Plainte de David Douillet: Bakchich condamné à 40 000 euros d'amende

Comme le révèle Rue89, ce jeudi soir, le site d'information Bakchich a été condamné à payer 40 000 euros d'amende à David Douillet.

Selon Rue89:

"Le site satirique l'avait accusé de figurer sur une liste de présumés exilés fiscaux au Liechtenstein, ce qui lui avait valu une attaque en diffamation. Débouté le 17 avril 2008 en référé, David Douillet l'a emporté ce jeudi sur le fond en première instance, devant le TGI de Nanterre."

 

Il y a quelques semaines, Acturevue, s'interrogeait sur la pertinence de quelques articles de Bakchich. Nous publions de nouveau, notre article sur la fragilité de certaines informations du site créé par Nicolas Beau.

Cependant, nous ne condamnons que quelques articles et saluons le travail d'investigation de bakchich par ailleurs. C'est pourquoi nous leur apportons tout notre soutien face à ce lourd jugement.

 

(Les Archives d'Acturevue)

 

Le site d’enquête Bakchich fait de nouveau parler de lui pour la possible publication de fausses informations. Bien que l’équipe de rédaction, dirigée par Nicolas Beau n’ait plus à prouver son sérieux et son efficacité à dénicher des scoops, certaines erreurs pourraient décrédibiliser le site. Retour sur quelques intox.

 

 

Dernière information de Bakchich : Audrey Pulvar aurait fêté la victoire socialiste au siège du PS lors des élections régionales en compagnie de son compagnon Arnaud Montebourg. Problème ! Un de nos envoyés spéciaux qui était justement à la soirée organisée par le PS n’a aperçu nulle part (peut-être Audrey Pulvar se cachait-elle dans les étages) la nouvelle présentatrice de la matinale de France Inter. L’information de Bakchich était-elle assez vérifiée ? Seul l’avenir nous le dira. Mais Pulvar annonce d’ores et déjà qu'elle va porter plainte contre Bakchich.
Acturevue respecte énormément ce site d’enquêtes et d’investigations, mais ne peut s’empêcher de questionner la rigueur journalistique accordée à certaines publications.

Panel des informations erronées du site

Alors que le 23 février 2010, Pierre Camatte détenu par AQMI est libéré, Bakchich écrit que cet otage était en réalité un agent de la DGSE (service d’espionnage français), et non le simple président d'Icare, une association humanitaire travaillant à éradiquer le paludisme. Le site d’info satirique s’appuie sur une déclaration de Bernard Bajolet, (collaborateur de l’Elysée spécialiste de la Défense) qui avait, semble-t-il, confondu « otages français » et « agents de nos services pris en otage ». Ceci avait fait dire à Bakchich que Camatte était un agent de la DGSE. Pourtant, cette information avait été démentie par les autorités et par Bajolet lui même, le lendemain. Bakchich a finalement reconnu avoir mal interprété la réponse de Bernard Bajolet, mais a maintenu que Pierre Camatte était un espion. Sans apporter aucune preuve.

Le 11 février 2010, Nicolas Beau écrit sur son site que « Besson a fait un voyage éclair en Tunisie » (…) pour « calmer grand-maman » et a promis « à sa future belle-famille de se convertir à l’islam… ». Suite à cela, Besson déclare : « Je déplore d’avoir à démentir une conversion à une religion pour laquelle j’ai par ailleurs du respect, je suis très attaché au caractère laïc de notre République » et attaque Bakchich pour atteinte à la vie privée (Besson sera tout de même débouté). Encore une fois, on peut regretter le manque de preuve que possédait Bakchich pour publier ce genre d’allégations que l’on espérait ne lire que dans Public ou Closer.


Le 2 janvier dernier, Rachida Dati accouche et Bakchich assure que « c'est bien l'ancien Premier ministre espagnol José Maria Aznar qui serait le père de l'enfant ». Et ajoute que « la clinique de l’ouest parisien où la Garde des Sceaux a accouché était spécialisée dans les problèmes de fertilité ». Bakchich cite comme sources « les services marocains et un très proche conseiller de Sarkozy ». José Maria Aznar a bien évidemment démenti son éventuelle paternité. Il n’en reste pas moins que même si ces informations s’avéraient être exactes, il n’en est rien aujourd’hui et que Bakchich n’a pas été capable de les prouver. Peut-on publier de telles choses ( certaines informations apparaissant à bien des égards inintéressantes et pas digne d’une telle rédaction), et ne pas aller jusqu’au bout pour crédibiliser son travail ? Jusqu’à preuve du contraire, le nom du père de Zohra reste une rumeur.

Comme l’a rappelé Arrêts sur images le 6 et le 18 juillet 2007, Bakchich avait mis en cause la gestion de Bernard Norlain qui était alors à la tête de la Sofema (Société Française d'Exportation des Matériels Aéronautique). L'accusant d'avoir "fait capoter" un contrat avec la Libye, parlant d'une "gestion financière opaque" et évoquant "des malversations". Le site Bakchich a annoncé un an plus tard, « avoir été condamné pour diffamation par le tribunal correctionnel de Paris, sans donner de détail sur d'éventuels dommages et intérêts.».

Enfin, Selon Bakchich, "Arnaud Lagardère a montré la porte à Alexandre Bompard, le patron d’Europe 1". Le site explique que Bompard est délégitimé aux yeux de Lagardère à cause d’une "active (et longue) campagne d’Alexandre Bompard, le directeur d’Europe 1 pour prendre la tête de France Télévisions". Arnaud Lagardère l'aurait donc "enjoint de trouver un autre poste pendant l’été". Malgré le fait que le directeur de la communication d’Europe 1 ait fermement démenti cela, Bakchich a maintenu cette information. Pourtant, Bompard est aujourd’hui toujours le patron d’Europe 1.


Des pros de l’enquête et de l’investigation avant tout

S’il est une chose incontestable c’est que ces professionnels de l’investigation ont mis en lumière beaucoup de scoops et d’enquêtes.

Que ce soit la révélation de l’existence des caisses noires à la Direction des constructions navales en juin 2008, le train de vie princier de Dominique Baudis à la tête de l’institut du monde arabe, ou le scoop sur l’implication de N. Sarkozy dans l’affaire des frégates de Taïwan, Bakchich révèle ce que beaucoup de médias taisent. Fouille et décortique les plus sombres aspects du pouvoir et de la société.
Mais ce site publie tout de même quelques informations qui manquent soit de rigueur journalistique, soit de preuve (bien que l’on ne puisse pas leur reprocher de ne pas divulguer leur source). C’est peut-être aussi cela le risque du journaliste. Oser publier ce que l’on sait, même si l’on n’en sait pas assez pour se défendre. Nous pensons pourtant que pour être crédible, efficace et professionnel, une information doit être vérifiée et recoupée pour être publiée. Nous pensons que c’est cela qui peut crédibiliser le journalisme. Très souvent, voire trop souvent mis à mal.

Bakchich et l’arrivée d’un homme contesté


Et nous espérons une chose, c’est que Bakchich puisse continuer son travail (tout en évitant peut-être les petites rumeurs infondées) avec l’arrivée de Jean-Pierre Brunois au conseil de surveillance du journal. En effet, Brunois n’est pas exempt de toutes critiques et notamment sur l’influence qu’il peut vouloir exercer sur le travail des journalistes.

C’est ce même personnage qui voulait relancer le quotidien France soir (qu’il avait racheté au tribunal de commerce en 2006) en établissant un projet low-cost qui impliquait de nombreux licenciements. Il avait d’ailleurs dû faire face à une grève de la rédaction qui durera huit semaines. Chose plus dérangeante, également rappelée par le site Arrêts sur images : « En 2006, il avait prévu de mettre à la tête de la rédaction du quotidien le journaliste sportif Olivier Rey, qui clamait haut et fort sa volonté de faire un tabloïd à la française. Rey avait finalement été écarté car son projet suscitait trop de réactions hostiles de la part de la rédaction… qui n'hésitait pas à fustiger un homme "proche de l'extrême-droite". Or, Rey a été condamné en 2008 à six mois de prison avec sursis pour violences et menaces à caractère antisémite. Pour le remplacer, Brunois avait alors fait appel à François Mattei, journaliste qui a débuté sa carrière à… Minute. ». Comment se fait-il qu’une rédaction comme Bakchich puisse s’entourer d’un homme à la réputation aussi sulfureuse ? Nous n’avons pas de réponse mais un seul espoir : que Bakchich continue à être ce journal « d’informations, d’enquêtes et de mauvais esprits ».

Acturevue

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