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George Floyd, Minneapolis, 2020

De Memphis à Minneapolis. Rêves perdus.
  1. George Floyd, Minneapolis, 2020

     

    George Floyd mis à mort à Minneapolis. Dès lors, que pensent ces jeunes traversant la Mulberry Street à Memphis, allant d’un lieu de mémoire à un autre à la recherche de leur histoire passée, présente et future ? Eux qui sont, qui feront les États-Unis d’Amérique en traînant la couleur de leur peau comme un fardeau.

    George Floyd mort supplicié à Minneapolis. Dès lors, que pensent ces Amish du Tennessee venus écouter le guide du Musée National des Droits Civiques à Memphis ? Eux qui, d’harmonie identique de visages angéliques, se tiennent à l’écart de toute turbulence en Amérique, vivent en autarcie dans les vertes prairies.

    George Floyd mort sur le bitume à Minneapolis. Dès lors, que pensent ces dignitaires africains d’Afrique en costume folklorique scrutant la Montagne de la Solidarité à Memphis ? Ce bronze symbolique de sueur et de sang où le peuple noir d’Amérique se soutient, se hisse de rocher en rocher pour se désenchaîner.

    George Floyd mort asphyxié à Minneapolis. Que reste-t-il du rêve de Martin Luther King Jr. assassiné au balcon du Lorraine Motel à Memphis ? Une couronne funéraire suspendue à la balustrade. La chambre 306 reconstituée comme au dernier jour.  Un slogan ou le rêve endeuillé : WHERE DO WE GO FROM HERE ? (Et à présent, que faire ?)

    Ce jour-là, je reste longtemps assise dans le hall du musée à Memphis. À mes côtés, sur deux rangées de banquettes et quelques fauteuils roulants, un groupe d’adultes lourdement handicapés encadrés. Les regards, déjà hors de ce monde, rêvent eux aussi, se torsadent et s’effilochent. Est-ce que quelqu'un un jour leur lira ce poème de Langston Hughes : « I, too, sing America » (Moi aussi, je chante l’Amérique) ?

     

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