Inside Mœbius à Toulon, ça vaut le détour !

Toulonnaises, Toulonnais courrez à l’hôtel départemental des arts et profitez des derniers jours de la saisissante exposition consacrée à l’œuvre de Mœbius.

1

Il y a encore quelques heures, vous m’auriez demandé quelle était l’offre culturelle dans ma ville natale, je vous aurais répondu que, ma foi, elle se cachait plutôt bien… C’était sans compter sur l’hôtel départemental des arts (HDA pour les initiés) situé boulevard Maréchal Leclerc et sa remarquable exposition qui retrace l’ensemble de la carrière de Jean Giraud alias Mœbius, dessinateur de BD de renom décédé en 2012.

 

Une rétrospective captivante 

L’hôtel des arts commence par nous rappeler que, dessinateur mais pas seulement, l’artiste s’illustre dans des domaines divers et variés :  en peinture, à la télévision au travers de séries ou de films animés mais surtout au cinéma où on lui connait de prestigieuses collaborations notamment avec Luc Besson (le cinquième élément), James Cameron (Abyss), Ridley Scott (Alien)… Il est par ailleurs l’un des pionniers dans l’utilisation du numérique au service de l’art et participe par exemple au design de jeux vidéo.

Cette expo vous fera voyager à travers l’univers de Jean Giraud depuis ses débuts dans les années 60 jusqu’à la période d’Arzach (2010). Au gré des différentes salles on découvre les thèmes qui ont animé le dessinateur pour en dégager un fil conducteur : notre rapport à l’humanité face aux mutations physiques et psychologiques inhérentes à notre temps. Il dessine ainsi une utopie basée sur l’harmonie existante entre le corps, la technologie, l’esprit et la nature, il nous pousse à travers son travail à une réflexion sur les rapports entretenus par ces différentes composantes.

 

Le rez-de-chaussée : les fondations du mythe

Dans les premières salles, on (re)découvre les premières œuvres qui nous immergent dans une ambiance far ouest avec les aventures du lieutenant Blueberry. Dans cette série signée GIR(aud) et publiée dans l’hebdo Pilote, on remarque déjà sa fascination pour les paysages désertiques et son gout pour les formes mouvantes, le lieutenant se transforme ainsi en fonction de son humeur au fil des planches.

2

Blueberry, Mister Blueberry, Couverture tome 24 © Dargaud / Moebius Production

Cet espace présente par ailleurs des « gouaches sur carton » abstraites, les créations initiales de J.Giraud ainsi que La déviation, courte histoire en noir et blanc où le dessinateur se dépeint lui-même. Considérée comme celle qui a fait naitre le « style Mœbius », elle clôt la visite de cette pièce marquée par la science-fiction et le fantastique, thématiques récurrentes de l’univers du créateur.

 

Miroir, mon beau miroir

Dans la continuité de cette réflexion sur lui-même, l’auteur a confectionné des autoportraits qui ont eux aussi quelque chose de surréaliste et de fantastique, il s’est ainsi créé des doubles de fiction en faisant appel à ses personnages fétiches et à ses doubles intérieurs. L’originalité de Inside Mœbius réside aussi dans la manière de procéder choisie par l’auteur : un simple miroir posé en face de lui sur son bureau lui aura permis de créer ses alter-égos.

3

Inside Moebius, couverture tome 5 © Moebius Production

Entre ciel et terre

On continue la visite ! Le centre d’art du Var nous fait progressivement entrer dans la psyché du dessinateur de génie en abordant maintenant un univers graphique lié à la spiritualité, thématique qui a largement marqué l’artiste. GIR pose ici un regard neuf sur des créatures mythologiques qu’il transforme mais, surtout, il choisit de transcender des œuvres littéraires ésotériques en œuvres visuelles. Se côtoient ici 17 dessins illustrant Les chants du paradis, cantique de La divine comédie de Dante, et des créatures mystiques préparées pour la réalisation d’Abyss de David Cameron. Temps fort de la visite où, par un mélange subtil de couleurs plus vives et plus douces les unes que les autres, vous vous retrouvez plongé dans un monde parallèle.

4

Dessin préparatoire pour les créatures d’Abyss

 

L’étage : l’envol du ruban de Mœbius

La partie exposée à l’étage nous plonge dans un monde définitivement fantastique ! On retrouve accrochées aux murs des planches ou œuvres picturales plus récentes qui nous offrent un voyage au pays de l’imaginaire.

On vogue d’un univers à l’autre. De l’exploration de la planète Adena (à l’origine commande de Citroën) qui dévoile une quête identitaire des personnages, en passant par Arzach, nouvelles graphiques sans dialogue qui retracent le voyage de deux êtres fantastiques qui arpentent une planète désertique jusqu’au Garage Hermétique, sorte de planète dans laquelle se superposent plusieurs mondes créés par la Major Grubert.

56
Le Monde d’Edena, TomeX ©Casterman/Moebius Production      Arzak L’Arpenteur couverture © Moebius Production

7

La Chasse au Major © Moebius Production

 

La salle consacrée à 40 days dans le désert B se démarque par son absence de couleur, cette œuvre qui est considérée comme majeure dans la carrière de l’artiste met en scène des formes atypiques souvent humanoïdes sur fond d’érotisme et d’ailleurs.

 

8

 

Mais ce qui est particulièrement intéressant à cet étage en plus des travaux qui y sont exposés, c’est l’exposition d’une technique de l’artiste. Vous pourrez le voir sur écran en pleine création de dessins numériques du premier trait jusqu’à la mise en couleur.

 

Après nous avoir offert un voyage complet à travers l’univers Mœbius, l’expo présente en guise de touche finale un petit hologramme de plasme volant (faune de Mars) qui se meut devant nous, de quoi terminer en beauté sur une surprise inspirante, à l’image de cette rétrospective.

 

9

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.