Malgré la stratégie d'Hortefeux, la justice ne retarde pas le procès

Hortefeux et les "Auvergnats": Procès fixé le 9 juin © Acturevue Acturevue

Hortefeux est stratégique. Pour éviter d'être trop ennuyé par un second procès sur les propos jugés racistes qu'il avait tenu lors de l'université d'été des jeunes UMP (" Quand y en a un ça va, c'est qu'en il y'en a beaucoup que ça pose des problèmes" parlant des arabes), le ministre a tout essayé.

Il a d'abord invoqué l'irrecevabilité du MRAP à le poursuivre. Et a ensuite, voulu retarder au maximum la date du procès au fond.

 

Peine perdue pour le ministre, la cour a décidé mercredi, que la recevabilité du MRAP sera examinée en même temps que le fond de l'affaire: Le 9 juin 2011.

 

Interview de l'avocat du MRAP

 

 

L’indignation, chère à Stephane Hessel, est à la mode. Et les méthodes du ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, pour retarder ou atténuer son jugement sur ses propos jugés racistes en première instance, ne font que renforcer ce sentiment.

La cour d’appel de Paris a accepté, mercredi 5 janvier, de joindre au fond de l’affaire, la question de la recevabilité du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples). Cette association pourra poursuivre Brice Hortefeux et apporter plus de pièces lors du procès dont la date est désormais fixée : ce sera le 9 juin 2011

Peine perdue pour le ministre, qui comptait écarter la partie civile, et espérer un jugement plus clément.

Quatre associations s’étaient portées partie civile, dénonçant les injures raciales du ministre de l’intérieur contre Amine, jeune militant UMP. Trois d’entres-elles se sont désistées. Seul le MRAP va donc pouvoir, grâce à la décision de la cour, prouver le caractère "public, général et injurieux" des propos de M. Hortefeux.

Comme en première instance, l'ancien ministre de l'immigration et Amine Benalia-Brouch n’étaient pas présents lors de ce délibéré. Alors que ce dernier avait décidé, peut-être pour se faire pardonner d’avoir défendu le ministre, d’assister aux audiences.

L’avocat du MRAP, Pierre Mairat, pour justifier la recevabilité de son client, promet de livrer des témoignages nouveaux lors du prochain procès. Il montrera lors de cette audience, « une photo publiée dans le journal Sud-Ouest, qui prouve que M. Hortefeux connaissait la présence des médias » comme l’a rappelé Rue89.

Maître Mairat répond aux questions d’Acturevue

 

(Voir vidéo)

Pire est la stratégie du ministre de l’intérieur qui essaye, par tous les moyens, de retarder la date du futur procès. (Voir Vidéo)

 

 

Son avocat, Jean-Yves Dupeux, a exigé que le procès au fond, ait lieu après les élections cantonales. Il a ensuite voulu éviter qu’il se tienne pendant la période de réexamen de l’affaire Clearstream.

Le juge, lors de l’audience, a fait taire les réclamations de l’avocat et a tranché:

" Et alors ? Il y aussi l’affaire Colonna, l’Angolagate et beaucoup d’autres affaires. L’audience se tiendra le 9 juin, toute l’après midi. "

Rappel des faits

Le ministre de l'intérieur avait déjà été condamné, le 4 juin dernier, à 750 euros d'amende et 2000 euros de dommages et intérêts pour ses propos jugés racistes, tenus en septembre 2009 au côté d’Amine Benalia-Brouch , de père algérien.

Le 5 septembre 2009, le site internet du Monde.frdiffuse la vidéo, que Public Sénat- pourtant propriétaire des images- préfère ne pas publier. On y voit le ministre de l'intérieur plaisanter sur les origines d'Amine lors de l'université d' été de l'UMP à Seignosse (Landes).

Quand Amine demande une photo en compagnie du ministre de l'intérieur, l'entourage s'attarde sur les origines du jeune homme et un militant UMP clame :

“Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière.”

A cela, Brice Hortefeux répond :

“Il ne correspond pas du tout au prototype, alors.”

Et ajoute cette phrase, parlant des origines arabes d'Amine :

“Lorsqu'il y en a un, ça va, c'est lorsqu'il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes.”

Brice Hortefeux avait à l'époque, été largement soutenu par la droite et par… Amine Benalia-Brouch lui même. Ce dernier avait tenté (maladroitement) de dédouaner Brice Hortefeux dans une vidéo.

Amine reconnaîtra plus tard, que cette vidéo avait été commandée par un cadre UMP. Et avouera que l’excuse « des auvergnats » ne venait pas de lui, mais d’un autre cadre UMP.

Dans un livre paru en novembre dernier (Confessions d'un Sarkozyste repenti, éditions Jean-Claude Gawsevitch), Amine revient sur les dérapages verbaux du ministre et admet dans une interview au journal sud-Ouest, avoir menti :

“Je le dis très clairement : j'ai menti. Je m'excuse auprès des gens que j'ai pu blesser par ma complaisance à l'égard des propos du ministre que j'aurai dû condamner.”

Amine devrait témoigner aux côtés du MRAP au prochain procès. Si le ministre était condamné, il est très probable, comme le rappelle Me Pairat à Acturevue, qu’il se pourvoit en cassation pour espérer un troisième procès… pas avant 2012.

 

 

David Perrotin

Les Interviews et plus d'articles sur http://www.acturevue.com

 

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