Maroc: ici on broie les gens

 

30 octobre 2016-manifestation à Rabat en hommage à Mohcine Fikri ( Photographe: Abdelhak Senna/EPA) 30 octobre 2016-manifestation à Rabat en hommage à Mohcine Fikri ( Photographe: Abdelhak Senna/EPA)

 

Le 28 octobre 2019 est commémoré le 3ème anniversaire de la mort tragique de Mohcine Fikri. Plusieurs manifestations lui rendant hommage et réclamant la libération des prisonniers politiques marocains ont eu lieu au Maroc et en Europe ce week end, d'autres se tiendront aujourd’hui.

Mohcine Fikri , vendeur de poisson à Al Hoceima, est mort broyé dans une benne à ordure le 28 octobre 2016 alors qu’il essayait de sauver sa marchandise saisie et que la police était en train de détruire. Les circonstances étaient floues quant au caractère accidentel ou intentionnel de la mise en marche de la benne à ordure. Des manifestations éclatent au Maroc réclamant que la lumière soit faite sur ce drame.

Si Mohcine Fikri a été littéralement broyé, beaucoup de marocains se sentent broyés au quotidien par le makhzen. Le makhzen désignant aussi bien le pouvoir marocain que les grandes familles proches du palais qui détiennent le pouvoir politique et économique. Pour certains c'est une métaphore pour désigner le roi. Ce système broie indifféremment certaines régions du Maroc, les citoyens, les militants et les journalistes.

 Plusieurs organisations de défense des droits humains ont pointé l'inquiétante augmentation des prisonniers politiques depuis l'accession au trône du roi Mohamed VI, et le caractère policier du régime.

Le pouvoir marocain ne peut plus faire l’économie d’une remise à jour profonde de son logiciel de gouvernance. Il est urgent de mettre fin à l’injustice sociale avec une meilleure répartition des richesses entre les citoyens et les régions.

Les erreurs et incompétences des hommes politiques ne peuvent plus être réglées à coups de colères royales. La reddition des comptes doit être réelle et la corruption combattue.

Les peines très lourdes à l’issue des procès  des activistes ne peuvent plus être corrigées à coup de grâces royales. Le pouvoir ne peut plus continuer à user de l’arbitraire en espérant que la peur qu’il inspire via la répression et les procès politiques le maintiendra en place.

Il est urgent pour le pouvoir marocain de franchir le pas vers un état de droit sans porosité entre le palais et les institutions du pays qu'elles soient politiques, judiciaires ou économiques.

Le Maroc se veut la locomotive de l'Afrique mais ce train risque de rester à quai si les droits les plus fondamentaux des marocains sont niés. Le Maroc a besoin de tous les marocains dans leurs diversités et leurs spécificités.

Ce mois d'octobre se clôture avec la commémoration de la mort de Mohcine Fikri le 28 octobre mais aussi avec le 54 ième anniversaire de l'enlèvement et de la disparition de Ben Barka. Le Maroc ne peut pas se permettre d'autres "années de plombs" au risque de mettre à mal la stabilité du pays.

 

 

https://actusansfrontieres.blogspot.com/2019/10/maroc-ici-on-broie-les-gens.html

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.