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Portfolio 30 oct. 2018

Marseille: le mur de la honte

Comme ultime réponse à la contestation populaire contre son projet piloté par la Soleam, société d'aménagement, la mairie de Marseille monte un mur de béton entre les habitants et La Plaine, pour la «réaménager» par l'agence APS. Marseille prend ainsi le visage du Mexique, de Belfast, de Gaza, ou de Berlin en 1961.

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  1. Basile Msgn

    Voici la réponse de la mairie de Marseille au souhaits démocratiques de ses habitants, exposés dans mon dernier portfolio. Devant cette dérive aussi fière d'elle-même, je poste donc l'adresse suivante à l'agence APS. La "vision" urbaine de cette officine est à l'origine, ou au moins complice, de la condamnation d'une place libre, démocratique, accueillante, transformée en camp retranché faute de dialogue par deux bataillons de CRS : Agence APS, message envoyé de ma part sur votre site ce jour 29 octobre 2018 Jour de deuil de la libre circulation, préparatoire à la prise de contrôle sécuritaire et paranoïaque sur la ville de Marseille : "Bonjour. Je m'appelle Fabrice Loi. Je suis écrivain, charpentier et vis à La Plaine. Je vous écris pour vous dire que votre projet d"aménagement", et surtout la manière dont il est amené sont un scandale sans précédent. Votre nom, ou plutôt celui, volontairement froid et abstrait, qui se voudrait élégant, de votre agence APS, eh bien dans le monde, et dans celui de votre métier, est entaché. Le ridicule et l'obscénité du mur de béton amené par les forces armées à la place Jean Jaurès, à Marseille, comme à Belfast ou à Gaza, pour couvrir vos agissements paysagers de commande fait déjà suite à ce qui pourrait être la plus grande méprise de votre agence. Réagissez. Il n'y a pas que l'argent qui compte ; prenez politiquement position, comme l'éthique de votre métier vous l'ordonne. Vous vous couvrez d'opprobre. Le Mur de la Honte, à Marseille, s'il n'est pas mis à bas collégialement sera pendant des années un but de visite. Une horrible curiosité. Vous tuez un quartier, des vies, des commerces qui seront réattribués de manière opaque et spéculative. Ce mur aveugle, atroce, carcéral symbolise déjà, maintenant, à lui tout seul l'absence de concertation et de démocratie qui plombe notre ville. Il montre le pouvoir de l'argent dans notre pays marseillais et est, que vous le vouliez ou non, associé à votre nom, agence APS. Vous voilà collaborateurs de dizaines de cars de police qui protègent votre projet, qui n'est pas celui des habitants, qui n'en veulent pas. On tue leurs arbres, leurs vies, on surveille et quadrille l'espace en votre nom. Votre honneur, votre dignité de citoyens et de professionnels exige que vous preniez publiquement position sur ce que vous prétendez faire de notre ville. Répondez. Justifiez vos murs, et votre association à des projets antidémocratiques. Cordialement, Fabrice Loi.

  2. Philippe Maquelle

    A la concertation, au carnaval, aux sardines, à la pétanque, aux jeux, au dialogue, à la tchatche, à la mairie de Marseille on répond : les armes, le béton, la peur. Vision d'enfer, sidérante, avec l'éternel refrain normatif, maladif, des apeurés réactionnaires qui établissent des murs, des barbelés, arme au poing. C'est dans nos rues, pas au Brésil ni en Palestine. France, 2018.

  3. Philippe Maquelle

    Jambes écartées, faces au mur, les soldats veillent au destin de la future place : soigneusement vidéoquadrillée, contrôlée, petits arbres à la place des grands tronçonnés, commerces foutus réattribués (à qui ?) par la mairie pour une "montée en gamme" du quartier... 

  4. Philippe Maquelle

    Hallucination citoyenne, France, Marseille-Berlin 1961 - 2018

  5. Philippe Maquelle

    On hésite entre Berlin 1961 ou Paris 1968... Sauf que plusieurs CRS témoignent de l'absurdité de la situation. L'un d'eux, sincèrement désolé, dit à un ami proche : "Eh oui, nous sommes en dictature".

  6. Philippe Maquelle
  7. Philippe Maquelle

     Tel est pris qui croyait prendre ?

  8. B.Plus
  9. B.Plus
  10. B.Plus

    Saisissante plongée dans le passé : le capitalisme, autrefois si justement moqueur du fameux "mur de la honte", en reconstruit de grotesques imitations dans ses villes. Partout dans le monde, de San Francisco à Montréal, de Berlin à Rome, Paris, Marseille ou Arles, les habitants sont expulsés de leurs centre-villes à des fins spéculatives liées à l'économie du net (Air BnB et salariat du tertiaire dit "bobo"). La comparaison entre ce qui restera Le mur de Marseille et les grands et maudits murs de l'histoire humaine est justifiée. Non par ses effets carcéraux ou directement meurtriers, mais dans son principe paranoïaque, et la haine de la différence qui en fut le prétexte.

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