Journal vénézuélien

23122018 - 12012019

23122018

En douceur, par étape, les images et les odeurs du Vénézuéla refont surface.

C’est d’abord une photo, la veille du départ. Celle d’Anna, en Colombie, pieds sablés, peau brunie et esprit enivré par une « Polar Negra » vénézuélienne.

C’est dans un faubourg madrilène, en escale chez le cousin, que l’odeur de la farine de maïs « Harina Pan » réactive la partie latine de mes muqueuses olfactives.

En Colombie, en Espagne, des symboles de l’industrie agro-alimentaire vénézuélienne sont en vente libre, à un prix raisonné. Dans le pays producteur, les supermarchés en sont dépourvus, paf, plus rien, la « Harina Pan » ne court plus les rues. Files d’attente ou marché noir permettent parfois de dégoter cette denrée disparue.

La bière, elle, s’échange à prix d’or à la « licoreria ». Deux SMIC sont nécessaires pour une caisse de 36. Oui oui. Le prix d’une gorgée de bière après le travail ? La journée entière de dur labeur. Ni plus ni moins.

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240122018

Ça y est, j’y suis.

Bizarre, vide est l’aérogare.

La détresse dans les yeux du douanier qui tente de me corrompre.

La chaleur, la moiteur, le vent tiédasse, c’est bien ici.

Et les cousins, où sont les cousins ? Partis, dans des pays voisins et un peu moins voisins. Dans des pays copains et un peu moins copains. Ils font vivre les diasporas, mais ça fait un vide, croyez-moi.

Le Citroën Picasso est toujours là lui. Branlant mais présent. Allure modérée, vitres baissées, on préserve le moteur, les amortisseurs et le conducteur.

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Le patère. Le tonton.

 

25122018

Feliz navidad.

 

26122018

Le slogan du supermarché local me paralyse. « Precios bajos todos los dias » (Prix bas tous les jours). Le FMI a calculé une inflation à  1 000 000 % en 2018 et en prévoit  10 000 000 % en 2019. Alors on achète 200g de beurre, pour ¼ de SMIC. Si les prix sont bas, alors profitons-en !

Du beurre, on en achète, et des bières aussi. La fameuse « Polar Negra » sirotée par Anna quelques jours plus tôt. La caisse de 36, pour rafraîchir les 36 cousins. Le soir, c’est réunion familiale. On se réunit autour d’une « Polar », d’un rhum sec, d’amuse-gueules. On rit, on boit, on rit, on mange, on boit, les langues se délient. Les Etats-Unis en prennent pour leur grade, mais Maduro aussi. « Tu te rends compte Adrien, 4 ans sans boire une seule bière ! ». Je crois qu’il ment le cousin, deux ans plus tôt, je me souviens avoir trinqué avec lui. Mais qu’importe, le problème est là.

La détresse est présente, omniprésente, presque pesante.

L’allégresse est résistante, entrainante, presque troublante.

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Precios bajos todos los dias.

 

27122018

La caisse de bières achetées la veille hier coute 10% de plus aujourd’hui. Le prix de l’essence lui ne bouge pas. Après calcul, j’en déduis qu’un plein au pays de l’or noir coute 0,0000005€. La partie rationnelle de mon cerveau fait immédiatement une « Erreur Fatale ». La partie émotionnelle me dit que j’ai trouvé l’El Dorado du Gilet Jaune.

 

28122018

La caisse de bières a-t-elle repris 10% ? C’est une question que je me pose. Ça n’est pas la seule d’ailleurs.

Quel est le taux d’inflation d’une caisse de bières entre le moment où tu décides de l’acheter et l’arrivée au magasin ? Si tu vas l’acheter à pied, il te faut une brouette de billets pour l’acheter + une brouette pour l’inflation pendant le trajet. Mais plus la brouette est lourde, plus le trajet est long. Je comprends pourquoi mon cousin n’en a pas bu depuis 4 ans…

 

29122018

Le trafic routier vénézuélien me passionne. C’est un vaste merdier. Le Vénézuéla asphalté est un élégant bordel organisé. Personne ne s’étonne, personne ne s’émeut, que les feux rouges soient grillés, que l’enrobé soit défoncé, que les automobilistes roulent sans lumière, sans ceinture, sans pneu, sans assurance, à contre-sens et parfois même en marche arrière ! « Mais attends, pourquoi il roule en marche arrière lui ? ». Réponse laconique, sans étonnement, sans émotion du patère : « La marche avant doit être cassée, avec la crise, on ne trouve plus les pièces ». Voilà. Qui mieux que Maduro peut entretenir votre Renault ?

L’agilité des conducteurs est saisissante. La conduite est un art, sans code, sans restriction. Chaque automobiliste compose son œuvre, sans empiéter sur celle des autres. Le plus vif s’imposera, le moins véloce s’écartera. Malheureusement, on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Les œuvres et leurs artistes sont souvent accidentés, ou sur le bas-côté.

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Dans les ruelles de Barcelona

 

30122018

On assiste aujourd’hui dans ce pays à une hausse irrationnelle et kafkaïenne des prix. Notre système économique mondial nous dévoile un de ses côtés obscurs et s’acharne sur le Vénézuéla. L’inflation s’est envolée et le peuple ravale sa salive. Se tait. Attend. A-t-il peur du tyran Maduro ? De ses sbires ? De bourreaux ? De longues minutes passées la tête dans un seau d’eau ? Je ne crois pas. J’en doute. Médiapart dénonce aujourd’hui certains cas de torture ou de répression, orchestrés contre l’opposition par les « Colectivos » (civils parfois armés défendant le gouvernement), ou par les militaires de la GNB (Garde Nationale Bolivarienne)  ou du SEBIN (Service Bolivarien d'Intelligence Nationale) eux-mêmes. Le gouvernement répond à cela que les auteurs de ces crimes sont systématiquement punis ou mis à pieds. C’est bien. J’ose les croire. Je veux simplement être sûr au plus profond de moi, qu’il ne ferme jamais les yeux sur quelques-uns de ces cas. Je ne le suis pas.

Pourquoi le peuple vénézuélien, ce peuple éclairé et politisé n’a toujours pas écouté la voix de l’opposition ? Ce groupe de nantis, expatriés à Miami, voulant imposer leurs préférences, n’a gagné que deux élections sur les vingt-cinq organisées ces vingt dernières années. Elections truquées ? non. Le futur qu’ils promettent est-il préférable au présent insupportable ? Je ne sais pas.

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Henri Falcon, principal opposant à Maduro aux présidentielles de 2018

 

Laissons-nous tenter par une vision simpliste et binaire de la politique :

  • Que fait un gouvernement purement libéral, se disant ni de droite, ni de gauche ? Il s’engraisse, dissimule ses mensonges et sa corruption et distribue les richesses du pays à l’oligarchie, aux grands patrons, et fait la danse du ventre aux puissants de ce monde en pointant du doigt les petites gens.
  • Que fait un gouvernement se disant radicalement socialiste et issu de la révolution bolivarienne ? Il s’engraisse, dissimule ses mensonges et sa corruption, distribue ce qu’il reste des richesses du pays aux classes moyennes et basses, fait la danse du ventre à la masse électorale, en pointant du doigt les puissants de ce monde.

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Cartable d’écolier, offert par le gouvernement

 

Dans le premier cas, le mécontentement vient du bas. Il doit être maîtrisé par une habile démagogie, des médias compromis et par une violence institutionnelle. Il est parfois contenu par une violence militaire et répressive (vive notre belle France). Dans le second cas, le mécontentement vient du haut. Et là, ta vie se complique pour la stabilité économique et politique de ton pays. Si en plus tu prends deux trois mauvaises décisions macroéconomiques, que l’initiateur de cette révolution démocratique – sacrément couillue – décède en pleine euphorie, alors ton pays plonge bizarrement dans le chaos. Tu deviens vite, aux yeux de la communauté internationale, un tyran, un dictateur, l’ennemi public n°1.

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Peinture de l’opposition « Il n’y a pas d’arme plus mortelle qu’un imbécile avec du pouvoir »

 

Des honnêtes, respectueuses et respectables personnes dotées d’une philanthropie surnaturelle, comme Trump, Bolsonaro et Duque se soucient subitement de la détresse de la ménagère vénézuélienne. J’en verse une larme. Une seule. Je dirais de ces personnes que leurs fesses sont crottées alors même qu’elles montent impunément au cocotier. Que leurs poches sont pleines et que leurs mains sont sales. Qu’une valeur comme l’humanisme ne leur a pas été expliquée à l’enfance. Je les exhorte, vainement mais je les exhorte, à se concentrer sur leur nombril poussiéreux, à s’occuper de leurs oignons germés et véreux et à me fermer cette bouche aux dents trop longues que je ne saurais voir. Ces dents venimeuses , qui font mal, à l’image de la scolopendre qui mord sans réflexion et sans émotion, qui continue son chemin pour mordre ailleurs, autre chose, plus fort encore, plus dur, plus sournoisement.

300 000 millions. 300 000 millions de putains de barils. Ce ne sont pas 300 millions, non ! Ce sont bien 300 000 millions ! Trois cents mille millions ! L’enjeu est de taille. La plus grande réserve de pétrole connue et prouvée au monde. Oui d’accord, bon bah voilà, tout s’explique et tout tient en un seul chiffre : 300 000 000 000.

Le Vénézuéla ne sera donc tranquille qu’à l’ère post effondrement, quand le pétrole sera aussi démodé que la houille aujourd’hui et que nous vivrons heureux, avec une éolienne sur le crane et des panneaux photovoltaïques à la place des yeux, pour recharger notre Iphone 48 en toutes circonstances. Encore quelques décennies à tenir les gars. Ou peut-être moins …. ?

 

31122018

La logique voudrait que lorsque l’on a faim, on arrête de boire. Mais non. Les « Licorerias » se remplissent de consommateurs et se vident de liqueurs. Aujourd’hui, c’est le 31 ! Le patère s’époumone, dans son Citroën aux vitres baissées : « Vite, vite, de l’aide humanitaire en urgence pour les vénézuéliens ! De la bière et du rhum en masse pour étancher leur soif ! ».

 

01012019

1er janvier, bonne année.

Le pays se réveille et a mal au crane. Mal au cœur. Il est saisi de vertiges, c’est la gueule de bois de l’année passée.

Une énième année de souffrance, de lutte, d’espoir et de désillusions.

Une année à s’user l’émail tant les mâchoires sont serrées.

Une année à s’abîmer les mains tant les poings sont crispés.

Christine et son FMI (Fumisterie Monétaire Internationale) nous annoncent qu’en 2019 le Vénézuéla s’enfoncera plus durement dans la crise économique (bon diou, est-ce possible ?).

Donald prévoit un durcissement des sanctions et une possible intervention militaire. Donald, Christine, merci pour votre petit coup de pouce, ça fait chaud au cœur en ce premier jour de l’année 2019.

Pendant ce temps à Miraflores, Maduro prévoit de multiplier par quatre le salaire minimum. 8$ au lieu de 2$. Magnifique. A l’annonce de cette mesure, il y a quelques jours, le Bolivar a subit une énième dévaluation. Cette augmentation est donc déjà obsolète avant même sa mise en application. Les tontons débattent :  « Si les salaires augmentent, alors les prix vont augmenter ! » « Non ! Si les salaires augmentent, c’est justement pour suivre la hausse des prix ! ».

 

02012019

Soyons positifs. Oui, un petit point positif bataille seul dans cet océan de détresse. Le gaspillage n’est plus de mise, la surconsommation est naturellement freinée, le recyclage refait surface. Des objets devenus irremplaçables sont choyés, les achats sont réfléchis. Le Pepsi-Cola alourdit moins la porte du frigo et on y réfléchit à deux fois avant de pousser la porte de chez Mc Do. Portefeuille rempli et supermarché garni provoquent de la malnutrition. Les carences actuelles amènent à l’efficience alimentaire. Ça n’est malheureusement qu’un semi point positif : forcés et contraints, sans un copeck en poche, les citoyens sont fatalement privés de certaines libertés, et trop souvent de biens de première nécessité. Cette vision parisiano-bobo-gauchiste et donc un peu à gerber. 

Restons dans le positif. Les sanctions économiques actuelles pourraient servir de déclencheur à la révolution agricole que Chavez n’a su faire. L’autosuffisance alimentaire pourrait être atteinte en partie grâce au blocus américain. A Cuba, après la chute de l’union soviétique, les exportations et le PIB chute. Les Etats-Unis font pression. Les cubains ont faim. Ils découvrent alors, forcés, les vertus de l’agroécologie. Aujourd’hui, Cuba ne dépend que très peu des importations pour nourrir ses citoyens. D’après l’ONU, il jouit d’un indice de développement humain élevé et d’une faible empreinte écologique. Maduro va-t-il imiter Castro ?

 

03012019

Des œufs, il nous faut des œufs ! Citröen Picasso, vitesse modérée, lunettes détectrices de prix bas et portefeuille sous le bras. A l’image de Packman, notre trajectoire zigzagante est incohérente et à angles droits. Nous sillonnons quartiers et patés de maisons de Barcelona. Le soleil nous tire dessus à bout portant. Là ! Il y en a ! Non, trop chers… Ici je les vois ! Non, pas de paiement par carte… Là-bas ! Trop de queue … S’ensuit une virée au supermarché. Il n’y en a tout bonnement pas. Finalement, c’est à la pharmacie que nous en trouvons. Oui. A la pharmacie. Cela ne choque que moi que l’on puisse se substanter d’œufs, d’affreux Ketchup et d’immonde moutarde sucrée dégueulante de graisses saturées à la pharmacie, alors qu’insuline, serviette hygiénique et autre pilule contraceptive ont déserté les rayons depuis belle lurette ?

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Supermarché aux rayons vides

 

04012019

Les médias internationaux parlent d’une aide humanitaire à venir. L’élan altruiste étasunien va sauver gueux et miséreux vénézuéliens. Mon cousin « Déployer allègrement un embargo pour nous asphyxier économiquement, jouer sur le prix du baril et interrompre l’achat d’or noir vénézuélien, souffler sur les braises des relations – ou plutôt tensions – internationales pour nous déstabiliser politiquement et ensuite réclamer de l’aide humanitaire pour limiter notre descente aux enfers ? N’est-ce pas d’une effroyable hypocrisie ? »

 

05012019

Aujourd’hui c’est de l’huile qu’il nous faut. Parait qu’il y en a dans le centre-ville. C’est le téléphone de l’arabe qui nous l’a appris.

Vite, embarque tes clics et tes clacs,

Tes flips et tes flaps,

N’oublie pas ta CB et ton panier,

Faut pas que ça nous file sous le nez,

On a du poisson à griller.

Fier comme un paon avec mes trois bouteilles d’huile sous le bras, je me fais aborder. Les passants n’en reviennent pas, comment cet étranger a-t-il pu s’en procurer ? C’est en courant qu’ils s’éloignent, non mécontents d’aller se faire plumer un SMIC pour 1 litre de gras.

Comment expliquez-vous ces « pénuries » où rien ne se trouve conventionnellement, mais où tout se trouve moyennant volonté, persévérance et gros billet au marché noir ? On ne peut que repenser aux pénuries chiliennes du début des années 1970, précédant la chute (forcée) d’Allende.

 

06012019

Macron, au second tour de 2017, n’a conquis que 44% du corps électoral. Sans compter que la majorité des voix étaient bien dirigées contre Le Pen. Maduro, au premier et à l’unique tour, n’a conquis que 33% des inscrits. La France et le Vénézuéla enregistrent leur plus fort taux d’abstention depuis plusieurs élections présidentielles. Ces deux filous, comme beaucoup d’autres, oublient bien trop vite qu’une majorité de la population est en désaccord avec eux. Ces deux pays n’ont quasiment aucun point commun. Si ce n’est celui-ci.

Petit tour sur Wikipédia. Ça ne fait jamais de mal.  Ci-dessous la liste des pays par réserves de pétrole prouvées :

  1. Vénézuéla : Relations un tantinet tendues avec les Etats-Unis. Intervention militaire dans les cartons.
  2. Arabie Saoudite : Copain copain avec les Etats-Unis et l’Europe. Dérives autoritaires et dictatoriales sagement tues. Pourquoi les envahir ?
  3. Iran : Pas trop les potes des amerlocs. Ça chauffe pour eux.
  4. Irak : Pays dévasté.
  5. Koweit : Relations étroites avec la Maison Blanche. Pas de Marines à l’horizon.
  6. Emirats Arabes Unis : Même bagay qu’au n°5.
  7. Russie : C’est un gros poisson. Trop gros même.
  8. Libye : Kadhafi a sûrement du mal parler des américains. Ça s’est mal fini pour lui.
  9. Nigéria : heuu, il se passe quoi au Nigéria ?
  10. Etats-Unis : Seulement 10eme. Ils sont meilleurs aux JO. Normalement ils ne devraient pas s’auto-attaquer, mais qui sait ?

A la lecture de ce classement, j’en conclus que :

Si dans ton cartable il y a un trop bon gouter, deux choix s’offrent à toi :

  • Tout manger, ne rien donner et rendre les coups assénés ;
  • Tout donner, ne rien manger et rentrer chez toi au rythme des crampes d’estomac.

 

07012019

Depuis l’arrivée de Chavez en 1999, des 25 élections, 23 ont été gagnées par le PSUV. « S’il n’y a pas d’élection au Vénézuéla, alors Chavez les invente ! », disait-on de lui. Une des deux élections gagnées par l’opposition est celle de 2015 : le rouge de l’assemblée nationale vire au bleu. Dans la foulée, 4 députés sont accusés de fraude électorale (dont 3 de l’opposition). Sourde à l’accusation, l’opposition permet à ses 3 députés de conserver un siège dans l’hémicycle. C’est qu’avec ses 112 députés, elle détient la majorité des deux tiers et peut convoquer un referendum  révocatoire. Avec 109, ça n’est plus possible. Le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) gèle donc les pouvoirs  de l’assemblée et convoque une Assemblée Nationale Constituante (ANC). Cette ANC, majoritairement PSUV, détient actuellement le pouvoir législatif.

Coup de force du gouvernement pour récupérer le pouvoir législatif ?

Simple fraude électorale, justement sanctionnée par le TSJ ?

De mon fauteuil, la vérité ne m’est pas atteignable. Ce dont je suis sûr, c’est que le bras de fer est féroce, les deux parties s’assènent des coups véloces, La crampe est proche, la tendinite est presque là, elle se rapproche.

Le Vénézuéla une dictature ? Pas plus que la France, une démocrature. Chez nous, tous les 5 ans, nous votons en masse contre un candidat. Chez nous, tous les 5 ans, nous dénonçons en masse l’épuisement du système. D’avoir tant lutté, nous tombons dans un coma semi-conscient jusqu’aux prochaines élections. Avons-nous choisi nos sénateurs, nos ministres, les représentants de la justice, du conseil constitutionnel ? Non. Mais victoire ! Nous élisons nos députés ! Cette triste assemblée est devenue, depuis le regroupement des présidentielles et des législatives, le pâle reflet de l’Elysée, sur une Seine sombre et agitée.

Le groupe de Lima - ces 14 pays d’Amérique latine relativement peu progressistes – ne reconnaît pas l’élection anticipée de Maduro en mai 2018. Ce groupe créé pour statuer sur la situation vénézuélienne, exhorte le président réélu à renoncer à sa prise de fonction, le 10 janvier prochain. Vous imaginerez la réaction du vice-président du parti, à la télé, la lettre de ses voisins en main : «  Le gouvernement rejette formellement  cette demande et dénonce une conspiration de pays d’Amérique latine, obéissant aux ordres de l’impérialisme étasunien ». Pas plus, pas moins.

Avoir un voisin et entretenir de cordiales relations avec lui est une chose. S’immiscer chez lui, vouloir changer la disposition des meubles et le fonctionnement interne de sa maison en est une autre.

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Maduro Président

 

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Graffiti de l’opposition « Si tu votes… la dictature gagne » Un brin de non-sens dans cette phrase ?

 

08012019

Attendez, j’en ai une bonne ! Duque, extrême droite, fraîchement élu à la tête de la Colombie et qui se pavane aux réunions du Groupe de Lima, vient de faire une déclaration. Il remercie les Etats-Unis pour leur contribution à l’indépendance de la Colombie du colon espagnol. Ignorance profonde et léchage de bottes maximal, ou volonté de transformer l’Histoire ?

Est-il utile de rappeler que Simon Bolivar, né à Caracas en 1783, est une figure emblématique de l’indépendance des actuels Bolivie, Equateur, Panama, Pérou, Vénézuéla et Colombie ? C’est bien lui et les insurgés, et non les Etats-Unis, qui ont joué un rôle crucial dans l’accession à l’indépendance de la Colombie.

 

09012019

Un culte de la personnalité, à la limite du fanatisme, est voué à Hugo Chavez. C’en est presque inquiétant. Je vois mal des affiches, des fresques murales ou des tee-shirts de François Hollande, brandissant la rose du parti, lunettes carrées, regard déterminé et sourire benêt, accompagné du slogan « REVOLUTION SOCIALISTE FRANCAISE, ENSEMBLE NOUS VAINCRONS ». Avec Chavez, ça passe.

Sur les façades des « Viviendas », ces logements construits par le PSUV pour les personnes en situation précaire,  le message suivant est immanquable depuis la route « #AquinosehablamaldeChavez » (Ici on ne parle pas mal de Chavez). Ces logements, et plus généralement les avantages sociaux vénézuéliens, émanent d’une réelle philanthropie de la part du gouvernement. Après des siècles de pillage, le pays et ses ressources sont enfin rendus aux citoyens. Le gouvernement n’en est pas moins calculateur : Si ta situation s’améliore, ton bulletin en faveur d’une réélection glissera tranquillement dans l’urne. Le problème est qu’aujourd’hui la situation ne s’améliore plus. Pire. Elle empire.

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Peinture chaviste « Héritiers de la semence de Chavez »

 

10012019

Aujourd’hui est investi Maduro.

C’est reparti pour 5 ans.

En plus de ne pas être Superman, Simon Bolivar, Mandela, Gandhi voire Chavez, on lui savonne la planche.

On lui met des troncs dans ses petites roues.

On lui tire dessus à coups de sanctions économiques, de matraquage médiatique.

On tente lâchement de l’assassiner.

C’est reparti pour 5 ans.

5 ans de bras de fer.

Un bras de fer guilleret entre écoliers de cours de récré.

Un bras de fer tenace entre « Chavistas » et «  Escualidos ».

Un bras de fer sanglant entre le Vénézuéla et l’Occident.

Un bras de fer atomique entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie.

Ce conflit est le problème de tous. S’il éclate, il t’éclabousse.

Quelques jours avant l’investiture, le Dollar parallèle valait 780 Bolivars Souverains. Aujourd’hui il en vaut 2100. On oublierait presque que l’année dernière, cinq zéros ont été enlevés au Bolivar « Fort » pour qu’il devienne « Souverain ». J’suis pas expert en économie mais c’est la cata cher ami.

 

11012019

Mike Pompeo, secrétaire d’Etat des Etats-Unis et ex-directeur de la CIA, copine avec un certain Juan Guaido, président de l’assemblée nationale. Ils auraient la merveilleuse idée de créer un gouvernement parallèle. Sans élection. Dans l’irrespect de la constitution. Et c’est Maduro le Despote ? Je n’y comprends plus rien mon pote.

 

12012019

Trois semaines au Vénéz. Ce n’est pas une sinécure bordel. Affligé, désarçonné, avec mon petit cul bordé de nouilles et mon Passepartout (passeport français), je ne manque pas de sourire au douanier. Quelques heures avant l’avion, je suis allé dire au revoir au tonton. « Et cet attentat contre Maduro ! Ils auraient mieux fait de ne pas le rater ! S’il mettait en prison les industriels responsables de l’inflation, j’aurais un tee-shirt avec écrit Chavez devant et Maduro derrière. Mais il ne fait rien pour enrayer la situation. Il la cautionne. De toute façon, il ne tiendra pas jusqu’à mars ! (raté…) Et toi Adrien, tu reviens quand ? »  «  Heu moi ? Je ne sais pas. Je vais d’abord soutenir les gilets jaunes derrière mon écran et je reviens. Tu sais là-bas, le SMIC est 220 fois plus élevé qu’ici et ils se battent pour qu’il passe à 240. Tu comprends, le réservoir du Renault Scénic familyfullequipedairconditioning fait 50 litres et l’essence est bientôt à 2€/L. »

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Le tonton

 

 

 

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Je suis le seul des 28 cousins à être né de l’autre côté de l’Atlantique. Bah rien que pour ça je crois que je vais m’offrir un beau Renault CYNIQUE.

 

Adrien Alfonso

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