Oserons-nous questionner le système scolaire ?

Le système scolaire est le système de reproduction sociale par excellence. Il creuse les inégalités afin de ne pas bousculer l'ordre social existant. Il sert les plus aisés et dessert les plus pauvres. La droite comme la gauche vénèrent l'école. Pas question de remettre en question un système qui permet à la bourgeoisie de légitimer sa place supérieure dans la société.

https://www.perigny.fr/ma-famille/enfance/les-ecoles/ https://www.perigny.fr/ma-famille/enfance/les-ecoles/

Pourquoi questionner l’école et la légitimité de son fonctionnement actuel ? Simplement parce que l’état actuel du monde devrait nous pousser à nous interroger sur tout, y compris sur les choses que nous tenons pour bonnes en soi.

L’école va mal, les témoignages d’enseignants en burn-out se ramassent à la pelle, les dysfonctionnements pointés par les parents et les enseignants sont plus que nombreux et les cris de détresse des étudiants nous font penser qu’il est plus que temps de changer.

C’est un sujet épineux l’école. Très riche en émotions. On peut avancer sur le sujet avec tact et douceur, il se trouvera à chaque fois un moment où l’on franchira la ligne blanche. On dépassera ce qui est convenable de critiquer et l’on passera de l’autre côté. Du côté des fous, des marginaux ou des agresseurs.

Alors si l’on peut en toute quiétude fustiger le ministre de l’éducation, s’attaquer aux réformes délirantes de M.Blanquer, critiquer l’école du quartier ou la prof de français, il y aura toujours un point de non retour quand on aura osé aborder la question de la légitimité de l’école dans son fonctionnement systémique.

Car dans l’histoire collective, l'école est synonyme d’émancipation, de liberté et de cohésion sociale. Elle accompagne l’enfant dans sa construction psychique durant de longues années, lui transmet des valeurs, lui donne les connaissances qui le libéreront d’un carcan social et/ou familial. L’école se positionne comme garante d’une transcendance, d’un dépassement de ce que pourrait apporter la famille ou le milieu social dans lequel évolue l’enfant. Un enfant qui est à faire, un adulte en devenir auquel il convient d’apprendre, d’éduquer et de transmettre.

Sans école, aucune libération, aucune socialisation, aucune mixité sociale, aucune responsabilisation et aucun apprentissage de l’autonomie ne semble possible pour l’enfant.

Sans école, l’enfant serait un prisonnier dont on se saurait entendre la voix, qui ne pourrait goûter la différence, qui ne pourrait apprendre et se réaliser en tant qu’homme ou citoyen.

Pourquoi ? Parce que l’école porte en elle les conditions d’émancipation, d’égalité des chances, de mixité, de cohésion sociale, d’ouverture à l’autre, de liberté, de socialisation…

Parce que nous sommes tous des produits de l’école et que nous sommes devenus grâce ou malgré elle. Enfouie en chacun de nous, se cache l’idée que l’enfant ne peut advenir, ne peut apprendre, ne peut se socialiser en dehors de l’école.

Mais peut-on aujourd’hui affirmer que l’école est à même de créer du commun et de quel commun veut-on parler ? Doit-on continuer à penser que l’école remplit son rôle quand il est question de faire société ?

Et avant l’école, point de société ?

Et quelle école voulons-nous et pour quelle société ?

Le système scolaire est le système de reproduction sociale par excellence. Il creuse les inégalités afin de ne pas bousculer l'ordre social existant. Il sert les plus aisés et dessert les plus pauvres. La droite comme la gauche vénèrent l'école. Pas question de remettre en question un système qui entretient le rêve d'une égalité des chances en réalité totalement factice et qui permet à la bourgeoisie de légitimer sa place supérieure dans la société. 

L'école sert à la sélection des élites et donc à la légitimation de reproduction sociale : les fils/filles de notaires sont notaires, les fils/filles de médecins sont  médecins, les fils/filles de profs sont profs et les fils/filles d'ouvriers sont ouvriers. Les quelques exceptions ne font qu'asseoir ce système et renforcent l’idéologie charismatique du don.

Le budget de l'éducation nationale est un des plus importants. Pour quelle raison ? Et bien parce que notre oligarchie adore l’école. Parce qu’il nous plaît de penser que nous avons acquis notre place sociale au mérite et non grâce à une logique pernicieuse de domination de classe. Nous détestons l’idée d’avoir joué et gagné avec des dés pipés.

Alors oserons-nous questionner un système qui sert le capitalisme, la croissance et les classes dominantes ? Comment éduquer à l'écologie derrière un bureau et dans une cour d'école ? Comment lutter contre les fractures sociales ?

Oserons-nous nous demander si l’école ne prépare pas les enfants à une société d'obéissance, de domination, en classant, en notant, en groupant par tranche d'âge, en ne leur laissant très peu de  responsabilités et d'autonomie dans leurs apprentissages, les rendant au final plutôt passifs et peu critiques ?

Les enfants ne sont pas des travailleurs en devenir, des citoyens en devenir, ils sont. Peut-être un jour, oserons-nous penser que les enfants peuvent nous aider à nous interroger ? Nous ne les regarderons plus comme des êtres inachevés, des êtres inférieurs qui devront attendre leur majorité pour pouvoir s’exprimer. Peut-être serons-nous rassurés quand ils nous pointeront nos contradictions et nous poserons des questions qui nous dérangent ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.