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JOUR DE RUE

Café de la Gare - Les jours de rue qui s’parent!
  1. Il a fait exceptionnellement doux 
    Ce Lundi en fin de journée,
    Une douceur qui vous berce, vous rend paisiblement mou
    Vous raconte les délices de l’été.

    Aussi, j’ai décidé d'aller prendre place
    Place du café de la gare, 
    Pour me délecter de la grâce
    De ces jours de rue qui s’parent.

    À propos de rue, il s'agit d'un square
    À l’ombre de douze grands marronniers,
    Sauvages qui sauvagement brisent sans égards
    Les faisceaux qui osent s’y inviter,

    Les rescapés animent par nuées
    De papillons indisciplinés,
    Les pavés et les bancs abandonnés
    À l'étalage des âmes damnées.

    Les festivités démarrent, dès le lever de rideau, à la dernière étoile qui s’éteint.

    Du premier passage à l'aube éclaire
    Au dernier loup solitaire,
    C'est une savante guérite pour qui ne toise
    Les trajectoires infinies qui s'y croisent.

    Les vieilles persiennes grinçantes
    Se taisent à demi-mots, 
    Et dressent à mi-clos
    Le réquisitoire anti bacchantes.

    Voici venu le néo conquérant, attelé
    Un livre du bout des doigts,
    Les yeux tantôt dédiés
    Souvent baladeurs en coin.

    Ce jour-là, l’attente fût courte, la pièce est déjà au rendez-vous !

    Je tourne la page de fin de chapitre
    Lève le nez de mon pupitre,
    Sur le même trottoir, pas à pas, pas rassurés
    Clopine la boulangère du quartier.

    Elle porte visible en elle
    Sa grande œuvre naissante,
    Qui jalousement réveille
    L’instinct des vieilles passantes.

    Tiens donc, elle quitte tôt me dis-je
    Elle qui recevait tard,
    Sont-ce les temps délétères et litiges
    Est-ce la clientèle qui se fait rare.

    Son regard qu’on devine, soudain s’anime! Ses lèvres se décrispent, un sourire s'esquisse...

    Je le croyais naïvement m'être destiné
    Mais œils distants, mi dedans, l’autre pèlerin,
    Devinant son regard me traverser
    Délivrent le livre mal à mes mains.

    Assises à deux tablées alertes 
    Deux jeunes femmes profitent de cette clémence,
    Volubiles, légères et dissertes
    Par la grâce de l'ébriété connivence.

    La boulangère, devant moi passe, à leur table, stoppe nette !

    Les marronniers suspendent le square
    Au fils des regards qui se croisent, se retiennent et....s'allument,
    Les bras s’ouvrent aux bras ouverts, les verres par terre
    Dans ce fracas, Ils se serrent, se desserrent, se reprennent, se mesurent..., puis se résument.

    Tout ce monde-là semble un sans l’être
    Echanges animés de fantômes éculés,
    Puis tel un séisme sur le dernier mètre 
    Se font rare d'intensité.

    Mais c'est compter sans ce diable  d' R
    Que les femmes ont abandonné au vin,
    Reconnaissant la boulangère
    Accourt du comptoir, son breuvage à la main.

    Ce n'est plus un trottoir
    C’est un quai de gare ! 
    R que les jours aspirent sans rimes
    Mime le bel étalon noir.

    Il prend par la main, la boulangère. Il admire les rondeurs, en quasi propriétaire ...

    Sans attendre, Il se pli, y colle son oreille
    Esquisse un pas de danse,
    Elle, elle se laisse aller aux rituels
    Éclats, la place entre en transe.

    On danse, on danse, on danse...En transe, en transe, on transe!


    Sans air, les canopées se resserrent
    Sur les ultimes braves rayons
    Les damnés se secouent, pieds à terre
    Pour chasser les derniers papillons.

    Quelques instantanés
    Qui paraissent une éternité,
    La boulangère finie par s'éloigner
    Pas à pas, pas rassurée.

    Toute de noir vêtue, elle
    Ramasse son sourire,
    Range ses épis rebelles
    Puis disparaît, par les ombres engloutie,


    Moi, je reprends ma lecture, un œil d’dans, l'autre à l’affût...


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