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Portfolio 28 sept. 2020

Quim Torra est responsable d’un bilan désastreux.

L’inéligibilité de Quim Torra sanctionne beaucoup plus que la simple désobéissance en période électorale. Elle démet un politique qui a bénéficié des pleins pouvoirs pendant plus de deux ans. Pour apaiser. Pour construire des ponts. Au lieu de cela, qui a choisi d’attiser les haines.

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  1. François Meylan, Strasbourg, le 13 janvier 2020.

    Par François Meylan 

    Ce soir, le journal des Pyrénées-Orientales «L’Indépendant » titre : « Catalogne : Quim Torra destitué pour ne pas avoir retiré des rubans jaunes du Palais de la Generalitat. » Ce quotidien pro-séparatiste - plus par clientélisme que par conviction -  est coutumier de ces effets de langage. Le Tribunal Suprême, dans les faits, sanctionne un tout. Une posture et des actes répétés à l’encontre du vivre ensemble et des valeurs fondamentales d’équité et de démocratie. Quim Torra, élu au Parlement catalan, au second tour, le 14 mai 2018, a eu les pleins pouvoirs, durant plus de deux ans, pour apaiser. Pour réunir. Pour construire des ponts. Il aurait pu rompre avec la logique destructrice de fuite en avant de son prédécesseur putschiste et fugitif Carles Puigdemont. Il aurait pu devenir un vrai président. Celui de l’unité et de tous les habitants de l’autonomie catalane, en Espagne. Dont plus de la majorité ne sont pas séparatistes. Au lieu de cela, il choisit de rester le laquais du fugitif de Waterloo. 
    Torra n’a jamais administré la Catalogne. Il n’a fait qu’attiser la fracture sociale. Monter un pan de population contre l’autre. Ce n’est pourtant pas le président du gouvernement espagnol le socialiste Pedro Sanchez qui fut l’obstacle. Ce dernier a cédé à tous ses caprices... ou presque. 
    On se rappelle encore du 1er octobre 2018 quand le chef de tribu - il n’est jamais sorti de ce rôle - appelait publiquement les tristement célèbres Comités de défense de la République (CDR) à poursuivre sur le chemin de la confrontation. À se mesurer avec les forces de l’ordre. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le soir même, les casseurs attaquaient la préfecture de police de Barcelone et assiégeaient le Parlement. Résultat : 35 policiers blessés. 

    D’ailleurs, pas un diplomate du continent n’aurait souhaité être pris en photo avec Quim Torra. C’est, pour le moins, le cas pour des diplomates suisses. Je l’ai appris en février dernier, de source sûre. 

    À Perpignan, à force d’arroser avec l’argent des contribuables catalans et espagnols à tout va, il était encore reçu comme une sorte de VIP ou à l’Université de Genève UNIGE. Cela grâce au professeur Nicolas Levrat qui a eu la Generalitat séparatiste comme bon client et à Diplocat. Nous sommes nombreux en Suisse à avoir eu honte quand Levrat faisait venir Torra le 17 octobre 2018. Ou le 18 octobre quand Darius Rochebin de la Radio télévision suisse romande (RTS), probablement frappé d’ignorance, offra une large tribune au suprémaciste de Catalogne.
    Torra y profita pour confirmer qu’il était fidèle au mandat donné par le référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017. De quoi parle-t-on ? D’un référendum illégal financé à coups de malversations. Au cours duquel il n’y avait pas de listes électorales mais des urnes non scellées dont certaines étaient déjà pré remplies. Avec des pseudos observateurs internationaux dont aucun n’avait de reconnaissance institutionnelle et des journalistes se filmant à voter à plusieurs lieux distincts. On a même vu des enfants voter. Les images circulent sur les réseaux sociaux. Comment construire un agenda politique sur ce décors digne d’une république bananière ?

    Quim Torra aurait aussi du s’affranchir de la tentative de coup d’Etat des 6 et 7 septembre 2017 au Parlement catalan. Quand les Puigdemont, Rovira, Forcadell, Cuixart et consorts décidaient, non sans violence, de se passer de l’opposition. De piétiner la Constitution, de balayer le Statut de l’autonomie et de s’assoir sur la loi électorale pour passer en force des textes non amendés qui permettraient la scission d’une région de 7,5 millions d’habitants dont la majorité sociale n’est pas indépendantiste. Le cas échéant, ces nouvelles dispositions donnaient tous les pouvoirs au despote Puigdemont. Il aurait pu ainsi, à sa discrétion, nommer et défaire les présidents de l’autonomie catalane. 

    Au lieu de tourner le dos à toute cette farce et d’habiter la fonction de président de la Generalitat de Catalogne et devenir reconnu et respectable, Quim Torra a fait un choix délirant. Pour les habitants de l’autonomie cela représente plus de deux ans perdus et l’enlisement s’enfoncer dans des postures qui finiront, à force, par être définitivement irréconciliables. 

    Le 16 décembre 2018, le professeur, auteur et spécialiste de l’Espagne Nicolas Klein répondait à mes interrogations. C’est toujours actuel. 

    FM : Nicolas Klein, qui est Quim Torra ?

    Nicolas Klein : Joaquim Torra (dit « Quim » Torra) a un profil légèrement différent de celui de ses deux prédécesseurs à la tête de la Généralité de Catalogne, Artur Mas et Carles Puigdemont. Né en 1962, il n’a pas fait de la politique son métier initial mais gravite depuis de nombreuses années dans l’orbite de l’indépendantisme radical. Élu député aux élections régionales anticipées du 21 décembre 2017, il est éditeur, écrivain et journaliste de formation. Il fait partie de ce que les analystes de la politique catalane appellent la clerecía, terme espagnol qui signifie littéralement « clergé » et qui désigne les fonctionnaires, professeurs, personnalités des médias et autres membres d’associations stipendiées par la Généralité pour faire de la propagande en faveur du séparatisme et noyer le discours public afin de donner le sentiment d’un unanimisme autour de la question sécessionniste.
    Président de la Généralité de Catalogne depuis le 17 mai 2018, il est aussi un sulfureux personnage aux écrits ouvertement xénophobes, suprémacistes et haineux à l’égard des hispanophones de la communauté autonome et des autres Espagnols. Un article tristement célèbre de son cru compare ainsi les premiers à des « bêtes » atteintes d’une « tare dans leur ADN » mais cela va plus loin et il ne s’agissait pas d’un « dérapage » isolé. Un jeune Espagnol originaire de Grenade a ainsi réuni près de 400 articles et interviews de Quim Torra contenant des insultes xénophobes plus ou moins voilées à l’encontre du reste des Espagnols et des Catalans défavorables à l’indépendance de leur région.

    FM : Quels sont ses appuis tant dans l’autonomie catalane que dans le reste de l’Espagne et à l’étranger ?

    Nicolas Klein : En Catalogne même, Quim Torra est soutenu par sa formation, regroupée au sein d’Ensemble pour la Catalogne (Junts per Catalunya), et notamment par son prédécesseur indirect au poste de président de la Généralité, Carles Puigdemont – même si ce dernier le considère probablement comme un pantin manipulable à sa guise… Il est également soutenu par la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), qui a permis la formation du gouvernement régional (Govern) en place. Il a par ailleurs à sa disposition tout un réseau d’entreprises publiques (dont la télévision et la radio régionales) et d’associations d’affidés qu’il paye généreusement – à l’image des Comités de Défense de la République (CDR), groupes violents qui se caractérisent par leurs actions « coup de poing » illégales.
    Dans le reste de l’Espagne, il peut compter sur les élus indépendantistes nationaux, rémunérés sur les deniers de tous les Espagnols pour injurier et diffamer leur pays ainsi que pour tendre l’atmosphère au Congrès des députés (voire pour cracher sur certains de leurs collègues, comme on l’a vu récemment).
    À l’étranger, il est soutenu par les formations séparatistes et groupements d’extrême droite d’Écosse, des Flandres, de Corse ou encore de Padanie. Il peut aussi s’appuyer sur les Catalans séparatistes qui travaillent à l’étranger et n’hésitent jamais à décrire l’Espagne comme une dictature régie par un tyran et en proie à des arrestations arbitraires de la part d’une sorte de police politique.

    FM : Récemment, on a associé son nom à la «voie slovène ». Qu’en-est-il exactement ?

    Nicolas Klein : Il a en effet exprimé son souhait de voir la Catalogne suivre la « voie slovène » vers l’indépendance, en référence à la façon dont ce pays des Balkans a déclaré son indépendance à l’égard de la Yougoslavie, au moment de l’effondrement du communisme en Europe centrale et orientale. Il faut cependant rappeler (ce que n’ont pas manqué de faire les médias espagnols) que l’indépendance de la Slovénie s’est déroulée dans un contexte de guerre et de grandes violences – ce qui contraste avec la façade pacifique que veulent donner les sécessionnistes (et qui n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une image d’Épinal).
    En réalité, depuis plusieurs mois (voire plusieurs années), l’indépendantisme catalan se radicalise et montre une facette toujours plus violente de lui, loin de la désobéissance civile ou de la résistance pacifiste qu’il met toujours en avant.

    FM : On taxe souvent Quim Torra de racisme. Est-ce vraiment justifié ? Et est-ce vrai qu’avec l’un des taux de fécondité des plus bas au monde, l’autonomie catalane ne saurait se passer de l’immigration ?

    Nicolas Klein : C’est tout à fait justifié, en effet, comme je l’expliquais plus haut. Deux éléments sont toutefois à prendre en compte : Quim Torra a au moins le mérite de l’honnêteté puisqu’il assume ce versant fondamental du séparatisme catalan qu’est le suprémacisme, là où ses coreligionnaires ou ses prédécesseurs (d’Heribert Barrera à Jordi Pujol en passant par Artur Mas, Carles Puigdemont, Oriol Junqueras ou encore Gabriel Rufián) s’expriment régulièrement dans le même sens mais de façon plus masquée ou détournée.
    Par ailleurs, la xénophobie du sécessionnisme catalan est avant tout dirigée contre les Catalans non séparatistes et le reste des Espagnols (surtout s’ils ont le malheur de ne pas communier dans l’idéologie indépendantiste), non pas contre des ressortissants d’autres pays – ce qui n’ôte rien au caractère scandaleux des déclarations que j’évoquais plus haut.
    Concernant la natalité et l’immigration, ce sont des problématiques qui se posent non seulement en Catalogne mais aussi dans toute l’Espagne et même dans l’ensemble du monde européen actuel. L’hiver démographique que traverse notre voisin ibérique est préoccupant dans sa globalité et des choix politiques seront nécessairement à faire pour y remédier.

  2. Les réseaux sociaux

    « Quim Torra, un sulfureux personnage aux écrits ouvertement xénophobes, suprémacistes et haineux à l’égard des hispanophones de la communauté autonome et des autres Espagnols. Un article tristement célèbre de son cru compare ainsi les premiers à des « bêtes » atteintes d’une « tare dans leur ADN » mais cela va plus loin et il ne s’agissait pas d’un « dérapage » isolé. Un jeune Espagnol originaire de Grenade a ainsi réuni près de 400 articles et interviews de Quim Torra contenant des insultes xénophobes plus ou moins voilées à l’encontre du reste des Espagnols et des Catalans défavorables à l’indépendance de leur région » Nicolas Klein

  3. Université de Genève UNIGE

    Mercredi 17 octobre 2018, alors qu’il vient d’encourager publiquement la voie slovène qui se solda par plusieurs dizaines de morts, Quim Torra est reçu en grandes pompes à l’Université de Genève.

  4. François Meylan

    Perpignan, le 29 février 2020.

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