Hirak: les journalistes pris pour cible par le pouvoir

La contestation dans le Rif marocain prend une tournure bien dangereuse avec la multiplication d’arrestations de journalistes par les autorités. Les entraves à la liberté de la presse se multiplient et plusieurs détenus emprisonnés ont entamé une grève de la faim. Un moyen ultime de protester contre un pouvoir qui souhaite résoudre cette crise loin des caméras de télévision.

La liberté de la presse et d’information est ténue au Maroc où la contestation des autorités prend une tournure de plus en plus anxiogène. Né suite à un accident qui a entraîné la mort d’un vendeur ambulant de poisson en octobre dernier, le mouvement Hirak entendait rendre l’ensemble de la région du Rif visible aux yeux d’un pouvoir marocain jugé trop peu préoccupé par son développement. Plusieurs dizaines de contestataires sont actuellement sous les barreaux et le plus perturbant est peut-être de voir sept journalistes incarcérés depuis le début du conflit. Considérés comme des organisateurs du mouvement et non pas comme de simples journalistes par la police, ils sont détenus en prison et illustrent la privation de liberté qui s’étend dans le Nord marocain.

Arrêté le 20 juillet, Hamid Al-Mahdaoui, directeur du site d’information Badil.info est lui aussi présenté comme un meneur du mouvement. Il est poursuivi pour sa participation à « une manifestation interdite » et pour avoir « contribué à son organisation ». En grève de la faim depuis le 22 juillet, Al-Mahdaoui, a été condamné trois jours plus tard à trois mois de prison ferme et à une amende de 20 000 dirhams (1 800 euros). Toujours en grève de la faim, il suit le chemin inquiétant tracé par un manifestant, Rabii Elablaq qui a été hospitalisé le 31 juillet après plus d’un mois de grève de la faim. Les jours de ce militant sont en danger et n’incitent pas à l’abaissement des tensions dans le Rif.

Les journalistes en poste dans la région sont aujourd’hui obligés de faire preuve d’une grande prudence, car ils sont scrutés et menacés par le pouvoir et se retrouvent de plus en plus souvent confrontés à la violence des manifestants. Lors des rassemblements, les photographes sont régulièrement malmenés ou dépouillés. Accusés de faire le jeu de la police et de ramener des images permettant d’identifier les contestataires, les journalistes sont pris entre deux feux et ne peuvent plus exercer leur travail avec sérénité.

De l’autre côté, la peur de l’embrasement à d’autres régions du pays pousse le pouvoir marocain à se montrer implacable avec une presse qui ne fait pourtant que son travail. Casser le thermomètre plutôt que de traiter les causes du mal qui ronge la société marocaine, tel est le pari très risqué des pouvoirs publics. Les Marocains risquent d’en subir les conséquences. Pour la presse, le mal est d’ores et déjà bien palpable. 

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