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Billet de blog 22 déc. 2019

Un petit tour et puis s'en vont...

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14h15 à Rennes.

Je me dirige tranquillement vers la galerie commerciale Colombia. Nous nous sommes donnés rendez-vous suite à quelques AG dans ce mirifique temple de la consommation pour chanter notre joie d'être gouvernés par l'argent Emmanuel Macron et ses potes. C'est une grande première pour moi. J'avoue avoir suivi avec délectation la prise du centre commercial "Italie 2" à Paris et rêvais un peu d'une action de la même ampleur dans la capitale bretonne. 

14h30.

Beaucoup de clients gambadent plus ou moins enthousiastes dans la taupinière. Beaucoup de CRS aussi. Ambiance un peu surréaliste. Je fais le tour à la recherche de comparses, des têtes connues qui me feraient quelques clins d'œil pour signifier notre accord tacite avec l'action que nous voulions mettre en place, une action violente, sanglante, révolutionnaire, terrifiante: Chanter. 

14h35:

J'ai presque abandonné tout espoir de retrouver les néo-maquisards. Et puis soudain, là, coincés entre la Fnac et Nature et Découverte (ainsi qu'une troupe de CRS) je reconnais une trentaine de visages rassemblés, souriants, qui ont l'air de patienter. La consigne était de rentrer individuellement, comme des clients "normaux", puis au signal de nous activer gaiement. 

14h45.

Nous sommes maintenant une quarantaine. Une autre faction de CRS se poste à l'autre issue. Les vigiles de la galerie montent les escaliers et campent au premier étage pour nous épier d'un regard amusé. Il y en a même un qui joue avec la guirlande électrique. Je me mets à penser que s'il continue il va se faire engueuler par le mec à la veste de costard qui tient un talkie-walkie et parle discrètement à une des troupes de CRS. Je m'écarte un peu de notre groupe pour observer les alentours et je remarque quelques citoyens avec oreillettes qui guettent.

Malheureusement nous sommes trop peu nombreux pour une action d'envergure comme à Italie 2. Je pense à rentrer chez moi. 

14h50

Un de nous se met à chanter bruyamment: "On est là, on est là, même si Macron ne veut pas nous on est là !!". Même dans la cohue du centre, sa voix couvre, les mains se mettent à taper en rythme, tout le monde suit.

Ça y'est, nous sommes En marche. 

15h.

Des électrons libres se joignent à nous. Nous sommes une soixantaine maintenant à chanter joyeusement en frappant des mains. Sur notre passage, les clients nous regardent avec le sourire. Parfois, ils nous acclament. Les enfants, eux, sont mi-effrayés, mi-etonnés. Les gardes mobiles s'agitent, s'énervent franchement quand certains d'entre nous tentent de rentrer à Monoprix, ils poussent violemment. Les grilles des magasins se ferment sur notre passage, les clients sont prisonniers. On change de registre, et avec une soudaine inspiration le chant devient: "Libérez les clients, libérez les clients !". Les têtes interloquées se demandent certainement ce que c'est que tout ce bazar. 


15h15. 

Retour à la case départ. Les chants continuent de se faire entendre. On se demande quelle suite donner mais les gardes mobiles ont déjà une idée précise de la forme qu'elle prendrait. Ils barrent les deux issues où nous nous trouvons, nous sommes encerclés, avec interdiction de sortir. Difficile de reconnaitre les "clients" des "résistants", les esprits s'échauffent un peu: "Mais, monsieur, je venais juste acheter la dernière PlayStation pour ma fille !" "On veut pas savoir, vous étiez en train de chanter, vous restez là !"

15h25

Ça y'est, les gardes mobiles ont réfléchi. Ils referment la nasse d'un côté, et se postent à des endroits stratégiques pour nous pousser vers la sortie la plus... Sombre de la galerie. La place de la Colombe pour les connaisseurs. Un comble. Nous, on rigole bien, on continue de chanter un peu avant la sortie. Et puis là c'est la goutte d'eau pour les CRS, l'un d'eux a eu le malheur de crier le prénom d'un des leur afin de lui dicter un ordre. Il s'appelle "Pascal". La chanson change tout de suite: "Pascal Pascal Pascal !". Je me marre, plus pour longtemps. Cette fois ci les CRS nous poussent violemment vers la sortie, c'est n'importe quoi. Je sors mon téléphone pour filmer. Les matraques s'agitent.

15h30

Nous sommes dehors, dans un goulot d'étranglement. Il pleut averse. Cette place est sombre, en travaux, personne pour acheter de PlayStation. Parfait pour s'exciter un peu avec les matraques. On a quand même chanté plusieurs fois "Pascal, Pascal", y'a de quoi péter un câble. Je continue de filmer en courant, un CRS me voit, je comprends plus rien, me prends plusieurs coups dont un particulièrement bien placé sur la main droite. Je lâche mon téléphone et je continue de courir. En me retournant je vois des policiers en civil, des foulards pour leur couvrir le visage, ils hurlent matraque à la main. Je vois un gars se faire matraquer au sol par deux CRS. Je peste pour mon téléphone, la vidéo que je prenais, belle preuve de la violence perpétrée par les fdo. Et pour ma main en sang et gonflée.

15h35

Je fais le tour bien décidé à retrouver mon téléphone mais sans trop d'espoir. Bien entendu il n'était plus là. Le gars qui s'est fait matraquer se contorsionne au sol. Avec un collègue on va le voir pour lui demander si tout va bien. Il nous dit qu'il s'est fait frapper au visage. Il nous dit aussi qu'un policier lui a donné un téléphone qui ne lui appartenait pas. Je m'aperçois que c'est le mien. Ni une ni deux je vais voir mes vidéos.

Effacées.

15h45.

Je rentre. C'est sympa de chanter à Noël. 

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