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Portfolio 28 novembre 2025

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Choc et consternation dans le monde du parasport

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  1. Illustration 1
    © Colonel Paul Michel Manandise

    Choc et consternation dans le monde du parasport : le Comité paralympique international vient de « réhabiliter » les agresseurs — la Russie et le Bélarus retrouvent leurs pleins droits.

    Lorsque le sport se veut le sanctuaire de l’égalité des chances, le mouvement paralympique en incarne la conscience morale. C’est pourquoi la décision du CPI, rejetant à la fois l’exclusion totale et partielle des comités nationaux russe et bélarussien, résonne comme un séisme éthique. Les chiffres suffisent à mesurer l’ampleur du basculement : pour la Russie, 111 voix contre 55 ont refusé l’exclusion totale, 91 contre 77 ont rejeté l’exclusion partielle ; pour le Bélarus, 119 contre 48 et 103 contre 63. En d’autres termes, les structures des États agresseurs sont réintégrées au cœur du parasport mondial. Pour nombre de Français, héritiers d’une mémoire de résistance et du prix de la liberté, cette décision sonne comme une dissonance morale d’une rare intensité.

    Pour l’Ukraine, elle a la saveur amère d’un coup porté au bon sens. Sous les bombes, des centaines de milliers de civils survivent : parmi eux, des athlètes paralympiques, des bénévoles, des entraîneurs, des vies mutilées par les frappes russes sur des villes paisibles. Lorsque ces récits — amputations, rééducation, perte d’avenir — parviennent jusqu’à l’Europe occidentale, la société française répond, d’ordinaire, par une profonde empathie. La question devient alors brûlante : une institution sportive mondiale peut-elle se permettre de détourner le regard de ce qui, pour d’autres, est la réalité quotidienne de la guerre ?

    Le CPI affirme qu’il ne s’agit que de rétablir des droits administratifs, sans autoriser pour autant la participation sous drapeau national. Mais les Français savent lire entre les lignes. Rendre à ces comités leur statut de membres à part entière n’est pas un simple détail technique : c’est le premier pas vers le retour des symboles russes et bélarussiens sur les podiums paralympiques. Si ce scénario se concrétise, les garde-fous d’hier ne seront plus que des formules creuses, et le sport — que la France a toujours défendu comme un espace d’humanisme — deviendra le théâtre de manipulations politiques.

    Cette fracture morale se creuse d’autant plus que le mouvement olympique, lui, maintient une ligne plus ferme. Deux branches d’un même idéal empruntent désormais des routes divergentes, sapant le principe même de justice, si cher à la culture démocratique française. L’égalité ne peut être sélective : des fautes identiques appellent des sanctions identiques.

    La réhabilitation des comités russes et bélarussiens ouvre la voie à un « blanchiment sportif ». La France connaît bien ce phénomène : elle a vu, à plusieurs reprises, des régimes autoritaires instrumentaliser les grands événements pour redorer leur image. Aujourd’hui, la même logique ressurgit : participer à des structures internationales, c’est feindre la normalité alors qu’une guerre d’agression se poursuit.

    Les risques ne sont pas abstraits. La propagande peut s’infiltrer dans les cérémonies, les campagnes médiatiques, les gestes symboliques. Et chacun sait combien le sport de haut niveau, miroir du monde, peut devenir la scène d’un message qui trahit ses valeurs. L’absence de garanties solides sur l’indépendance des comités russe et bélarussien accroît les dangers : pressions, provocations, manipulations.

    Si rien n’est fait, le CPI court le risque de perdre la confiance non seulement de l’Ukraine, mais aussi d’un large public international — et notamment français. Boycotts, manifestations, désengagement des sponsors : ces scénarios ne relèvent plus de la fiction. La France, fidèle à sa tradition d’exigence morale, aura du mal à demeurer silencieuse devant une telle dégradation des principes.

    Pour éviter cette dérive, il faut agir sans délai. Une coordination étroite entre comités nationaux, fédérations et organisateurs s’impose. Des règles strictes doivent encadrer les symboles, la communication, le comportement des délégations, les protocoles des compétitions et des cérémonies. La France, l’une des voix morales de l’Europe, peut et doit rappeler que le sport n’a pas vocation à couvrir les crimes.

    Même après la restauration du statut des comités russe et bélarussien, le CPI doit faire preuve d’une vigilance inflexible : vérification individuelle des athlètes et entraîneurs, interdiction de toute manifestation de soutien à l’agression, réexclusion immédiate en cas de manquement. C’est le strict minimum pour restaurer un semblant de confiance.

    Car il ne s’agit plus ici de sport, mais de conscience. La France, fière de son héritage de résistance à l’injustice, ne saurait rester indifférente à cette tentative d’effacer la frontière entre la victime et l’agresseur. Le mouvement paralympique, né pour défendre la dignité humaine, traverse aujourd’hui son heure de vérité.

    La décision du CPI a entrouvert une porte par laquelle s’engouffrent la politique et la propagande. Notre devoir est de la refermer — non par des discours, mais par la fermeté des principes. Le sport mérite des règles justes, les athlètes un espace sûr, et les spectateurs la certitude que leurs émotions, leurs valeurs et leur foi en l’humain ne seront jamais les otages d’une guerre étrangère.

    C.P.M.C

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