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Une manifestation historique pour Adama

Nul doute que la date du 2 juin 2020 restera gravée dans les mémoires. Le rassemblement devant le tribunal de Paris ce jour à la porte de Clichy est la démonstration que le rapport de force est bien en train de changer.
  1. Nul doute que la date du 2 juin 2020 restera gravée dans les mémoires. Le rassemblement devant le tribunal de Paris ce jour à la porte de Clichy est la démonstration que le rapport de force est bien en train de changer. 

    Le rascisme n'est pas une opinion, mais un délit. Encore faut-il que ce beau concept trouve sa déclinaison sur le terrain. Face à une police qui a les pleins pouvoirs surtout depuis l'avènement des gilets jaunes qui ont manqué de faire chuter le président actuel, le rascisme et les violences policières n'ont jamais autant animé l'actualité et la mort de Goerges Floyd a été en cela un accélérateur de cette soif de justice pour tous les morts, mutilés et blessés causés par ce qu'il faut bien appeler désormais une officine.

     La mort d'Amada Traoré en 2016 n'a jamais trouvé de réponse judiciaire satisfaisante, celle-ci préférant se cacher derrière des analyses médico-légales qui n'ont cessé de discupler les fonctionnaires de police incriminés. Une troisième expertise vient enfin d'établir un lien de cause à effet entre la mort d'Adame Traoré et le plaquage ventral dont a fait l'objet le défunt lors de son interpellation. Mais à quel prix? Et au bout de combien d'années? Le résultat d'un long combat de la famille, un combat encore loin d'être terminé pour arriver à faire condamner définitivement les gendarmes à l'origine de la mort d'Adama.

     Des milliers de militants antifascistes, antirascistes, amis de la cause humaniste et fervents défenseurs d'une justice véritablement impartiale ont montré ce 2 juin 2020 leur unité face à l'insoutenable banalisation de la violence policière qui, au nom de la raison d'Etat, est aujourd'hui scandaleusement autorisée par une élite politique pour mater toute forme de contestation et maintenir à tout prix un système politique agonisant et un modèle économique profondément injuste.

     La police, on le sait, vote massivement pour le Rassemblement National et ses agissements dans les quartiers populaires, où vit essentiellement une population issue de l'immigration décline au quotidien l'idéologie abjecte de cette formation politique, la rendant de facto parfaitement illégitime pour remplir sa mission qui est de servir et protéger. Car la police aujourd'hui fait peur plus qu'elle ne rassure, un sentiment est très largement partagé dans tout le pays.

     Hier une marée humaine de manifestants s'est réunie devant le palais de justice de Paris pour dire que la vie d'Amada Traoré, des noirs, des arabes et de toutes les minorités visibles comptent, et que justice doit être rendue. Sans réponse de l'appareil judiciaire face à l'expression d'une volonté populaire en faveur de poursuites contre les gendarmes auteurs de la mort d'Adama Traoré, les prochains jours risquent bien de connaître de graves similitudes avec les émeutes urbaines historiques que traversent les États-Unis.

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