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Transports publics, zen ou pas?

Allez, un coup de dés – ou de génie – pour abolir le tohu-bohu à venir dans les transports en commun à partir du 11 mai.
  1. Transports publics, zen ou pas ?

     

    Allez, un coup de dés – ou de génie – pour abolir le tohu-bohu à venir dans les transports en commun. L’appellation « en commun » désignant sans équivoque le partage d’un espace exigu, imparfait, incivil, malodorant et parfois macabre par une communauté de gens en déplacement lié (majoritairement) au motif suivant : raison impérieuse de travail. Pendant un instant ou quelques semaines, voire quelques mois, on oublie le passage en cet espace exigu, imparfait, incivil, malodorant et parfois macabre, de touristes prudemment groupés et auto-exaltés, de flâneurs-rêveurs se trompant de station, de clochards en guenilles descendus en enfer, de gueux et gueuses sortis d’on ne sait où, de seniors en mal d’amour, de bourgeois et bourgeoises en visite chez Flaubert, de fêtards débraillés mâchouillant un arrière-goût de bonheur, d’étudiants en beaux-arts au portfolio en bandoulière, d’autres spécimens de la classe des humains.

     

    Aux arrêts de bus et de tramways, dans les stations de métro et de RER, dans les gares routières et ferroviaires sont attendus des usagers légalement émancipés après deux mois de confinement sanitaire, peut-être encore apeurés que le virus et son-acolyte-la-mort viennent les trouver à bord des transports en commun, et qui, de ce fait, devraient se discipliner en file indienne, en rang d’oignon ou bien en silhouettes zigzaguant au gré des marquages blancs. Bonne chance, oui, bonne chance aux agents recrutés à titre sédentaire ou à titre exceptionnel pour guider, compter, séparer des passagers habitués à l’effet grappe de raisin ou troupeau de moutons ou encore horde malotrue. Si, si ! Pour Paris et sa région, allez faire un tour du côté de Bastille, République, Châtelet, Denfert Rochereau, Saint-Lazare, etc., aux heures de pointe. Et bonne route aux déconfinés post-coronavirus qui reprennent le chemin du travail pour remettre le pays dans le droit chemin, celui du PIB (Prodige de l’Idéologie de la Bonification-à-toute-épreuve), le sigle qui fait chavirer toutes les bourses et tous les cœurs.

     

    Au niveau des transports, jamais un coup de dés ou une loi d’urgence sanitaire ne transformera Paris en Tokyo. Ailleurs l’herbe n’est pas plus verte. Dans cet ailleurs de l’Extrême Orient, disons un couloir de métro à cinq heures du matin, il y a aussi des gens à la dérive, alcoolisés, drogués, désocialisés comme à Paris. Dans cet ailleurs-là, il y a aussi de la méfiance envers l’Autre comme à Paris : il arrive que dans une rame bondée les autochtones laissent vide le siège vide à côté d’un étranger. Discrimination sourde mais palpable. Cependant, à Tokyo, les gares, stations et souterrains sont bien plus propres et mieux utilisés qu’à Paris. Comparaison n’est pas raison, dit le proverbe, comme s’il s’agissait de cultiver choyer perpétuer l’idée que les différences entre les sociétés humaines relèvent des catacombes mystiques de l’humanité. Différences intouchables, inimitables ? Au nom de quoi ? En ce qui concerne l’organisation et l’utilisation des transports publics dans les agglomérations, ne pourrait-on s’inspirer du modèle japonais ? Discipline, décence, dignité. Et surtout propreté. Autant dans les beaux quartiers que dans les quartiers un peu moins beaux. 

    Peut-être que le port du masque va déshabituer les cracheurs de cracher partout. Peut-être que le traçage au sol va faire patienter les impatients qui embarquent avant que tous les voyageurs ne débarquent sur le quai. Néanmoins, si le virus continue de se propager et de tuer, on ne voit pas comment les usagers ne vont pas s'énerver dans un espace exigu, imparfait, incivil, malodorant et parfois macabre. 

      

     

     

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