Terra Nova condamne la politique sécuritaire de Sarkozy

Dans une contribution pour l’électionde 2012, le think tank socialiste, Terra Nova, fait un bilan de la politique sécuritaire du gouvernement depuis 2002. Et dénonce l’imposture du président de la république. Chiffres à l’appui, Terra Nova conteste le succès revendiqué par la droite en matière de délinquance, la polémique sur le « laxisme » supposé des juges, la diminution des crédits sécurité octroyés aux maires et l’exploitation à outrance de la « vidéo-surveillance ».

 

Baisse de la délinquance pour le gouvernement, juste pour le gouvernement…

 

Les différents ministres de l’intérieur se félicitent de la baisse de la délinquance. Ce succès, ils le prouvent par les chiffres : selon le nombre de faits constatés par les services de police et de gendarmerie, « les statistiques montrent une baisse de 17% depuis 2003, alors que la période précédente (1997-2002) avait connu une hausse également de 17% », d’après les déclarations de Claude Guéant, en septembre 2011 et hier à l’Assemblée nationale.

 

Les chiffres, on le sait bien, peuvent avoir plusieurs sens. La baisse proclamée de 17% de la délinquance ne représente pas en réalité, l’état réel de la violence en France.

Pour Terra Nova « les enquêtes de victimisation viennent apporter d’importants correctifs en mesurant- sous la forme de sondages- les faits dont les citoyens se disent victimes. Ainsi, il apparaît que nombre de vols et de violences ne sont pas dénoncés aux services de police et de gendarmerie et qu’un dixième seulement des violences intra-familiales feraient l’objet d’une plainte officielle ; concernant les atteintes aux biens, un tiers environ des vols- toutes catégories- seraient dénoncés. ».

 

Pire, la fondation révèle que le chiffre du gouvernement, cette fameuse baisse de 17%, ne prend pas en compte la délinquance routière qui pourtant représente 15% des faits constatés.

Enfin, le gouvernement ignore le fait qu’aujourd’hui, 1 français sur 5 se sente en insécurité.

 

Priorité à la sécurité… mais, sans argent

 

Les maires devaient, après de multiples déclarations du gouvernement, devenir les acteurs principaux pour réduire l’insécurité et la délinquance des villes. Or, comme le recense la contribution de Terra Nova, les maires ont vu leur crédit augmenter, en matière de sécurité, qu’après les émeutes de 2005.

 

« De 25 M€ en 2001, les financements étatiques avaient chuté à 15 M€ par an entre 2002 et 2005. L’année 2007 a été « faste » avec des crédits culminants à 30M€, mais leur décrue s’est amorcée tout de suite après, et depuis 2009, le niveau de 20M€ n’est pas atteint. »

 

Toutes les villes ne sont pas non plus logées à la même enseigne. Par exemple, Nice et son maire, Christian Estrosi, reçoivent 7% de la dotation totale du fonds de sécurité pour s’équiper de systèmes de vidéosurveillance, quand d’autres municipalités reçoivent beaucoup moins.

 

La vidéo-protection, une surveillance pas très efficace

 

Enfin, Terra Nova conteste le développement accru du nombre de caméras de vidéosurveillance dans les villes. Malgré le petit tour de passe-passe sémantique qui veut que l’on dise vidéo-protection au lieu de vidéosurveillance, rien ne prouve les vertus des villes « big brother ».

 

La multiplication des systèmes de vidéosurveillance ne repose sur aucune évaluation sérieuse de leur efficacité. En 2008, la méta-analyse de Welsh et Farrington (étude de 41 évaluations disponibles dans le monde sélectionnées pour la rigueur de leur méthode) fait apparaître que la vidéosurveillance ne produirait d’effet dissuasif que dans les lieux fermés, qu’il serait faible pour prévenir les atteintes aux personnes et qu’il ne persisterait pas longtemps (quelques mois). Quand à l’impact sur le sentiment de sécurité, il serait quasiment nul. Les rares études françaises rejoignent ces conclusions et auraient dû ramener l’installation de caméras à de plus justes mesures.

 

« Utile au gouvernement et aux élus locaux pour faire croire à leur volontarisme en matière de sécurité, la vidéosurveillance est devenue la principale dépense du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), avec un doublement depuis 2007 des subventions atteignant, en 2010, 60% de l’enveloppe de ce fonds et ce, au préjudice d’autres actions de prévention. »

 

Claude Guéant hué à l’Assemblée

 

Mardi 29 novembre Claude Guéant a récidivé sur la baisse supposée de la délinquance, en commettant d’ailleurs, un joli lapsus :

 

« Depuis 2002, chaque année, la délinquance a recruté (au lieu de « reculé », ndlr), alors que sous la gauche elle a explosé de 17% ».

 

A la veille de l’élection présidentielle, on a donc pas fini d’entendre ce genre d’argument très parcellaire voire mensonger.

 

David Perrotin

(d.perrotin.acturevue@gmail.com)

http://www.acturevue.com

 

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