L’année 2016 sera l’année la plus chaude jamais enregistrée : les impacts de cette hausse de température se font déjà sentir sur l’agriculture. L’épisode El Nino exceptionnellement intense en 2015 et 2016 a propulsé plus de 60 millions de personnes supplémentaires dans la faim en détruisant les récoltes par des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur que ce soit en Amérique latine, en Afrique de l’Est et australe ou en Asie du Sud et de l’Est. Parallèlement, le changement climatique n’a pas non plus épargné nos régions avec une chute de 30% de la production de blé française liée à une météo désastreuse.

C’est une piqûre de rappel supplémentaire face à l’urgence climatique : il est nécessaire d’atténuer l’ampleur des changements climatiques et de s’y adapter au plus vite afin d’assurer notre alimentation dans les années à venir. L’agriculture, à la fois première victime et principale contributrice du changement climatique avec un quart des émissions de gaz à effet de serre, doit être au centre des débats.

Sur le principe, tous les Etats présents à la COP22 s’accordent à répéter que l’agriculture et la sécurité alimentaire sont des sujets clefs face au changement climatique. Dans les faits, quatre jours de négociation ont conduit à un blocage des discussions. Alors qu’un texte était en préparation, les Etats ont abandonné leurs efforts et reporté les discussions à mai 2017.En jeu, le difficile équilibre entre adaptation et atténuation. Pour les Etats en développement et les plus vulnérables, la priorité est à l’adaptation et à son financement tandis que les pays développés se concentrent sur l’atténuation et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est un profond retour en arrière par rapport aux engagements de l’Accord de Paris où les pays développés s’étaient engagés à financer adaptation et atténuation à parts égales et où les pays en développement avaient adopté l’approche des « contributions nationales », dans lesquelles chacun propose ses propres objectifs tant sur l’adaptation que sur l’atténuation. 

Aujourd’hui chacun campe sur ses positions alors que la fenêtre d’action pour atteindre l’objectif des 2°C voir 1,5°C de réchauffement maximum en 2100 se réduit de jour en jour. Les modèles agricoles doivent entrer au plus vite dans la transition agroécologique, au Nord comme au Sud, pour réduire les émissions permanentes de gaz à effet de serre (et notamment le protoxyde d’azote et le méthane) et renforcer leur adaptation et leur résilience. Cela passe par la valorisation et le renforcement des écosystèmes locaux, de la biodiversité cultivée, des sols cultivés vivants, des pratiques localement adaptées.

Une fois encore, nous rappelons l’évidence : l’adaptation et l’atténuation ne peuvent pas être séparées dans ces débats. Il est urgent que les Etats développent des politiques publiques agricoles et alimentaires durables, au-delà des exportations et des intérêts commerciaux de quelques-uns, afin de pouvoir assurer à tous une alimentation accessible et nutritive face au changement climatique.

Action contre la Faim appelle les Etats à jouer leur rôle sur les questions agricoles et alimentaires. Il est extrêmement décevant que Marrakech n’aboutisse à aucun progrès sur les questions agricoles, tant sur le financement de l’adaptation que de la réduction des émissions de ce secteur. L’éradication de la faim et l’accomplissement de la sécurité alimentaire, jugée comme une priorité par les Etats, ne sera possible qu’en avançant rapidement sur ces deux sujets. L’inaction est intolérable.

 

 

 

Bertrand Noiret, Chargé de Plaidoyer Changement Climatique

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