«J’ai 8 ans et je me demande s’il y a encore un peu de liberté», Antonin

Vous divisez. Vous discriminez les musulmans. Ces idées, c’est pour avoir plus de voix aux élections. J’ai 8 ans et je me demande s’il y a encore un peu de liberté.

J’ai 39 ans et ta liberté je voudrais que, toujours, tu puisses la chérir.

J’étais allée me promener. A mon retour, je t’ai croisé dans le jardin et tu ne m’as rien dit. Pour me faire une surprise, sur la table de la cuisine, il y avait ce papier. Tu t’es appliqué, je reconnais ça à ton écriture. Bien sûr, on pourra dire que ces phrases tu les as entendues ou que tu les as lues. Mais moi, ta maman, je te connais, tu n’as rien d’un enfant qui répète sans réfléchir, tu n’as pas peur de nous apporter la contradiction. Tu détestes l’injustice. Tu nous pousses à porter nos convictions. Alors ce texte il sera de nous deux, car sans ces quelques lignes, je ne l’aurais pas écrit.

[1]Vous divisez sur le sujet du voile à l’école, sur l’instruction en famille.

Vous discriminez les musulmans. Ces idées, c’est pour avoir plus de voix aux élections.

J’ai 8 ans et je me demande s’il y a encore un peu de liberté.

Les sénateurs proposent de mesurer les maillots de bain des femmes. Les femmes ne sont pas des objets.

Il ne suffit pas d’être élu pour mériter cette place. Je ne dis pas que vous ne la méritez pas, on peut toujours reconnaître ses torts.

Pour moi, reconnaître ses torts, c’est être courageux.

Antonin (8 ans)

 

Antonin, je viens d’avoir 39 ans et je me demande si la politique a encore un sens. Car pendant que tu réfléchis au monde, mon fils, ils votent un amendement concernant la taille des maillots de bain féminins. Lorsque que tu essayes de comprendre le sens de la liberté et de la tolérance, surgissent, dans l’esprit de certains, des idées toujours plus immondes pour se rallier l’électorat de l’extrême droite. Et quand tu découvres le véritable sens du courage, ils creusent des fossés pour combler les inégalités.

Je me souviens, il n’y a pas si longtemps, quand ta sœur et toi étiez trop petits, quand toutes ces inepties n’arrivaient pas jusqu’à nous. Nous vivions tous les quatre dans notre nid, dans toute cette tendresse, au milieu de notre fatigue et de notre insouciance, loin, très loin de ces absurdités. Et "absurdité" n’est pas le bon mot car j’aime l’absurde, il me fait rire, il met en lumière un angle mort et finalement, il fait sens. Non, nous vivions très loin de ce flot continu qui inonde notre cerveau. L’eau c’est dangereux, ça pourrit tout. Et en même temps l’eau c’est la vie. 

Les mots, mon fils, j'ai 39 ans et il y en a déjà plusieurs que je ne comprends plus. Des phrases étranges, des paradoxes effrayants. L’Observatoire de la laïcité, taxé de trop libéral, va être remercié. Ça tangue dans ma tête, trop libéral, trop ouvert, trop tolérant donc. Et, ça y est, dans le concept de tolérance apparaissent les notions de laxisme et de permissivité. La laïcité, ciment de notre société, qu’ils disaient, ils sont en train de la traîner dans la boue et de la piétiner. Est-ce qu’ils ont le droit de faire ça ? Moi je n’en sais plus rien, je demande. 

Quant aux femmes, la liberté des femmes. Tu as raison Antonin, sous prétexte de nous protéger, de nous libérer, ils font de nous des objets, des personnes incapables de décider de leur corps. La nudité de Corinne Masiero qui dérange. Le burkini qui est trop couvrant.

En ce moment, ils jouent aux pompiers pyromanes, ils allument des feux, ils blessent, ils stigmatisent. Même autour des maillots de bain. Max Brisson a déclaré à ce sujet : " Vous avez toujours une bonne raison pour vous opposer. Vous ne voulez pas le combattre ce totalitarisme, vous en êtes complices ! ". Non M.Brisson, nous ne sommes pas complices d’un totalitarisme quand nous ne nous offusquons pas du port du burkini. Par contre vous êtes en train de semer les graines de la division, de la colère et de la haine dont j’espère que nous ne récolterons jamais les fruits.

Allez, viens Antonin, on s’en fout, on sera libre. Notre liberté de penser et d’échanger, ne t’inquiète pas, ils ne pourront pas la prendre. La liberté, ils ne savent pas ce que c’est. La liberté ça se vit, ça se pense, ce n’est pas comme les voix des électeurs, ça ne s’achète pas. 

Adeline et Antonin

[1] Le texte en italique a été écrit par Antonin. Les fautes d’orthographes et de ponctuation ont été corrigées pour une meilleure lisibilité.

 

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