Monsieur le Président vous pensez donc nous sommes ?

« Pour faire un républicain […] il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit […] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi, ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit. » (Ferdinand Buisson)

« Pour faire un républicain […] il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit […] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi, ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit. » (Ferdinand Buisson)

Monsieur le Président, votre décision de « punir » ceux qui ne veulent pas se faire vacciner ou n’ont pas souhaité encore se faire vacciner est contraire à cette magnifique citation de Ferdinand Buisson que vous avez utilisée lors de votre hommage à Samuel Paty.

Vous avez raison, Monsieur le Président, aucun citoyen ne doit se voir contraint, sans avoir eu le droit à la réflexion et sans avoir pu exercer son libre arbitre. Une décision peut être prise très rapidement ou avec un certain recul. Vous qui avez été amené à prendre des décisions dans l’urgence et qui en connaissez, aujourd’hui, les limites, vous auriez dû accepter de nous laisser le choix et le temps.

Pensez-vous que chez les gens comme nous, on ne pense pas, on ne réfléchit pas, on ne lit pas, on ne confronte pas les diverses opinions, les différents documents, les sources ? Pensez-vous que nous soyons incapables de croiser des données ?

Pensez-vous que chez les braves gens comme nous, on ne cause pas ?

Car ce chantage n’est qu’un substitut grossier à un autoritarisme déguisé. Et cette décision, prise à la hâte, ne peut pas être à la hauteur des enjeux de santé qui y sont liés.

Et pour nous inciter à une décision que, d’après vous, nous ne saurions prendre ou que nous tardons trop à prendre, à votre goût, vous nous promettez le paradis : restaurants, bars, magasins, cinémas, voyages...

Comme si nous étions des gamins auxquels vous promettez des bonbons et un jouet quand nous serons gentils avec notre petite sœur ou lorsque nous aurons eu une bonne note à notre contrôle de mathématiques. Comme si nous n’étions pas capables de nous rendre compte que les connaissances sont précieuses en elles-mêmes et que la gentillesse envers les autres est bien plus puissante si elle est désintéressée.

Quelle estime pouvez-vous avoir de nous en proférant un chantage d’une telle bassesse ? Est-il simplement le miroir d’une société qui se noie dans son matérialisme et ses désirs ? Est-il le reflet plus complexe de notre folle course contre nous-mêmes et contre le monde qui nous entoure ?

Faut-il étouffer les paroles des gens lambda qui ne sauraient penser comme vous ? Faut-il les faire taire en les faisant passer pour des êtres incapables d’exercer leur libre arbitre ? Des personnes égoïstes qui ne verraient ce vaccin que d’un point de vue individualiste et non collectif.

Pourquoi un tel ostracisme à l’égard des non-vaccinés ou des non-encore-vaccinés. Ne doivent-ils pas trop réfléchir ? N’ont-ils pas le droit d’attendre ? Risquent-ils de découvrir quelque chose ? Etes-vous soumis à des pressions extérieures ? Ne supportez-vous pas que l’on vous fasse attendre ? Participez-vous à une compétition que vous ne sauriez souffrir de perdre ?

Car si votre communication veut se parer d’oripeaux scientifiques pour convaincre, votre exposé ne résiste pas à un examen un peu poussé.

Quel recul avez-vous sur les vaccinations de masse en temps de pandémie ?

Que savez-vous des risques de cette vaccination sur les plus jeunes ?

Pourquoi ne pas vacciner seulement les personnes à risque ?

Pourquoi ne pas évoquer que cette vaccination emploie un procédé novateur sur lequel nous avons peu de recul ?

Comment mesurer les bénéfices et les risques alors que le discours se focalise sur les bénéfices et fait fi de risques que nous ne souhaitons pas, mais qui ne sont pas, actuellement, mesurables ?

Nous ne souhaitons pas un nouveau scandale sanitaire dont l’histoire de la santé publique française est déjà trop émaillée. Nous sommes seulement des citoyens qui voulons conserver notre liberté d’expression, de penser et d’agir.

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