L'incohérence de notre politique économique actuelle

Selon les théories keynésiennes, dans la conjoncture actuelle, il serait souhaitable de mener une politique de relance de l'économie en France. Mais depuis l'adoption d'une monnaie commune, les marges de manoeuvre se rétrécissent. Faut-il sortir de la zone euro? Quelle est la cohérence de la politique économique du gouvernement? Petit rappel pédagogique...

 

  • Qu'est - ce qu'une politique de relance économique ?

Une politique de relance économique est axée sur deux leviers, qui, agissant ensemble, permettraient le retour à la croissance. Ces deux piliers sont de nature budgétaire et monétaire.

La politique budgétaire a pour ambition d'accroître le pouvoir d'achat des ménages dans le but de créer de l'emploi. Selon la théorie keynésienne, si le pouvoir d'achat des ménages augmente, ceux-ci consommeront davantage.

 

La hausse de la demande de biens et de services qui en découle va inciter les entreprises à investir en vue d'accroître leur production ce qui, à terme, créera de l'emploi.

Cette augmentation du pouvoir d'achat des ménages se fera essentiellement par la diminution du montant de leurs prélèvements obligatoires, ou encore par l'augmentation du SMIC par exemple. L'Etat a également un rôle actif dans cette politique puisqu'il pourra augmenter le nombre de fonctionnaires ou encore revoir leurs salaires à la hausse (toujours dans le but d'augmenter le pouvoir d'achat des ménages afin que le cercle vertueux de Keynes se mette en marche).

Les investissements publics seront aussi largement mis à contribution.

Quant à la politique monétaire, son ambition est de favoriser ce mécanisme en facilitant l'accès aux crédits à la consommation pour les ménages et l'accès aux crédits d'investissement pour les entreprises.

Un gouvernement voulant relancer son économie sollicitera donc la banque centrale de son pays pour que celle-ci diminue ses taux directeurs.

Les banques pourront ainsi diminuer leurs taux d'intérêt, ce qui, de facto baisse le coût des crédits.

Les ménages, ainsi que les entreprises pourront donc consommer et investir davantage; ce qui a fortiori améliorera l'emploi et relancera l'économie.

L'inconvénient de cette politique est que son coût sur les finances publiques est très important, d'où la frilosité des gouvernants à la mettre en place. Pourtant, lorsque cette politique est bien menée, les fruits de cette nouvelle croissance (donc l'augmentation du PIB) permettent, en théorie, à l'Etat de rembourser sa dette publique et ainsi d'assainir ses finances publiques. C'est "un mal pour un bien".

 

  • La politique française actuelle

 

Aujourd'hui, tous les indicateurs montrent que l'économie française est "en panne" .

Selon l'Insee : le taux de chômage était en 2009 de 10%. La dette publique est passée de 63,9% du PIB en 2007 à 77,9% en 2009. Enfin, la croissance du PIB est négative depuis 2009 (-2,6%). Il paraît donc nécessaire de relancer l'économie.

Le gouvernement Fillon et le président Sarkozy se sont donc mis à pratiquer une politique de relance dès 2008.

Le "plan Sarkozy" était de 26 milliards d'euros. Ce qui est très peu pour un plan de relance (à titre de comparaison, le Plan Obama est de 825 milliards de dollars et certains économistes disent que cela est insuffisant étant donné l'ampleur de la crise).

Le Plan Sarkozy n'a pas mené aux effets escomptés pour diverses raisons. Ce plan était davantage tourné vers l'investissement que vers la consommation (exonération de certaines charges patronales, baisse de la TVA dans la restauration, suppression de la taxe professionnelle…). On ne retiendra pour la consommation que la prime à la caisse et le bouclier fiscal (mesure inutile puisqu'il ne joue que pour les contribuables les plus riches, ceux qui ont une propension moyenne à consommer très faible par rapport aux classes moyennes).

Face à l'aggravation de la dette publique et du déficit budgétaire que ces mesures ont engendrés, le gouvernement s'est mis à la rigueur pour améliorer l'état des finances publiques. D'où le gel des salaires des fonctionnaires prévu pour la période 2011 - 2013, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, le non - remboursement de certains médicaments, la réforme des retraites…

Incohérence donc des politiques économiques menées en France… Et alors que les français sont tenus de se serrer la ceinture, le chef de l'Etat semble vouloir supprimer l'ISF (4 milliards d'euros de recette fiscale par an).

  • La perte de la politique monétaire

 

La mise en place de la monnaie unique a eu comme conséquence, pour les états membres de la zone euro, la perte d'un levier essentiel dans le cadre d'une politique de relance (ou d'austérité d'ailleurs) : la politique monétaire.

 

Ce levier est désormais du ressort de la Banque Centrale Européenne (BCE), tenue depuis sa naissance par les libéraux.

Désormais, la France ne peut plus demander à sa banque centrale de baisser ses taux directeurs pour relancer l'économie.

 

Le gouverneur de la BCE Jean-Claude Trichet a pour objectif de maîtriser le taux d'inflation dans la zone euro. Il a donc toujours mené une politique de taux directeurs élevés pour éviter une création de monnaie trop abondante.

La maîtrise de l'inflation se fait donc, hélas, sur le dos de l'emploi et de la croissance.

Cela se retrouve d'ailleurs dans les statuts de la BCE : son seul objectif final est la maîtrise de l'inflation qui doit toujours être inférieure à 2%.

 

A l'inverse, les objectifs finaux de la Fed (Banque centrale des Etats-Unis) sont multiples : favoriser l'emploi, favoriser la croissance et maîtriser l'inflation.

La politique budgétaire est donc le seul levier accessible au gouvernement. Par ailleurs, les marges de manoeuvre d'une politique budgétaire sont très limitées puisque le Pacte de Stabilité et de Croissance impose des contraintes lourdes aux Etats : 3% du PIB maximum pour le déficit budgétaire, 60% du PIB pour la dette publique.

De plus, selon la Commission Européenne, il est nécessaire de réorienter les dépenses publiques en maîtrisant certaines dépenses (retraites, santé, subventions passives aux chômeurs…) en donnant la priorité aux activités productives.

Il convient aussi "d'alléger les impôts et les cotisations sociales, tout en rendant le système d'imposition plus favorable à l'emploi". C'est donc une politique destinée à favoriser l'offre sans alternative possible, peu importe la conjoncture.

 

Une telle vision qui s'oppose à toute possibilité de soutenir l'activité par des dépenses publiques (plan de relance) est difficile à justifier quand la croissance est faible. En effet, en période de ralentissement, une politique de rigueur budgétaire comprime la demande et risque fortement d'amplifier la récession.


C.Merlaud

 

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