« Crise au Sarkozistan », une bouffée d’air journalistique !

Il y en a des livres pour s’indigner de l’état de la France aujourd’hui. Du comportement de nos dirigeants, ou des magouilles de certains hommes politiques.

Indignez-vous de Stéphane Hessel, N’oubliez-pasde Mediapart ou Chronique du règne de Nicolas Ier de Patrick Rambaud pointent les travers de notre président ou certaines dérives de notre système politique.

Daniel Scheidemann, avec son livre "Crise au Sarkozistan", rejoint ces auteurs indignés et choisit une forme de publication originale.

 

 

Tout a commencé un 16 septembre 2010

 

Les médias relaient les propos de la commissaire européenne Viviane Reding, qui juge « honteuse » l’attitude de la France à l’égard des Roms.

Beaucoup de journalistes font état de cet épisode, mais d’une drôle de façon. Certains s’offusquent de la comparaison qu’établit Vivianne Reding avec la seconde guerre mondiale. D’autres préfèrent atténuer les conséquences des déclarations de la commission européenne.

Crise au Sarkozistan, le vrai regard d’un journaliste

Comme il est malheureusement très fréquent, le regard des journalistes se pose sur la forme plutôt que sur le fond.

On ne critique pas vraiment Sarkozy, mais Vivianne Reding. On ne parle pas de la politique des Roms, mais des conséquences sur notre France isolée. On a du mal à se défaire des multiples pressions. Celle du lecteur qu’il faut intéresser pour satisfaire, derrière, les publicitaires. Celle des actionnaires qu’il ne faut pas irriter. Celle, plus sournoise, plus discrète, qui consiste à satisfaire une forme de pensée dominante, en oubliant le devoir premier de la profession : tout questionner, tout remettre en cause, jusqu’à détenir la vérité.

Et c’est là que la première chronique de Daniel Schneidermann (Silence ! Ce n’est officiellement pas lui qui écrit les chroniques, mais un envoyé spécial inconnu) est publiée sur le site d’Arrêt sur images.

L’envoyé spécial du Sarkozistan parle d’abord de cette France tourmentée par la polémique des Roms et souligne le comportement complaisant des journalistes. Le ton est inhabituel. C’est une libération journalistique.

Critique de « l'Etat-voyou qu'est devenue la France »

Extrait de la chronique du 16/09/10 d’Arrêt sur Images

Ce "c'est une honte, trop c'est trop!" de la commissaire européenne Viviane Reding, à propos de la fameuse circulaire du cabinet de Hortefeux sur les Roms : "un ton inhabituel, de la part de la commission", estime gravement le 20 Heures. Ce n'est pas "'un ton inhabituel", David Pujadas. C'est une claque. Une grosse claque brûlante, sur la joue de l'Etat-voyou qu'est devenue la France, en quelques jours, presque en quelques heures. Il serait temps de changer de disque, et d'en finir avec cette berceuse ordinaire des radios et des télés, qui se déroule imperturbable, comme si tout était normal : "les plus hautes autorités de l'Etat", "réponse musclée du ministre français", "ferme démenti du directeur général de la police nationale", etc. Il serait temps d'appeler un chat un chat, un raciste un raciste, un menteur un menteur.

Prenons la seule journée d'hier. Si elle s'était déroulée en Ouzbekistan, comment un Pujadas moyen, correspondant étranger en poste dans le pays, en aurait-il rendu compte?"Paris, 14 septembre. Une féroce lutte de clans a éclaté à l'intérieur même du régime en France (Europe occidentale). Le ministre de la police, un faucon du régime, a réécrit en catastrophe une instruction raciste, envoyée aux préfets, et révélée par un site Internet indépendant, alors que l'agence officielle n'en avait pas soufflé mot. Un autre journal indépendant révèle que le ministre de l'Immigration, autre faucon, mais opposé au ministre de la police, a menti, en prétendant ne pas avoir été alerté de l'existence de cette instruction. Ce mensonge a mis en fureur l'Union Européenne, qui a fait référence aux déportations de l'Occupation, redoublant la colère du pouvoir français".

Déjà 20 000 exemplaires vendus

Daniel Schneidermann avait l’habitude de dénoncer l’immobilisme journalistique, de pointer du doigt des événements inexistants sur nos ondes médiatiques, dans chacun de ses éditos. A 9h15 du matin.

Mais, avec ces nouvelles chroniques rassemblées dans Crise au Sarkozistan (Sauf 4, toutes sont inédites), c’est la parole d’un journaliste qui se libère.

Dire des choses graves, importantes et s’indigner de l’appareil politico-médiatique devient possible. Bien sûr les journalistes peuvent publier des enquêtes, des informations importantes, mais cette autocensure, qui règne dans bon nombre de rédactions, les limite grandement.

Crise au Sarkozistan, écrit par cet envoyé spécial anonyme, est une histoire. L’avantage c’est que c’est une histoire vraie : un récit journalistique à peine voilé par la caricature.

Peu de gens auraient pu prévoir le succès de ce petit livre qui raconte les petites polémiques de « l’Etat voyou » (la France), où journalistes et politiques coiffés d’un turban sont dépeints de façon caricaturalement vraie.

L’auto-publication, un procédé avant-gardiste ?

Daniel Schneidermann a choisi un procédé d’édition aussi risqué qu’original.

Le fondateur d’Arrêt sur images voulait publier le livre avant les Fêtes de Noël et s’est donc passé de l’édition traditionnelle, jugée trop longue. Il a choisi l’auto-publication, grâce au site lepublieur.com.

Ce petit livre s’est déjà vendu à plus de 20 000 exemplaires, sans aucune publicité, ni critique. Mais, par un seul moyen : le bouche à oreille et la publicité (excessive mais compréhensible) du site.

L’auteur fait vivre son site d’information sans publicité. Il critique les médias et se prive donc, du procédé habituel de promotion médiatique. Il se passe du cheminement traditionnel de publication et accepte de ne pas vendre son livre en librairie. Que de choix risqués, mais c’est un habitué.

Après s’être fait remercier de France 5 par Arlette Chabot, le fondateur d’Arrêt sur images a pris le risque de contourner la voie traditionnelle en proposant une critique des médias sur Internet.

Aujourd’hui encore, Schneidermann utilise un chemin détourné, l’auto-publication, et voit ses idées récompensées.

Ce succès, ce sont deux chiffres : 20 000 ventes de son livre. 30 000 abonnés à son site.

Il semble n’y avoir qu’une leçon à retenir : le courage d’user de sa liberté est un devoir risqué, mais c'est un devoir qui paye.

David Perrotin

Plus d'articles sur http://www.acturevue.com

 

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