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Surblouses lourdaises: un miracle de solidarité ?

Le mouvement des surblouses solidaires a pris des propensions importantes dans les Hautes-Pyrénées. Des milliers de draps collectés, des milliers de blouses confectionnées qui sont présent portées par nos soignants. Les hauts-pyrénéens l’ont bien compris : la solidarité commence à leur niveau.
  1. Au début de la crise sanitaire liée au Covid-19, un constat alarmant est fait. Après la pénurie de masques, c’est au tour des surblouses de manquer. Ainsi, au 2 avril, il n’y avait en stock plus que 3 jours de surblouses. Pourtant, comme le disent les soignants :

    « Les surblouses sont nos gilets pares-balles »

    Au cours, d’une discussion avec un collègue, Mme Phlippoteau, directrice déléguée de l’hôpital de Lourdes suggère la confection locale de ces dernières pour palier au manque de blouses jetables que la chaîne d’approvisionnement n’assure plus. Le projet est adopté, le défi est relevé. Et pourtant, il est de taille : créer 8000 surblouses, avec un premier objectif de 2500 en une semaine. 

    Après l’idée, la réalisation. Autour des pionniers, c’est une équipe soudée et complémentaire qui se présente à nous. Un groupe WhatsApp émerge avec plus de 200 couturières, professionnelles et amatrices. Leurs journées sont dès lors cadencées : découpage des patrons, assemblage, couture… Mais la motivation ne faiblit pas, bien au contraire. Puis, pour gagner en efficacité, les bénévoles préparent dans les les lieux de collectes des kits complets de couture, et facilite ainsi le travail des couturières.

    A chaque problème, une solution est apportée. L’approvisionnement en matière première est assuré par les dons. Le nettoyage est réalisé par la blanchisserie de l’hôpital ce qui accroît la charge de travail déjà compliquée et lourde en temps normal. Il faut rendre hommage à cette logistique admirable mise en place sous forme d’auto-gestion, tout en respectant les gestes barrières.

    Que ce soit sur ce groupe, ou sur la page Facebook créée en suivant, on accorde une grande importance à la communication. Conseils de couture, météo du jour, ou encore difficultés quotidiennes parfois rencontrées par une aiguille cassée ou une machine à coudre capricieuse. Tous les sujets y passent. On y suit aussi les reportages quasi-quotidiens de telle ou telle équipe, dans la vallée, en pays Toy ou dans la plaine, avec les photos de leurs confections journalières. Avec la création de ce mouvement solidaire, un autre objectif est donc atteint : rétablir le lien social malgré le confinement. Les personnes se sentent utiles, les barrières sociales, géographiques et générationnelles  s’envolent, l’isolement s’allège un peu.

    Mais terminons-en avec ce suspens. En 5 semaines, l’objectif des 8000 surblouses a été atteint. Cependant, s’arrêter au seul chiffre serait réducteur du mouvement de solidarité et d’intelligence collective qui est né. Derrière le chiffres se trouvent des personnes extraordinaires et c’est leur rendre justice que de vous en présenter certaines ici. 

    Aurore. Tu travailles habituellement en Esat en tant que repasseuse. Les coeurs orangés que tu as cousu sur les blouses terminées sont l’illustration de toute la sensibilité que tu as mis dans ton travail. Tu nous prouves que la solidarité est une belle preuve d’inclusion et ne connaît pas la frontière du handicap.

    Huguette. Du haut de vos 91 ans, vous avez entrepris de découper les patrons des futures blouses dans les journaux, pour coudre ensuite avec patience. Les soignants pourront sentir votre force et votre motivation que les années ne peuvent amoindrir. Vous montrez avec beauté que la solidarité n’a pas d’âge, que c’est un état d’esprit que l’on peut choisir d’adopter.

    Cholé. Tu as su être force de proposition pour que ton école d’Argelès-Gazost donne son matériel de chimie pour la cause commune. Toi qui rêves d’intégrer l’école de magistrature, tu nous donnes l’espoir que la génération future saura nous montrer la voie à suivre. 

    Le mouvement des surblouses est né à Lourdes. Un miracle ? Libre à chacun de le penser. Cet élan contagieux est né grâce à celles et ceux qui ont compris que le changement débute par soi, mais que l’action se construit les uns avec les autres, pour les autres par le respect et la valorisation des compétences de chacun. Ce qui nous paraissait impossible hier avec nos logiques libérales, nous paraît aujourd’hui évident en temps de pandémie. Le monde de demain sera ce qu’il sera. Mais un message de résilience, de respect, d’humilité et de solidarité monte en puissance. Ce serait une erreur de l’ignorer ou de l’étouffer. La force de volonté et l’entraide locale ont apporté l’espoir nécessaire. La preuve que le monde d’hier peut être différent du monde de demain.

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