Le journal d'un mendiant - Semaine trois, première partie

À 13 heures, j'ouvris ma boîte mail et constatai, que les porte-parole de Solidaires, n'avaient toujours pas daigné me répondre, encore moins m'expliquer les raisons pour lesquelles les engagements pris par le secrétaire général de Solidaires 21 et l'ex-déléguée du personnel Solidaires de Ressources n'avaient jamais été tenus.

Lundi 21 septembre 2020

À 13 heures, j'ouvris ma boîte mail et constatai que les porte-parole de Solidaires n'avaient toujours pas daigné me répondre, encore moins m'expliquer les raisons pour lesquelles les engagements pris par le secrétaire général de Solidaires 21 et l'ex-déléguée du personnel Solidaires de Ressources n'avaient jamais été tenus. Faut-il y voir une marque d'impolitesse ou un profond mépris à l'égard des vrais militants, ceux-là qui, à jamais, resteront droits dans leurs bottes, me demandai-je.

mendiant

Je quittai mes pénates dépité, résigné, mais nullement étonné. Ô sinistre destinée que celle du mendiant, loin, si loin de l’univers bureaucratique, loin, si loin des assis dont Arthur Rimbaud nous révéla le véritable visage. À défaut de chaleur humaine ou de compassion, peut-être daigneront-ils m'offrir une couverture ou un duvet cet hiver, après que les frimas auront attaqué mon corps de mort social égrotant, pensai-je, l'âme encline à la rêverie.

Tandis que je cheminais vers la maison des syndicats, je m’interrogeais, je supputais, je m’inquiétais. Les porte-paroles de Solidaires savent-ils lire ? Savent-ils écrire ? Sont-ils muets ? Ont-ils les moyens de s’acheter un stylo, une imprimante, un peu d'électricité afin de jouir d'une connexion Internet ? Si tu t'interroges également, ô lecteur ! sans doute trouveras-tu leurs coordonnées sur Internet, et leur poseras-tu la question. Peut-être obtiendras-tu une réponse ; qui sait...

Durant quatre heures, je mendiai. Malheureusement, peu de chalands franchirent la porte de la maison des syndicats ; aussi, n’obtins-je pas même de quoi m'offrir un café. Cependant, au plus fort de l’après-midi, j’avais songé aux co-secrétaires généraux et ressentis soudainement l’insoutenable besoin d’écrire le sonnet bureaucratique que voici.

Les mendiants sont parfois poètes Les mendiants sont parfois poètes

 

Mardi 22 septembre 2020

Une réponse négative de plus, me dis-je, après avoir ouvert ma boîte mail et y avoir découvert un nouveau refus d’embauche. Force est de constater que le patronat préfère se tenir éloigné des militants de classe et les voir mendier plutôt qu’œuvrer avec véhémence au sein de ses entreprises. Néanmoins, je ne désespérais pas ; je restais confiant, et me laissais aller à croire qu’un patron respectueux du droit du travail, un patron humaniste ou croyant (un chrétien, un juif, un musulman : pas l'un de tous ceux-là qui tentent d'acheter la clémence de Dieu par la prière, mais un patron pieux), viendrait m'arracher à la rue.

Je désespérais d’autant moins que je n’avais toujours pas obtenu de réponse négative à ma candidature spontanée à l’attention de Solidaires.

Candidature à l'attention de Solidaires Candidature à l'attention de Solidaires

Néanmoins, je m’inquiétai quelque peu, car j’avais commis une grave faute de grammaire – une erreur grossière – dans ce courrier, laquelle risquait de causer ma perte : Solidaires possède un haut niveau d’exigence l’obligeant à s’entourer de militants parfaits.

J’arrivai à mon poste de travail à 13 heures 45 et me mis à effectuer les tâches pour lesquelles j’allais – peut-être – recevoir une obole ; mais, tout comme la veille, m’a boutique vide ne fut guère achalandée. Quelques rares visites, quelques rares regards, quelques heures de lecture, quelques SMS échangés avec une dame ponctuèrent la majeure partie de mon après-midi.

Passé 16 heures 30, j’eus l’agréable surprise de recevoir la visite de l’un des clients de mon bar préféré. Nous devisâmes quelque peu, de mendicité notamment, avant qu’il ne se rende à son rendez-vous.

Soudain, vers 17 heures 30, en présence d'une CDFTiste visiblement étonnée, une quinquagénaire s'approcha de moi avec une telle discrétion que sa présence me surprit, et me dis délicatement : « Pour vous Monsieur ». Je la remerciai chaleureusement, la voix emplie d'une émotion certaine, et le cœur chauffé à blanc, non pas que l’une des flèches d’Éros me perçât le cœur, mais parce que ce témoignage de mendiantophilie, m'avait apporté bien plus que tous les discours bureaucratiques de Solidaires.

Je quittai mon poste de travail vingt minutes plus tard. Au détour d'une rue, je glissai en descendant d'un trottoir et manquai de tomber, non sans bruit, ce qui apeura une passante qui marchait devant moi. « N'ayez pas peur, lui lançai-je alors qu'elle se retournait, ce n'est que moi ». Le regard quelque peu craintif que je croisai me fit penser que mes propos ne l'avaient point rassurée.

Tandis que je me rapprochais du centre-ville, une idée me turlupina. Quel eût été mon destin, si j’eusse été victime d'un accident de travail. Sans doute eussé-je été obligé de travailler malgré ma blessure ou renoncer à mes modestes gains ; aucun des membres de notre « confrérie » ne saurait prétendre à un arrêt de travail. Ô cruel destin que celui du mendiant !

 

CE WEEK-END : 

LE JOURNAL D’UN MENDIANT – SEMAINE TROIS, DEUXIÈME PARTIE

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.