Rien ne bouge

"Combien de temps un homme peut-il tourner la tête et prétendre qu'il n'a rien vu ?" se demandait dans les années 60 Dylan dans sa chanson Blowin in the wind, aujourd'hui la question est toujours posée et il semble qu'aux Comores la réponse flotte toujours dans le vent.

"Combien de temps un homme peut-il tourner la tête et prétendre qu'il n'a rien vu ?" se demandait dans les années 60 Dylan dans sa chanson Blowin in the wind, aujourd'hui la question est toujours posée et il semble qu'aux Comores la réponse flotte toujours dans le vent.

 

Rien ne bouge à Mayotte après la crise Bacar et les annonces du ministre Jego en juin 2008, un vent d'espoir avait soufflé sur les relations avec l'île voisine d'Anjouan, mais pour l'heure ces effets d'annonce n'ont été suivis d'aucune mesure concrète. D'aucune mesure de grande ampleur en tout cas, il y a bien eu quelques timides tentatives d'exportation des produits maraîchers d'Anjouan vers Mayotte, ainsi qu'une aide à la formation professionnelle fournie par le Vice-rectorat mahorais au ministère de l'éducation anjouanais, mais pour l'heure les activités du groupe de travail de haut niveau (GTHN, mis en place pour permettre un dialogue entre autorités françaises et comoriennes) s'arrêtent là. Où sont passés l'assouplissement du visa Balladur, la construction d'un hôpital digne de ce nom à Anjouan, promis par Jego ? Encore du vent et des effets d'annonce.

 

ATTEINTES AUX DROITS DE L'HOMME

 

Dans ce contexte les images du CRA (centre de rétention administrative) qui ont filtré dans la presse sont une claque pour notre conscience et notre morale de citoyen français. En fait rien n'a changé les objectifs de renvois vers Anjouan restent les même en terme de chiffres (autour de 16000 par an) et la PAF et la gendarmerie exécutent docilement les ordres, sans pour autant avoir les moyens de mener ces opérations en respectant la dignité des personnes. Il faut tout de même saluer l'initiative des 2 policiers qui ont eu le courage de filmer au sein du CRA de Pamandzi et de donner les images aux journalistes. Ce film vient confirmer nos pires craintes tout ce qu'on entendait ici où là mais qui ne revêtait qu'une réalité partielle en l'absence d'une représentation concrète, maintenant on ne peut plus prétendre ne pas savoir, n'avoir rien vu. Maintenant on a vu et on sait, on sait que rien ne bouge et que les conditions de vie des anjouannais sans papier à mayotte sont déplorables, que les conditions de leurs expulsions sont encore pires. D'ailleurs ce que ne montrent pas les images sont les conditions du débarquement à Anjouan. Car ces hommes et ces femmes sont renvoyés chez eux tels qu'ils ont été arrêtés, bien souvent raflés dans la rue en short et savates c'est ainsi démunis qu'ils débarquent à Anjouan, sans parler des mohéliens et des grands comoriens renvoyés sur une île qui n'est pas la leur. Il y a aussi les mineurs isolés expulsés en dépit du droit, et tous ceux qui pourraient prétendre à un statut d'immigré légal si la préfecture ne leur mettait pas des batons dans les roues

 

TOUS COLLABOS ?

 

Finiront nous citoyens français à Mayotte par dire à nos petits enfants ce que nos grands parents nous ont dit sur le sort des juifs sous l'occupation : "on ne savait pas ce qui se passait" ? Non, justement grâce au travail de quelques journalistes et au courage de quelques fonctionnaires de police on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas. Si demain un incendie se déclarait au sein du CRA et que périssaient brûlées des dizaines de personnes, l'Etat serait responsable et nous en tant que citoyen pour n'avoir pas assez fait pour que cela cesse. Il en va de même pour ces kwassas qui sombrent dans le lagon, la société mahoraise en porte la responsabilité collective et l'Etat français est coupable de laisser cette situation perdurer. Quand en novembre 17 personnes se sont noyées à part quelques larmes de crocodiles versées ici où là personne n'a bougé... Mayotte est-elle en train de faire de nous des collabos en puissance d'une situation inacceptable, à nous français vivants à Mayotte de nous poser la question, et aux français en général de prendre connaissance du problème et d'en faire un enjeu national. En tout cas à l'heure où Mayotte ne parle que de devenir département, on y respecte pas les droits de l'homme. Cela ne devrait-il pas être le préalable à toute départementalisation ? Ne demande-t-on pas au pays candidats à l'Union Européenne de respecter ces mêmes droits de l'homme avant de les accepter au sein de l'UE. En l'occurence les mahorais n'y sont pour rien c'est à l'état français soit d'assouplir sa politique d'immigration à Mayotte soit de se donner les moyens de mener sa politique répressive de manière "humaine". A nous tous aussi d'ouvrir les yeux, de ne plus juste détourner le regard, il faut entrer en résistance contre cette situation. La morale le commande : le temps de l'indifférence a assez duré.

 

 

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