c’est de Valencia que vient la conseur ;

    (3)  L’OEuvre fut un périodique français de gauche de la première moitié du XXème siècle. Le journal passe à la collaboration pendant l’Occupation ce qui conduisit sa disparition. Ce média s’affirmait comme socialiste et anticlérical. Il fut également défini comme un périodique nationaliste et antisémite de tendance républicaine et socialiste.

  2. Los (des) controlados de Companys de Javier Barraycoa

    La présidence de Lluís Companys se solda par plus de 9000 torturés, assassinés et disparus

  3. Photo tirée du domaine public

    Les jeunes séparatistes d’Esquerra Republicana de Catalunya ERC n’ont jamais caché leur admiration pour le fascisme 

  4. Photo tirée du domaine public

    Une première page du journal français de gauche, anticlérical, anti sémite qui se rangea aux côtés de la Collaboration « L’OEvre »

  5. Los (des) controlados de Companys de Javier Barraycoa

    Sentence de mort signée par Lluís Companys lui-même 

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