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À Perpignan, un hôtel fait la promotion du séparatisme

L’estelada supremaciste qui flotte sur le mât de l’Hôtel de la Fauceille, à la sortie de Perpignan, peut être un cas isolé mais aussi le premier jalon d’une nouvelle stratégie de propagande idéologique utilisant comme vecteur le tourisme dans les Pyrénées Orientales. Analyse
  1. (1) Les faits : vendredi 7 mai 2021, on signale, par le biais des réseaux sociaux, aux bénévoles du groupe « France » de l’association suisse apolitique qui dénonce le suprémacisme en Europe «Catalunya peuple d’Espagne CPDE» que l’hôtel quatre étoiles « La Fauceille » a remplacé le drapeau catalan par l’estelada. (2) Soit la bannière non officielle des séparatistes catalans inspirée de la révolution cubaine. L’Hôtel de la Fauceille qui met en avant, sur la plateforme Booking.com, son emplacement idéal à la sortie de Perpignan pour «découvrir les trésors d’Occitanie » se signale dans le voisinage avec ses trois mâts sur lesquels sont habituellement hissés le drapeau espagnol, le français et la senyera qui représente officiellement la Catalogne, l’une des dix-sept autonomies espagnoles. La senyera qui est le riche héritage de la Couronne d’Aragon et de la Maison de Barcelone a, pour le moins, le mérite de représenter les 7,5 millions d’habitants qui occupent l’autonomie catalane - y compris la moitié séparatiste. Alors que l’estelada à l’étoile blanche sur fond triangulaire bleu qui flotte depuis peu sur le parvis de l’Hôtel de la Fauceille n’est ni officielle ni même reconnue par un seul des 195 États membres des Nations unies. L’estelada de l’Hôtel de la Fauceille rappelle également de douloureux souvenirs. Entre autre, les tueries de masse de la présidence Lluís Companys; le fascisme d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et jadis son projet de protectorat catalan affilié à l’Italie fasciste de Benito Mussolini. Sans oublier la tentative de coupe d’État de l’été 2017. Projet de putsch conduit par le fugitif Carles Puigdemont à l’encontre des catalans non séparatistes qui se sont vus le temps de quelques jours étrangers dans leur propre pays. On imagine le traumatisme que rappelle l’estelada pour beaucoup. Aujourd’hui encore, elle incarne l’endoctrinement sur les bancs d’école et une forme de violence psychique et physique omniprésente dans tous les aspects de la vie catalane. 

    Qu’est-ce qui motive le gérant de l’Hôtel de la Fauceille Jean-Paul Riera, de Collioure, pour exhiber cette bannière à la réputation sulfureuse ? Les bénévoles de CPDE lui ont écrit lundi 10 et mardi 11 mai par e-mail, et ont appelé la réception de l’hôtel. Monsieur Riera n’a ni répondu ni rappelé.
    Affilié à la chaîne « Logis Hôtels », la direction de celle-ci a été contactée. La directrice Corinne Bathieux a promptement répondu qu’elle ne s’immisçait pas dans les considérations «géopolitiques » de ses membres. Finalement, est-ce si anodin ? Nous le verrons plus tard que non malheureusement. L’industrie du tourisme a régulièrement servi les intérêts politiques pour le meilleur mais aussi pour le pire. L’exemple de la Libye coloniale, étudié par Brian McLaren, 2006, illustre de manière éclairante le rôle du tourisme dans le projet (...) de domination mené par les autorités italiennes fascistes. Le tourisme est envisagé comme une projection des accomplissements du colonialisme italien et devient un véritable instrument de propagande coloniale. (3) Les Nazis avec le centre de vacances de Prora sur la Mer Baltique ont capitalisé eux aussi sur les concepts touristiques à des fin de propagande. Dans le cas de Perpignan, on peut aisément imaginer que d’autres établissements suivent l’Hôtel de la Fauceille jusqu’à établir de nouvelles normes dans la région. Dans l’espace comme dans le temps, les visiteurs croiraient alors que l’estelada est le drapeau légitime des Pyrénées Orientales et que l’appellation « Catalogne du Nord » est officielle. 
    Déjà aujourd’hui, elles sont nombreuses les salles de rédaction du continent à s’être trompées en utilisant à tort l’estelada pour illustrer l’actualité de l’autonomie catalane. On le voit, induire en erreur par le biais du fort vecteur d’images et de symboles qu’est la constellation du tourisme n’est pas anodin. C’est une fois de plus imposer sa vision des choses à l’autre, en piétinant l’institution. Le ciment qui permet le vivre ensemble. 

    Quant à Booking.com, l’Hôtel de la Fauceille y est globalement bien noté avec un 8,2. Aucun élément visuel ni aucun commentaire sur cette plateforme ne permet de faire le lien avec le catalanisme politique. Seuls quelques commentaires récurrents affirment que l’établissement qui relève plus d’un trois étoiles que d’un quatre. Ceci, entre autre, en raison de chambres de bain vétustes.
    C’est finalement sur la page Facebook de l’Hôtel de la Fauceille - soit une source ouverte - que la sympathie du tenancier pour l’idéologie sécessionniste catalane s’affiche. Voir les captures d’écran ci-jointes. 

    Action isolée ou mise en place d’une nouvelle stratégie ?

    Après les spots videos mensongers du propagandiste Òmnium Cultural; les achats d’influences de la Generalitat séparatiste et le lobbying politique de Diplocat, on pourrait voir éclore une nouvelle stratégie de contamination idéologique celle de l’utilisation du secteur touristique comme vecteur idéologique. L’étude «Circulations, espace et pouvoir - Penser le tourisme pour penser la politique » de Linda Boukhris et d’Amandine Chappuis pour la revue en ligne de géographie politique et de géopolitique «L’Espace Politique » est pertinent pour la compréhension du concept qui n’est pas d’aujourd’hui : «Le tourisme a historiquement été étroitement lié à la production et à la circulation des idéologies politiques, participant de leur triple fonction d’intégration sociale, de légitimation et de domination (P. Ricoeur, 1986). »
    Le tourisme est en effet un puissant producteur d’images présentes dans les guides, les cartes postales, les brochures, les récits de voyage, les photographies. Les dispositifs touristiques qui évoluent au cours de l’histoire des régimes dictatoriaux, apparaissent à la fois comme des instruments de contrôle social et comme des supports nécessaires à la diffusion et aux succès populaires des idéologies politiques, notamment au profit de courants totalitaires.
    L’estelada supremaciste qui flotte sur le parterre de l’Hôtel de la Fauceille, à la sortie de Perpignan, peut très bien n’être qu’un cas isolé mais peut aussi constituer le premier jalon d’une nouvelle stratégie de propagande idéologique. À suivre.
    À l’heure où s’écrivent ces lignes, l’office du tourisme perpignanais est informé.

    (1)https://blogs.mediapart.fr/1030855/blog/191120/catalogne-le-drapeau-de-la-manipulation

    (2) Voir collection photos annexée 

    (3) «Circulations, espace et pouvoir - Penser le tourisme pour penser la politique » de Linda Boukhris et d’Amandine Chappuis pour la revue en ligne de géographie politique et de géopolitique «L’Espace Politique »

  2. Les liens entre l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan et l’appareil séparatiste catalan sont de sources ouvertes 

  3. Les liens entre l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan et l’appareil séparatiste catalan sont de sources ouvertes

  4. À Perpignan

  5. L’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan rappelle les heures les plus sombres de l’autonomie catalane en Espagne 

  6. L’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan rappelle le projet de protectorat fasciste aliéné à l’Italie de Benito Mussolini 

  7. L’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan rappelle les heures les plus sombres de l’autonomie catalane en Espagne 

  8. L’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan est synonyme d’endoctrinement sur les bancs d’école et de falsification de l’histoire 

  9. L’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan illustre un projet supremaciste, expansionniste et fantasmagorique (invention du valencien Joan Fuster). Les tenants dudit projet comme le journaliste valencien Vincent Portal affirment que la France

  10. L’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan rappelle la tentative de coup d’État suprémaciste dans l’autonomie catalane en 2017 dont les premières victimes étaient la majorité sociale catalane et espagnole non séparatiste 

  11. Le vrai drapeau catalan qui représente tous mes catalans, séparatistes inclus, à contrario de l’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan 

  12. Le vrai drapeau catalan qui représente tous mes catalans, séparatistes inclus, à contrario de l’estelada hissée par l’Hôtel de la Fauceille à Perpignan 

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