CITÉ PARTICULIÈRE - Photographies de Sandra von Lucius - expo reportée

Né dans l’atmosphère toxique du Brexit, le projet photo « Cité particulière » est une espèce de «mix’city» entre ce qui fut la « première cité d'Europe » - le Val Fourré -, la City, l’un des plus gros centres financiers de la planète, et, à deux pas, les quartiers de l’East End, aujourd’hui ultra cosmopolites, avec 1/3 de Musulmans et le plus haut taux de pauvreté en Angleterre.
  • Date Du 20 mars 2020 Au 25 avril 2020
  • Lieu Espace Culturel et Multimédia Le chaplin - Place Mendés-France - 78200 Mantes-la-Jolie
  • Réservation, inscription Vernissage avec percussions et danse afro hip hop par le Collectif Artistique Lycaon le 20 mars 2020 à 19h
  • Information Horaires d'ouverture: lun-sa 9-12/14-18h - Tél: 06 89 78 69 26

Expo photo Cité particulière © Sandra von Lucius Expo photo Cité particulière © Sandra von Lucius
16 juin 2016 : Jo Cox est abattue de trois coups de fusil et 15 coups de couteau par un terroriste d’extrême droite qui pour appuyer son geste aurait crié « Britain First ! ». En sus d’être Remainer (en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE), la députée anglaise aura eu le seul tort de défendre les plus démunis, les réfugiés, en clamant haut et fort: « Nous sommes tous bien plus unis et avons bien plus en commun que ce qui nous sépare ».

Née à Barbès (Paris 18e), Sandra von Lucius a grandi à Mantes-la-Jolie. Après une dizaine d’années passées en Allemagne et en Suisse, elle vit à Londres depuis 15 ans. Cette recherche est pour elle une réflexion de et sur son parcours, et pour commencer, un retour à la source - personnel mais pas seulement. Ce projet est plus généralement un retour aux fondements, aux fondamentaux, aux lieux, aux liens, à ce qui lie et fait sens. Un essai de (dé)montage des « lieux communs », comme autant d’é/evidences: réalités banales en français et preuves en anglais. Une recherche sur toute communauté qui se respecte, où chacun respecte l’« autre » et ses différences en se concentrant sur tout ce qui rapproche.

Le projet « Cité particulière » s'est développé dans un sentiment d'urgence en réaction à l'atmosphère toxique du Brexit – avant, pendant et après le Référendum du 23 juin 2016, une semaine après le meurtre de Jo Cox –, à la montée épidémique des populismes nationaux, à l'arrivée de Trump au pouvoir, aux relents xénophobes, islamophobes, anti-tout, et d’autres théories fumeuses du type Grand Remplacement, et last but not least à la dernière élection présidentielle française qui a vu un parti d'extrême droite rafler 34% des voix au second tour. Il est né d’une nécessité intime, impérieuse, de donner un rayonnement légitime à la cité du Val Fourré, à Mantes la Jolie, où Sandra von Lucius a passé son enfance.  « Ville radieuse » des 30 Glorieuses, projet social futuriste inspiré de Le Corbusier, le Val Fourré fut un temps « la première cité d’Europe ». Un modèle du genre. A la fin des années 60, pour les ouvriers qu’on est allé chercher au Maroc, dans les anciennes colonies mais aussi dans les contrées bien françaises pour turbiner dans les usines Renault ou Simca non loin de là, c’était Byzance, la ville idéale : des appartements fonctionnels, aérés, lumineux, salle de bains, WC, un luxe inouï – pour les « ouvriers de souche » aussi, à l’époque. Cet effort commun de (re)construction après-guerre mené par une vision de progrès social est clairement visible dans le parc HLM brutaliste (de béton brut) d’outre-Manche. Depuis sa création, le Val Fourré a tour a tour été classé "zone à urbaniser en priorité",  "zone urbaine sensible" ("quartiers en difficulté" avec taux de chômage et de pauvreté élevés, à "faible potentiel fiscal", avec une population étrangère - étrangers ou "Français par acquisition" - beaucoup plus importante - majoritaire? - que dans les autres agglomérations françaises équivalentes). Classifié depuis 2012 "zone de sécurité prioritaire" et souvent labellisé dans la presse - et par les autorités - comme une de ces "zones de non-droit", depuis peu "quartiers de reconquête républicaine", où une "police de sécurité du quotidien" s'efforce désormais, selon les documents officiels, de bâtir une "relation nouvelle à la population"(http://www.yvelines.gouv.fr/content/download/16611/104157/file/DP_QRR.pdf). Choix des mots autrement cyniques et presque violents selon l'angle de lecture, surtout si l'on a en mémoire la façon dont les policiers mantais ont traité leurs lycéens il y a un peu plus d'un an (https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/force-de-lordre-24-allo-place-beauvau-davduf-lanceur-dalerte).

Sample Cité particulière © Sandra von Lucius Sample Cité particulière © Sandra von Lucius

Quel sens donner à « Cité Particulière », espèce de « mix’city » entre la Cité, la City et au-delà ? Quels liens tisser entre tous ces lieux ? Londres, modèle unique de mix ethnique aux bulles communautaires souvent hermétiques, et non-lieux, « no-go zone »  désignant les « ghettos » français dans les journaux anglais ? Quels liens entre la cité/estate et la City, l’un des plus gros centres financiers de la planète, et, à deux pas, les quartiers de l’East End, le borough de Tower Hamlets en particulier, terre de migrations au cours des siècles (Huguenots, Irlandais, Juifs, Caribéens, Indiens, Pakistanais, Bengladeshis et plus récemment Européens, etc.), avec aujourd’hui une population à 1/3 musulmane et le plus haut taux de pauvreté en Angleterre ? Là où vit Sandra von Lucius, dans une de ces petites enclaves gentrifiées. Là où vivait également la députée Jo Cox, avec son mari et ses deux jeunes enfants. Ce travail lui est dédié.

Quelles connexions possibles entre ces lieux? Pour déchiffrer "Cité particulière", est-il nécessaire de se faire visionnaire? À vous de voir.

Cette exposition existe grâce à l'accueil, l'aide, l'inspiration et le soutien constants de l'artiste et réalisateur Saïd Bahij, fondateur du Collectif Artistique Lycaon.

extrait de Cité particulière © Sandra von Lucius extrait de Cité particulière © Sandra von Lucius

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