«Maman, il sera comment le monde dans 100 ans ?»

Tout est parti de cette question, à table, durant le repas de midi. « Je ne sais pas » ai-je répondu. Et le temps s'est suspendu, dans ma tête des images, des pensées, un pot pourri d’émotions.

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« Maman, il sera comment le monde dans 100 ans ? »

Tout est parti de cette question, à table, durant le repas de midi. « Je ne sais pas » ai-je répondu. Et le temps s'est suspendu, dans ma tête des images, des pensées, un pot pourri d’émotions.

Après avoir passé en revue un minuscule échantillon des exactions commises par notre espèce, j’ai envie de crier que j’ai honte d’appartenir à l’espèce humaine.

La seule espèce capable de commettre un génocide du vivant et qui s’apprête à commettre un génocide des générations futures.

Les seuls êtres vivants qui ont la prétention de se considérer comme supérieurs aux autres, qui ont eu la crédulité de croire qu’ils se distinguaient des autres par la connaissance de leur finitude, par leur rire, par leur capacité à fabriquer et à inventer, par leur propension à l’art. 

Et malgré cela, nous empruntons la route du suicide collectif sans songer à changer de direction.

La conscience de notre finitude nous aiderait-elle à voir nos mains sales, tachées de sang et à continuer à tuer, à détruire, car notre mort, trop proche, nous épargnera une souffrance que nous laissons à notre descendance ?

Nous n’appartenons plus au monde, nous nous en servons comme d’un objet, qui une fois usé pourrait être remplacé.

Nous sommes les seuls animaux à élever notre progéniture dans le culte de la consommation et du confort.

Nous fabriquons de futurs esclaves de leurs désirs, impatients de posséder, de parader avec des objets inutiles, futiles à obsolescence programmée.

Des futurs adultes addicts à leur image dans laquelle ils se noieront. Des hommes et des femmes obsédés par le désir de laisser, à n’importe quel prix, leur empreinte en ce bas monde. Toutes ces empreintes qui souilleront encore la nature que nous saccageons déjà un peu plus chaque jour. 

Et nous sommes assez stupides pour imaginer que la science et le progrès viendront à notre secours. Comme si la 5G allait sauver nos vies, comme si la connexion aux conneries du monde entier allait nous aider à regarder autour de nous, nous enseigner l’humilité et nous réapprendre à contempler.

Et j’en viens à me demander si le coronavirus n’est pas une chance, notre dernière chance, l’opportunité de tout changer, de tout réinventer. Car si nous ne sommes pas capables d’apprendre de nos difficultés, des épreuves, de la souffrance, nous n’apprendrons jamais rien.

Ça sent le chaos. J’essaie d’y remettre de l’ordre mais rien n’y fait. Le pot est rempli et je tasse, c’est pour ça que ça sent le pourri.

Je jette un œil par la fenêtre, le ciel est clair, les mésanges bleues dansent autour de la fenêtre. Mes enfants ont changé de sujet, ils rient puis remarquent les mésanges et s’extasient. Si mon cœur se serre quand je pense aux atrocités de notre monde, je souris devant l’innocence, l’enthousiasme et la curiosité des enfants. Ce sont eux les graines de demain.

Alors comment sera le monde de demain ? Je n’en sais rien et je ne peux pas le savoir.

Mais vous, les enfants, vous voyez comment le monde dans 100 ans, parce qu’après tout c’est vous l’avenir, ce n’est pas moi ?

Parce que c’est vous qui êtes face au défi. Et je serai à vos côtés pour vous accompagner et vous soutenir.

Alors imaginons ensemble le monde que nous voudrions pour maintenant, pour demain, dans 100 ans, dessinons-le, écrivons-le.

Imaginons aussi tout ce que nous ne voulons pas pour l’avenir que ce soit dans 1 an, dans 10 ans ou pour vos arrières petits-enfants. Pensons-le, peignons-le aussi.

Et, de tout ça, sont nés deux mondes : deux petites poésies accompagnées de deux dessins.

Le monde des neiges éternelles (premier dessin en haut à gauche réalisé par Apolline)

L’hiver, la lumière du soleil brille sur l’eau gelée du lac, mes pas font des empreintes dans la neige et j’ouvre la bouche pour avaler les flocons. Je rentre et je réchauffe mes mains devant la cheminée, je regarde le feu et je l’écoute crépiter.

Au printemps, la nature se réveille. La fleur près du lac est aussi belle qu’une étoile. Dans les rires d’enfants, j’entends l’amitié. Les hirondelles volent dans le ciel.

L’été, les oiseaux boivent dans la rivière. Dans l’herbe verte, il y a des fleurs, un feu d’artifice de couleur. Je sens l’amour, la joie et le plaisir de partager avec les autres à l’ombre du cerisier.

A l’automne, je cueille des champignons, les animaux préparent leur maison. La pluie fait de doux bruits et je sors sans mon parapluie. Au loin un arc en ciel, l’air est frais et le vent léger. Je vais bientôt rentrer.

 

Le monde où le soleil s’est éteint (second dessin en haut à droite réalisé par Antonin)

Dans ce monde il n’y a pas de saison. On coupe les arbres, le ciel est gris. Des animaux sont tués, d’autres souffrent. Les hommes polluent la nature, ils roulent avec de grosses voitures. Ils veulent toujours plus d’argent. Les gens sont prisonniers de leurs désirs, leurs yeux sont fixés sur des écrans. La planète se transforme en décharge, les arcs en ciel s’effacent peu à peu. L’océan se remplit de plastique. Des méchants frappent les enfants. L’amour a disparu, les maisons sont abîmées, il n’y a presque plus d’eau à boire et rien à manger.

 

Deux mondes opposés, pourtant entrelacés. Mais parce que rien n’est jamais joué d’avance, parce qu’avec un peu de poésie et parce que je vous dois l’espoir, nous continuerons à regarder le ciel et les oiseaux. Nous avancerons lentement, en douceur pour essayer de ne pas laisser d’empreinte de notre passage.

Apolline, Antonin, Adeline et Romain

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