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Ma visite surprise au siège de l’Assemblée nationale catalane (ANC) à Barcelone

Le phénomème agit comme un catalyseur pour maintes frustrations et esprits contestataires tant à l’extérieur de l’autonomie catalane qu’à l’étranger. Tout le défi du séparatisme catalan consiste à acheter des influences extérieures et l’opinion internationale. Pour l’arrêter, il faut le comprendre.
  1. Mercredi 21 avril 2021, à 11:22, je sonne à la carrer de la Marina 315, à Barcelone. C’est là, à six minutes à pieds de l’emblématique cathédrale la Sagrada Familia, que siège l’Assemblée nationale catalane (ANC) - en catalan : Assemblea Nacional Catalana. Je m’y rends par surprise. C’est une organisation politique au pouvoir de convocation inédit dans l’autonomie catalane, en Espagne. L’ANC qui célébrera son dixième anniversaire vendredi 30 avril, affirme être active dans près d’une quarante pays. Son objectif est la sécession de la Catalogne. Officiellement, son but est l’indépendance. On doute un peu. Une « république catalane »proclamée aujourd’hui - qu’elle soit d’obédience sociale-communiste comme la souhaitent les formations séparatistes de la CUP ou de l’ERC ou qu’elle ait la forme d’un « paradis » à blanchir l’argent comme la rêvent le clan Pujol, Mas et Puigdemont ne serait en rien indépendante mais sous le joug d’une organisation criminelle et sous celui d’une idéologie d’extrême-gauche totalitaire. Ce n’est pas la première fois, dans l’histoire des hommes, que l’on verrait cette alliance entre les corrompus corrupteurs et une idéologie fasciste qu’elle soit de gauche ou de droite. 

    Le siège est sécurisé avec des portes à verrouillage électrique et des caméras de surveillance. On me laisse entrer. Je me présente: je viens de Suisse et je suis président d’une association apolitique et transversale qui cherche, entre autre, à comprendre qu’elles sont les réelles motivations de ces centaines de milliers de citoyens qui, tout en vivant en démocratie et à l’époque du consumérisme à outrance, se mobilisent dès que l’ANC les sollicitent. Je donne mom nom et prénom. Le personnel de la réception masqué, pandémie oblige. Leur masse en dit long. C’est la « bandera negra » (1). C’est-à-dire l’illustration du séparatisme catalan le plus radical. Elles sont trois dames. Rapidement, on fait venir un responsable des relations avec l’international. Celui-ci parlant un espagnol parfait refuse de s’identifier. Tout comme il refuse de m’indiquer l’adresse exacte de l’ANC en Suisse. Il me dit qu’il sait qui je suis et ce que fait mon association. Il préfère être prudent. Pour ma part, je sais que l’ANC à Zürich qui encourage la violence des Comités de défense de la République (CDR); qui n’a de cesse de fustiger publiquement l’Espagne et de prétendre s’exprimer au nom de tous les catalans officie sous la couverture du centre « culturel » catalan de Zürich (2). Il est connu sous le nom de « Casa Català de Zuric ».  Il s’en suit une conversation ouverte et non désagréable. D’un peu moins d’une heure, il en ressort que mon interlocuteur est plutôt fier que l’association présidée par Elisenda Paluzie met en échec la diplomatie d’un pays de 47 millions d’habitants comme l’Espagne avec ses 50’000 socios et 50’000 sympathisants. Je lui réponds que les gouvernements espagnols successifs qu’ils soient de gauche ou de droite n’ont jamais rien entrepris de sérieux pour contrer la propagande séparatiste à l’étranger. Trop occupés à s’acheter les faveurs des nationalistes pour gouverner. Il le reconnaît et ajoute qu’avec le président du gouvernement actuel le socialiste Pedro Sanchez la chose pour l’ANC devient plus compliquée. À ma demande, il m’explique la différence entre un socio de l’ANC et un sympathisant. Le premier payant une cotisation mensuelle et disposant d’un droit de vote alors que le second se mobilise régulièrement et mobilise, sans être astreint à la cotisation. Quand j’évoque le passé fasciste et adepte du dulce Benito Mussolini pour Esquerra Republicana Catalana (ERC), mon interlocuteur me dit que ce n’est qu’anecdotique. Quand j’évoque Lluís Companys et ses nombreux assassinats, il me répond que ce n’était pas directement Companys mais la besogne d’anarchistes devenus incontrôlables. Il ne dit pas un mot sur les centaines de sentences de mort signées de manière expéditive par l’ex président de la Generalitat Luís Companys. Si la gauche espagnole a bien un point commun avec les séparatistes c’est bien celui-ci : ne parler que des exactions du franquisme et non des leurs. Question violence, le représentant de l’ANC ne parle, là-aussi, que des violences policières du premier octobre 2017 mais pas un mot sur les violences des CDR en octobre 2019 ni même sur celles qui se produisent très régulièrement dans les rues de l’autonomie catalane et qui sont l’œuvre de casseur arguant l’Estelada (3) séparatiste. On baigne en plein endoctrinement et j’ai la stérile impression de converser avec le porte-parole d’une secte. 

    Pourtant, il y a un élément qui mérite, à mon avis, la meilleure attention. C’est quand mon interlocuteur cherche à se distancier du nationalisme identitaire. Pour lui, le séparatisme catalan est porteur d’un projet de société et de valeurs qui ne sont pas que partagés par catalans parlants mais autant par des espagnols venant d’autres régions d’Espagne et même par des étrangers. Il évalue les proportions à 50 - 50. Sur ce point, je rejoins mon interlocuteur. Même si personne n’a, à ce jour, pu expliquer les contours du projet sécessionniste ni quelles sont les valeurs qui l’animent. Évoquer le franquisme, plus de quarante ans après la mort du dictateur est fallacieux. D’autant plus que le caudillo a été particulièrement bien veillant avec cette région d’Espagne et avec le catalan en général. Le phénomème du séparatisme agit comme un catalyseur pour maintes frustrations et esprits contestataires tant à l’extérieur de l’autonomie catalane qu’à l’étranger même. Tout le défi du séparatisme catalan qui a plus d’une fois une essence criminelle consiste à acheter des influences extérieures et l’opinion internationale. On ne pourra lui barrer la route avec seulement des instruments de légalisme. Il faut comprendre d’avantage le phénomème. Et pour cela, aller régulièrement au contact avec les séparatistes.(4)

    Notes : 

    (1) Voir photos en annexes 

    (2) Au printemps 2018, j’ai contacté par message électronique (e-mail) l’ANC suisse à Zürich, demandant un entretien. Le lobby séparatiste m’a répondu que mon opinion sur le séparatisme catalan étant connue, je n’étais pas le bienvenu. 

    (3) https://blogs.mediapart.fr/1030855/blog/191120/catalogne-le-drapeau-de-la-manipulation


    (4) «  Il est vrai, cependant, que l’appareil séparatiste catalan pratique une rhétorique nationaliste-populiste basée sur l'identité nationale, mais étant donné la faiblesse politique et démographique de ce projet, il pratique également une sorte de "péronisme" à la catalane invoquant la dialectique sociale mais uniquement pour élargir la base politique nécessaire à une oligarchie régionale et sectaire pour atteindre de plus grandes hauteurs de pouvoir et assurer un Régime sans séparation des pouvoirs. La bourgeoisie catalane a un grave défaut : elle est très corrompue et pour éviter les responsabilités pénales, elle a besoin d'un Régime qui l'en dispense. »

    Angel Gomez, policier et président d’une association catalane

  2. (1) Comme presque tout dans le monde complexe du séparatisme catalan, on cherche des racines historiques pour signifier n'importe quel symbole. C’est aussi le cas pour la Bandera Negra, jadis bras armé du parti séparatiste Estat Català. Cette formation politique, née pour lutter contre l'État espagnol, a même tenté d'attaquer le roi Alphonse XIII lors d'une visite en Catalogne. L'objectif était de lancer une bombe camouflée dans un bouquet de fleurs sur son chemin, mais ils n'ont finalement pas pu le réaliser et ont attaqué les voies ferrées où le souverain allait passer le long de la côte d'El Garraf, dans ce qui a été connu comme le « complot de Garraf. »

  3. «  Il est vrai, cependant, que l’appareil séparatiste catalan pratique une rhétorique nationaliste-populiste basée sur l'identité nationale, mais étant donné la faiblesse politique et démographique de ce projet, il pratique également une sorte de "péronisme" à la catalane invoquant la dialectique sociale mais uniquement pour élargir la base politique nécessaire à une oligarchie régionale et sectaire pour atteindre de plus grandes hauteurs de pouvoir et assurer un Régime sans séparation des pouvoirs. La bourgeoisie catalane a un grave défaut : elle est très corrompue et pour éviter les responsabilités pénales, elle a besoin d'un Régime qui l'en dispense. »

    Angel Gomez, policier et président d’une association catalane

  4. On le voit les pseudos centres culturels catalans sont financés en grande partie par la Generalitat séparatiste. 

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