Les cinq sens à l'épreuve du confinement : le printemps pointe le bout de son nez

Dernier billet de cet exercice littéraire. Alors qu'on attendait avec impatience la fin du confinement et l'arrivée du printemps, tout ne s'est pas passé comme prévu. Ces premières sorties en semi-liberté a mis notre cinquième sens à rude épreuve.

Le 11 mai, date tant attendue, est arrivé. Enfin. « On se voit mais à 1m de distance, hein ? », « n'oublie pas ton masque, ok ? » « On ne s'embrasse pas... » On ne savait pas à quoi allait ressembler les retrouvailles. Mais peu importe, la « délivrance » était proche. Car il faut dire, dans l'allocution d'Emmanuel Macron, on a complètement occulté le mot « progressif » pour ne garder que « déconfinement ». C'était l'annonce du printemps avant l'heure.

Et il arrivait en douceur, ce printemps. Le chant des oiseaux dont on a pu profiter pendant le confinement s'est accompagné de l'odeur des fleurs : le chèvrefeuille, le mahonia ou encore la rose nous chatouillaient le nez lors des rares sorties, nous laissant rêver un déconfinement agréable. On avait hâte de sentir la fraîcheur des arbres dans les bois, on se promettait de renifler l’achillée millefeuille dont on se surprend à aimer l'odeur. Odeur qu'on détestait auparavant. Mais puisqu'il faut savourer la liberté, puisque tout nous manquait, nous voici dans de bonnes dispositions pour tendre les bras à tout ce qui ressemble au vivant. La cuisine de la voisine qui embaume l'immeuble nous laisse désormais insensibles. Les vapeurs de l'urine du chien ne nous fait quasi plus froncer les sourcils. Nous voici zens, prêt à vivre l'après-confinement.

Le 11 mai est donc arrivé. Très vite, notre imaginaire s'est confronté à la réalité. D'abord, non nous n'irons pas humer la nature comme on se l'était promis. Les masques chirurgicaux ne faisaient pas partie du plan dont on rêvait. Or, ils sont omniprésents. Et ils dégagent une odeur ! Ils le produit chimique à plein nez ! C'est bien dommage parce que le masque ne devrait pas quitter notre nez pour nous assurer un minimum de protection contre le virus. 

Nous n'irons plus au bois non plus. La balade tant espérée a viré au cauchemar. D'abord, nous n'étions pas les seuls à flairer le bon plan. Toute les familles du département s'étaient imaginées alone, à pique-niquer sous un arbre, à jouer au ballon avec les enfants, à prendre l'apéro des retrouvailles, assis sur les herbes hautes. Du coup, pas de place pour se poser. Quand enfin, on en trouve une, c'est un bébé qui braille ou une crotte de chien qui parfume l'herbe. On s'en va, masqué parce qu'avec tout ce monde rassemblé comme à la Fête de l'huma, le bois devient franchement un nid à Covid. Bref, on s'en veut d'avoir été aussi naïfs. On rumine. On cherche la sortie, on se perd. On tourne en rond. On rentre. Exténués par cette première sortie déconfinée.

Les premières retrouvailles en famille ont sonné le glas de notre superbe printemps. On a perdu l'habitude d'écouter longuement tata Ginette qui raconte une histoire dans les moindres détails. On a juste envie de piquer du nez après le repas ou se bouffer le nez, c'est selon. Et puis déconfiné ne signifie pas sauvé du coronavirus. Les gestes barrières étant encore de mise, on essaie de garder la distance. Il y a ceux qui se foutent complètement des gestes barrières et les autres, les zélés, qui en font trop. Deux camps dans la même pièce, ça peut vite sentir le roussi.

Tout ça pour dire que le 11 mai n'est pas la fin du calvaire. Loin s'en faut. Pour vivre en paix, il va falloir en baver encore un peu. Fini les rêves : le printemps déconfiné n’étant plus en odeur de sainteté, il est certain que passer l'été en temps de pandémie ne se fera pas les doigts dans le nez.

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