Débat ebdo / Hulot, ce qu’il révèle du rôle des médias et de la justice

L’enquête menée par le magazine ebdo implique le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot dans une affaire de viol remontant à 2008. Le débat entre partisans et détracteurs de l'article questionne ce qui relève des médias et ce qui relève de la justice dans le traitement de ce genre d’affaires.

Depuis l’affaire Weinstein, les hommes accusés de harcèlement ou de violences sexuelles sont légion. La classe politique n’échappe plus à la tourmente, avant Nicolas Hulot, c’est le ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin qui a du se défendre d’accusations similaires.

Vecteurs de ces dénonciations et objets de la controverse : #BalanceTonPorc, #MeToo et les médias. Ces révélations, qu’elles soient faites par le biais de hashtags sur les réseaux sociaux ou par la presse déchainent les passions et jouent désormais un rôle considérable dans le débat public. Tantôt qualifié de libération de la parole, tantôt de délation selon le point de vue adopté, cet engouement médiatique inquiète une frange de la population. Après la tribune Deneuve qui avait déjà mis à mal le mouvement en défendant la fameuse « liberté d’importuner », c’est au tour des institutions d’en faire autant : le gouvernement en défendant bec et ongles ses membres accusés de viol, des professionnels de la justice en contestant le rôle joué par les médias qui relaient les accusations.

S’il est vrai que le rôle des médias et des réseaux sociaux n’est pas de juger ni de condamner à l’inverse d’un tribunal, leur capacité à mettre en avant certains sujets dans le débat public est indéniable. Alors, faudrait-il sous prétexte que la justice n’a pas encore tranché taire les agissements de ces hommes qui abusent de leur pouvoir au risque d’étouffer les revendications des quelques femmes qui osent parler et dénoncer leur agresseur ? Justice qui, dans l’affaire Hulot, ne sera jamais rendue puisque les faits sont prescrits. Dans cette mesure, même en défendant l’idée que seul un tribunal peut rendre un jugement, qu’aurait du attendre ebdo pour publier ?

Les parutions dans la presse ou sur les réseaux sociaux n’ont pas vocation à remplacer la justice, mais à lever le voile sur des pratiques qui ont cours depuis des décennies sans qu’aucun dispositif institutionnel ne soit parvenu à les mettre en lumière. Il est vrai que ce mode de diffusion de la parole  peut mener à des dénonciations abusives. Dans quelles proportions ? Faut-il pour autant remettre en cause l’intégralité de ce mouvement et du progrès qu’il représente pour les femmes, pour leur liberté et pour leur aptitude à parler et à être entendues ? Faut-il s’étonner de la place prise par les médias et les réseaux sociaux depuis 2017 quand en 2014, 93,8% des plaintes déposées pour harcèlement sexuel, étaient classées sans suite ?

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