Lettre ouverte à M.Blanquer: laissez-nous vous présenter nos deux petits sauvages

Depuis que la cabale contre l’instruction en famille (IEF) a commencé, vous avez Monsieur le Ministre, utilisé des mots, des phrases-chocs pour parler de l’école et de l’IEF. Aujourd’hui nous parlerons des « enfants sauvages », expression que vous avez utilisée pour qualifier les enfants instruits en famille le 22 janvier 2021 à l’assemblée nationale.

Depuis que la cabale contre l’instruction en famille (IEF) a commencé, vous avez Monsieur le Ministre, utilisé des mots, des phrases-chocs pour parler de l’école et de l’IEF. Aujourd’hui nous parlerons des « enfants sauvages », expression que vous avez utilisée pour qualifier les enfants instruits en famille le 22 janvier 2021 à l’assemblée nationale.

Nous pouvons entendre plusieurs choses par sauvage, la première qui nous vient à l’esprit est celle d’enfants non socialisés, non stimulés, non éduqués, nous les imaginons plus ou moins déficitaires n’ayant pu recevoir la moindre éducation. La deuxième est celle du bon colon qui veut civiliser ceux qui vivent différemment, estimant une supériorité de ses pratiques et souhaitant les imposer en règles générales. La troisième est celle de la nature non altérée d’un enfant par la société, une conception rousseauiste qui pense l’homme bon par nature et pervertit ensuite par la société. La quatrième, celle que nous préférons est une appellation affectueuse, familière et empreinte de bienveillance et d’amour.

Nos deux petits sauvages aiment les mots, notre langue, ils aiment parler, échanger, ils lisent des histoires et s’en racontent. Récemment, nous nous sommes plongés, en famille, dans la poésie. Et nous vous ferons part de deux poèmes écrits par nos petits sauvages :

 L’orage

L’orage est fou de rage

Il lance un éclair, fait gronder le tonnerre

Saccage le paysage                                                      

Quelle colère !

Quel caractère !

Enfin il redevient sage, cet orage !

A. (8 ans)

 

La nuit

La nuit est belle

Elle illumine les étoiles

Les papillons chantent

La rivière fait de petites vagues

Certains oiseaux se réveillent

Les chauves-souris peignent sur le sable

Les arbres se balancent doucement

Et la nuit va bientôt se coucher.

 A. (6ans)                                        

 

Nous vous ferons part également de deux anecdotes pour vous montrer à quel point nos deux sauvages sont attachés aux valeurs de solidarité et de probité.

La première concerne notre petite sauvage, elle n’a pas encore tout à fait 6 ans. Nous sommes sympathisants d’une association accueillant des migrants, au cours d’une conversation, elle entend que le jeune couple avec lequel nous nous entretenons est dans une situation financière extrêmement difficile. Elle quitte quelques instants le jardin pour rentrer dans la maison et revient en leur offrant une enveloppe dans laquelle elle a simplement vidé sa tirelire. Ce geste est pour nous une représentation spontanée de la fraternité, peut-être une solidarité à la fois sauvage et naturelle, à vous de voir Monsieur le Ministre.

La seconde anecdote porte sur notre petit sauvage qui n’a de cesse de s’interroger sur des propos tenus par le Président de la République, dans une interview à Brut début décembre. En effet, ce jour-là, le Président a tenu à rassurer une dame du prénom de Lydia en lui assurant que les familles pratiquant l’IEF, dans le respect des valeurs de la République, n’avaient rien à craindre. Cette promesse, loin d’être tenue, est quelque chose qui l’a beaucoup peiné et déçu. Pour notre petit sauvage, les promesses sont des dettes, elles se doivent d’être honorées, d’autant plus si elles sortent de la bouche du Président de notre pays. Quant à vous, Monsieur Blanquer, il trouve que vos propos à l’encontre des enfants en IEF sont « méchants ». Nous sommes fiers que notre gentil petit sauvage ne s’attaque pas directement à vous en tant que personne mais plutôt à vos propos et vos idées. Si vous pouviez en faire autant à l’égard des enfants en IEF nous en serions ravis car nous ne pensons pas que des attaques à leur encontre ne concourent à leur bien-être supérieur.

Vous présentez nos enfants comme coupés du monde. Sachez que nos deux sauvages ont, depuis quelques mois, décidé avec une grande pugnacité de monter une association réservée aux enfants. Cette association qu’ils ont baptisée « Cœur comme idée » se veut participer à la préservation de la biodiversité. Ils ont fabriqué des formulaires, des prospectus, des dessins, ils se sont renseignés sur le fonctionnement des associations en France, ils ont créé un bureau. Leur association compte aujourd’hui douze membres. Certains membres sont des enfants scolarisés, d’autres sauvages, ce qui ne semble pas les empêcher de communiquer. Leurs projets à court terme sont de dépolluer un site naturel, de faire ensemble du land art et de fabriquer des abris pour les hérissons.

Nous trouvons nos deux sauvages engagés dans la vie de la cité !

Nous aimerions à notre tour, vous poser quelques questions Monsieur le Ministre. Mettez-vous autant d’énergie à faire vivre les valeurs de la République ? Nous n’en sommes pas certains. Nous avons plutôt le sentiment que vous mettez votre énergie au service de la conservation du pouvoir et de l’édification d’une carrière.

Le président a tenté un amalgame entre terrorisme et IEF qui n’a pu être démontré. Vous continuez pourtant à vous acharner sur l’IEF en portant à l’égard des familles et de leurs enfants des jugements dévalorisants et méprisants. Nous ne vous demandons pas d’aimer l’IEF, simplement de la respecter en tant que liberté. Reconnaître ses torts, présenter ses excuses n’est pas un aveu de faiblesse, c’est au contraire un acte de courage. C’est en tout cas ce que nous apprenons à nos petits sauvages.

Nous ne voyons pas comment une loi visant à conforter les principes républicains pourrait être efficiente alors que se sont des enjeux électoralistes, des égos et de la mauvaise foi qui sont à l’œuvre dans la défense de l’article 21.

Les enfants en IEF sont peu nombreux, ils sont tous différents et sont en IEF pour des raisons très diverses. Monsieur le Ministre, cessez cette mascarade, débattez et réfléchissez aux actions que vous pouvez entreprendre avec les enfants qui fréquentent l’école de la République et ne passez plus vos journées et vos nuits à tenter de trouver une solution pour abattre l’IEF dont vous avez fait votre ennemi n°1. En cette période de crise sanitaire, l’école de la République va mal, les enseignants ont des questions, des revendications, les étudiants souffrent, occupez-vous d’eux plutôt que de nous. Nos deux sauvages seront contrôlés en mars, faites confiance aux personnels de l’Education Nationale qui nous recevront.

Votre acharnement sur l’IEF a permis à nos sauvages de débattre sur la question des valeurs, sur le fonctionnement de notre Etat, de connaître le cheminement d’un projet de loi. Nous pensons que c’est assez, ils peuvent maintenant passer à autre chose.

 Monsieur le Ministre, vous ne devez obéissance à personne, vous devez, comme nous tous, obéissance aux valeurs qui nous rassemblent. Supprimez l’article 21, reconnaissez vos erreurs et vous ferez partie des hommes politiques courageux.

Montrez à nos enfants sauvages et aux autres que la démocratie a ses faiblesses mais que loin de s’enfoncer dans les écueils actuels de décisions arbitraires et opportunistes, d’Etats à tendance totalitaire, elle peut se relever grâce aux valeurs qui la soutiennent. Montrez à tous les enfants que notre démocratie ne repose pas sur un socle instable mais sur un socle solide qui permet, au-delà de nos différences, de nos divergences, de nous retrouver autour de principes et de valeurs communes.

 

Respectueusement,

 

Adeline et Romain                                                      

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