Tunisie : Un étudiant témoigne « Ben Ali nous a menti pendant 20 ans, ce n’est pas maintenant qu’on va le croire »

Tunisie, le soulèvement d’une jeunesse à 2H20 de Paris

Depuis maintenant trois semaines, la Tunisie est en proie à une vague de contestation sociale. Les étudiants protestent contre le coût de la vie, et le chômage.

 

Les jeunes ont brulé des portraits à l’effigie du Président Ben Ali au pouvoir depuis 1987. Cette flambée des violences est liée en parti, à la sévérité de la répression, la police et l’armée ayant tiré à balle réelle en direction de la foule.

D’après les autorités, plus d’une vingtaine de personnes auraient été tuée. Selon les syndicats, plus d’une cinquantaine.

Le gouvernement a décidé de prendre un certain nombre de mesures pour apaiser les esprits:

 

  • Le ministre de l’intérieur a été limogé

 

  • Les personnes arrêtées au cours des manifestations ont été libérées (sauf ceux coupables de vandalisme).

 

  • Une commission d’enquête sur « la corruption » va être créée alors que ce mot était tabou dans la classe politique tunisienne il y’a encore quelques mois.

 

Témoignage de Semi Dhouib

Acturevue a réussi à joindre un étudiant du lycée Français de Tunis, Semi Dhouib. Il nous raconte le couvre feu :

« A partir de 20H, il est strictement interdit de circuler, sinon on risque d’être fusillé. Si jamais il y’a une urgence médicale, on doit marcher doucement avec les mains sur la tête. Si on est en voiture, il ne faut pas dépasser 40km/h. Je passe mon bac cette année et je n’ai plus cours jusqu’à nouvel ordre. Les transports sont à l’arrêt. »


La répression est très forte, « au départ c’était la police mais maintenant c’est aussi l’armée ».

Selon lui, la vision des médias locaux est sans appel :

«Ce que je peux dire, c’est que les médias font partie du gouvernement alors je ne regarde pas trop les infos tunisiennes mais plutôt France 24 ».


Quand on lui demande quelles sont les personnes qui manifestent, Semi dresse un portrait qui contredit celui du gouvernement :

« Les manifestants ne sont pas des terroristes, c’est pour la plupart des jeunes qui manifestent contre le coût de la vie. Et maintenant qu’il y’a eu des morts, il y a eu aussi des manifestations de soutien. Ici, entre nous, on parle de 50 à 100 morts mais les chiffres sont flous. »


Il a une certitude: la jeunesse tunisienne ira jusqu’au bout de ce combat :

« Si Ben Ali ne sort pas du gouvernement, toutes les manifestations, tous les sacrifices auront servi à rien. »


Concernant le retrait de l’armée, il serait pour aujourd’hui mais, Semi n'en est pas certain.

 

Selon certaines informations qui circulent sur les réseaux sociaux tunisiens l’eau et l’électricité seraient coupées dans certains quartiers.

Pour la journée de demain une grève générale est prévue, le couvre feu a été décrété à 13H00.

 

Semi craint-il qu'il y ait plus de morts?

 

« Les tunisiens ne veulent pas de mort, ensuite je ne sais pas si il y’en aura, je ne peux pas répondre, chacun a son opinion. »

 

La jeunesse s’est constituée, bravant la censure, grâce à internet et aux réseaux sociaux. A l’heure actuelle, selon nos informations les manifestants semblent déterminés. Mais personne ne sait comment la situation va évoluer.

 

En tout cas pour Selim Ben Hassen du Mouvement citoyen Byrsa, il y a un avant et un après janvier 2011:

 

« Même si le mouvement s’essouffle rien ne sera plus comme avant parce que la barrière psychologique de la peur est tombée […] il y’a des gens qui sont morts pour défendre leurs droits. »

Ben Ali lâche du lest

 

Lors de son allocution télévisée, le Président Ben Ali a promis au peuple Tunisien que la censure allait être levée et que les libertés allaient être restaurées.

Il a également annoncé la fin de la corruption.


Notre contact à Tunis, nous indique que Youtube fonctionne de nouveau.


Il n’a pas été fait clairement mention des partis d’opposition interdits, et aucune allusion n’a été faite aux dissidents tunisiens en exil à l’étranger ou détenus.

 

Le président a annoncé vouloir « approfondir la pratique démocratique. »

Ben Ali a également déclaré:

« je ne veux pas voir de nouvelles victimes tomber ». Il a ainsi annoncé la fin des « tirs à balle réelle ».

 

Malgré ces promesses les étudiants que nous avons pu contacter sont très méfiants :

« il nous a menti pendant 20 ans, ce n’est pas maintenant qu’on va le croire ».

 

Semi quand à lui , nous affirme :

« il a fait toutes ses promesses pour calmer le peuple, mais pour ma part , je pense que ce n’est pas vrai ».

Actuellement on entend un concert de klaxonne dans les rues de Tunis.

 

Les prochaines heures vont être déterminantes pour la suite du mouvement. La mobilisation de demain dira si le peuple tunisien se satisfait des déclarations d’intention ou si les manifestations vont continuer.

Dans ce cas la position du gouvernement Tunisien deviendra de plus en plus difficile à tenir, d’importants sacrifices ayant été consentis ce soir au regard des 20 ans de gouvernance qui viennent de s’écouler.

 

 

La rue continuera elle la contestation en demandant le départ du pouvoir en place ? Les prochaines heures seront cruciales pour l’avenir de la Tunisie.

Propos recueillis par Adrien Rozès

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