Fin de la grève: l'occasion ratée

« Voilà, c’est fini » pourrait chanter Jean-Louis Aubert. Ou presque fini. Le mouvement contre la réforme des retraites a commencé au printemps pour se terminer cet automne. Les médias le pensent, la presse écrite aussi, à l’instar du Monde qui titrait le 26 octobre : « Retraites : décélération du mouvement social ». Comme pour plagier les mots d’un certain gouvernement.


Personne ne croyait que la mayonnaise allait prendre. Entre un et trois millions de manifestants… Surprenant. Une fois, deux fois… Très étonnant. Quoi ? Plus de trois fois… Presque choquant.

Et puis, on voit une grève qui s’étend, se radicalise, s’éparpille des ouvriers aux étudiants. Stop ! Cela sent 68. On arrête tout !


Et voilà, c’est fini !

Les raffineries décident de débloquer. La SNCF roule, les éboueurs ramassent. Pas de Paralysie de l’économie. Ah si, Lagarde nous dit que l’on va payer 400 millions d’euros par jour.

Et les grévistes ? Ils ont fait tout ça pour rien ? Deux semaines non payées et la réforme sera votée comme prévu le 27 octobre ?

Et les syndicats ? Pourquoi vouloir autant espacer les mouvements sociaux? Il va s’en passer des choses entre le 28 octobre et le 6 novembre. Mais, peut-être qu’au fond, ils n'ont pas intérêt à ce que l’on retire ce projet.Peut-être partagent-ils cela avec le PS : feinter les Français, faire croire qu’on les soutient, pour accepter discrètement mais certainement une réforme injuste.


Et qui a gagné ?

On le voit déjà. Sarkozy, seul dirigeant de la Ve république à avoir résisté face à la rue. Celui qui a imposé une réforme des plus injustes en toute légalité. Face à des syndicats plus mous que nature. Face à une France bientôt résignée.


Oui, c’est une occasion ratée.


Ce que signifiaient ces contestations, ces grèves, va bien au-delà d’une simple et capitale réforme des retraites. Les gens clamaient leur ras-le-bol. Dénonçaient cette injustice omniprésente et symbolisée par ce gouvernement.

Un cri de colère envahissait les foules qui voulaient mettre à bas ces affaires. Ces multiples affaires que l’on nomme Woerth, Roms, Bettencourt, Joyandet, Blanc et compagnie. La colère des manifestants contre l’immoralité d’un gouvernement.


Eh ben non ! On décide de tout arrêter. Les étudiants partent en vacances. Le gouvernement sort l’argument facture. Les syndicats ne veulent surtout pas que la base prenne le dessus. Et le Parlement vote la loi. Tout est bien qui finit bien.


L’exception d’une grève générale se dissipe. Laissant place à l’habitude d’un peuple muet. Le gouvernement sort renforcé et les syndicats délégitimés.

C’est une belle occasion ratée. Mais peut-être que les Français s’en rendront compte. Demain, après-demain ou en 2012 ?

Peut-être qu’ils crieront plus fort qu’aujourd’hui. Peut-être que nous pourrons écrire : « voilà, ça commence ! » .


D.Perrotin

 

Plus d'articles sur http://www.acturevue.com

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.