Librairie Martin Delbert

  • Date Le 24 juin 2017
  • Lieu Librairie Martin Delbert Agen
  • Réservation, inscription Ouvert tous publics

Bonjour,

Ce 24 juin de 14h30 à 18H30 je serai à la Librairie Martin Delbert d'Agen pour discuter avec les lecteurs et dédicacer mon dernier roman qui se situe presque entièrement dans le Lot et Garonne: des pruneaux...d'Agen à Macao.

La première page:

Dimanche 24 février

8h00

Le cadavre se balançait lentement, projetant son ombre sur les bottes de paille. Je restai immobile quelques secondes, le regardant tourner sur lui-même. Pendu par les pieds ! La tête était à quelques centimètres du sol. Quel tordu avait pu faire ça ?
Pour être de mauvaise humeur je l’étais ! 8 heures du matin le dimanche 24 février, en pleine cambrousse ! La route était gelée et j’avais failli en sortir trois ou quatre fois, tout ça pour me retrouver devant une nana plus froide que le pôle nord dans une grange où ne survivaient que les courants d’air. « C’est aujourd’hui dimanche » me chantait ma mère, elle avait raison, c’est le jour le plus pourri de la semaine. Une ampoule, nue et sale, répandait une lumière blafarde sur la scène de crime.
-Brigadier, vous avez fouillé le corps ?
-Non. Je n’ai rien touché, je vous attendais.
-À quelle heure êtes-vous arrivé ?
-Monsieur Duchemin a appelé la gendarmerie à 6 heures, je venais de prendre mon service. J’ai sauté dans le premier véhicule disponible et 35 minutes plus tard j’étais là. J’avoue avoir reçu un sacré choc monsieur le commissaire, par ici, ce n’est pas tous les jours qu’on a droit à pareil spectacle ! Je m’en serais passé mais le week-end il n’y a qu’un agent de permanence à Villeneuve, moi en l’occurrence !
-Ne vous plaignez pas, cela vous fera une histoire à raconter aux copains lundi matin. Vous avez de quoi faire les premières constatations ?
-La valise est dans le break garé dans la cour.
-Eh bien allez-y, ne restez pas là planté comme une asperge.
Le gendarme sorti, j’examinai la femme qui continuait à tourner lentement sur elle-même, un léger courant d’air traversant la grange dont les portes étaient grandes ouvertes. Assez jeune, longs cheveux noirs, environ 1m70, un chemisier qui avait dû être blanc sur un jean noir couvert de boue. Il ne lui restait qu’une seule chaussure, boots rouge à lacets. J’avais du mal à voir son visage, en grande partie caché par sa chevelure, mais il me semblait beau et harmonieux.
-Je peux commencer monsieur ?
-D’abord les photos, face, profils et vous monterez sur l’échelle de meunier pour en prendre d’en haut. Ensuite, après avoir relevé ses empreintes digitales, vous enveloppez ses mains dans des sachets plastiques. Je ne pense pas que la scientifique se déplacera de Toulouse. Regardez attentivement autour du corps, vous y trouverez peut-être des indices. Vous m’appelez pour vous aider à la détacher et à la mettre dans la bâche. J’espère que vous l’avez apportée.
Je vais aller voir monsieur Duchemin. Il doit être bouleversé ! Trouver sa femme dans cet état !
-Mais commissaire, ce n’est pas sa femme. Il est veuf depuis cinq ans et je ne me souviens pas l’avoir vu avec quelqu’un d’autre !
La cour était encore plus glissante que la route. La lueur qui sortait de la grange s’arrêtait au bout de quelques mètres et je continuai à l’aveuglette en pataugeant dans les flaques d’eau. Je distinguais, tant bien que mal, une porte vitrée, légèrement éclairée, au milieu d’un corps de ferme. Duchemin tressaillit en me voyant. Il était assis sur un tabouret en bois à trois pieds, face à un poêle qui ronronnait. Il se leva, ses sourcils en accent circonflexe étant une interrogation en soi.
-Bonjour monsieur? Commissaire Duparc de la PJ d’Agen.

 

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