Du passé faisons table rase

Un président de la République incapable de défendre son bilan devant les français, son ex-ministre désavouait par sa propre famille politique, un ex-Ministre de l'Economie soupçonné de s'être servit de l'argent public pour préparer sa croisade, une droite et une extrême droite engluées dans les affaires de détournement de fonds publics... Ambiance de fin de règne sur la scène politique.

 

  Le chaos règne chez toutes les forces politiques traditionnelles, garantes de l'ordre établi. Il ne fait pas bon être candidat à la conquête du trône présidentiel par les temps qui courent.  Mais les vents contraires n'ont pas attendu le renoncement du président Hollande et les diverses affaires pour commencer à souffler contre l'ordre politique et social. Il y a environ un an commençaient les mobilisations contre la loi El Khomri, plus vaste mouvement social depuis une bonne dizaine d'année. Les signaux envoyaient par le pouvoir ne trompaient pas : répression policière parfois très violente, tentative d'interdiction de manifester, utilisation du très peu démocratique 49.3,... C'est la peur qui régnait en haut-lieu. La mobilisation s'est progressivement éteinte à force de propagande médiatique et d'inflexibilité gouvernementale, mais la colère est restée, l'envie de tranfomation sociale aussi.                              

   Seule une partie de l'échiquier politique semble épargner par les balles. La gauche, la vraie, la nôtre. Celle que les éditocrates aiment à rappeler l'archaïsme, la marginalité, l'irréalisme. Mais aussi celle qui s'est trouvé aux côtés des salariés et des étudiants durant tous ces mois de mobilisations. Il semblerait donc bon de profiter d'une conjoncture politique, qui, pour une fois, nous semble favorable. L'élection du "frondeur" Benoît Hamon lors de la primaire socialiste a changé la donne nous dit-on. Le rassemblement et l'addition (ou la soustraction?) des  programmes de Jean Luc Mélenchon, de Benoît Hamon et de Yannick Jadot, serait la seule manière de transformer l'essai. Il est vrai que si l'on regarde les 3 programmes, on peut y trouver de nombreuses accointances, notamment sur le constat d'échec et la volonté de tourner la page du quiquennat hollandien pour laisser place à une politique davantage portée sur la question sociale et écologique. Mais, hormis le constat, que partagent ces 3 candidats, que justifierait et rendrait possible un rapprochement ?

  Sans faire injure à Yannick Jadot, je vais me concentrer sur le cas du candidat investi par le PS, car il me semble que cela dit beaucoup de choses sur les mutations idéologiques et sur l'état du PS, et plus largement de la gauche. L'investiture de Benoît Hamon soulève un certain nombre d'interrogations, tant sur la forme que le fond. 

Tout d'abord, au niveau de la forme, lorsque le candidat parle de rassemblement, de quel rassemblement parle-t-il ? Compte-t-il incarner lors de cette campagne, une synthèse de tous les courants de sa famille politique, et édulcorer son discours pour rassembler l'appareil socialiste, ou compte-t-il tourner définitivement la page du social-libéralisme en faisant le ménage chez lui et se touner vers sa gauche pour être partie prenante d'un rassemblement anti-austéritaire? Benoît Hamon semble de lui-même donner quelques éléments de réponse ces derniers-jours, avec notamment, la sollicitation de Stéphane Le Foll, fidèle parmi les fidèles du président Hollande, pour intégrer son équipe de campagne. De plus, Hamon ne semble décider à remettre en cause les investitures du PS aux législatives. Il semblerait que le candidat PS ne trouverait pas saugrenu que de défendre l'abrogation de la Loi El Khomri avec 80% des candidats aux législatives qui ont soutenu et défendu cette loi, dont madame El Khomri elle-même (candidate dans le 18ème arrondissement de Paris). Il serait, dans ce contexte en tout cas, particulièrement improbable et incohérent de solliciter un rassemblement avec Benoît Hamon.

Sur le fond également, des divergences existent et non des moindres. Pour commnencer, prenons la mesure phare du candidat socialiste : le revenu universel. Cette mesure manque, me semble-t-il, cruellement d'ambition, et est le signe de ce qui nous sépare peut-être le plus de Benoît Hamon. Cette mesure, déjà appliqué en Finlande notamment, est réclamé systématiquement par les libéraux, pour la raison simple, qu'elle permet aux entreprises de baisser les salaires. Lorsque l'Etat vous donne une certaine somme (d'ailleurs inférieure au seuil de pauvreté), pourquoi les entreprises vous donneraient-elles des salaires décents ? Ce revenu de base leur permet d'annihiler toute revendication en terme d'augmentation de salaire, et de continuer à augmenter leurs profits. Le revenu de base a pour conséquence de réduire la très grande pauvreté mais pas de réduire les inégalités, au contraire (voir vidéo Franck Lepage : https://www.youtube.com/watch?v=cQQh67cdYu8). Benoît Hamon veut rendre acceptable le capitalisme quand nous voulons le dépasser puis l'abolir, il veut remettre de l'essence dans le moteur de la consommation quand nous voulons mettre  fin au productivisme et au consumérisme. Ensuite, en plus du revenu universel, Benoît Hamon souhaite mettre en place un certain nombre de mesures sociales et écologiques, mais le tout en restant dans les traités budgétaires actuels de l'Union Européenne, choix qu'avait fait Alexis Tsipras à la tête de la Grèce, et nous savons à quel mur il s'est heurté... Aucune politique sociale n'est possible dans ce cadre-là, et Benoît Hamon en restant dans ce carcan, ne pourra pas plus que Tsipras mettre en place quoique ce soit. Pour finir, le candidat socialiste n'est pas sortit de nulle part, il fut ministre pendant presque la moitié du quiquennat, par conséquent il est comptable lui aussi, au moins en partie, du bilan du quiquennat, d'où, peut-être, la difficulté qu'il a à désavouer clairement ce bilan.  

  En conclusion, la balle est aujourd'hui dans le camps du candidat Hamon. Il se doit de clarifier ses positions, préciser un certains nombres de points programmatiques, et choisir. Choisir de faire le menage dans son camps, ou c'est lui-même qui risque d'être balayé.

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