Lettre ouverte : Essentielle la culture …Oui, mais pas pour eux ?

Si vous revendiquez la reconnaissance de la culture et de ses services comme essentiels, alors pourquoi avez-vous tant de peine à exiger le respect des droits culturels pour les millions de personnes dites les plus vulnérables ?

C’est dans la gazette du 7 juin.

Essentielle la culture … Oui, mais pas pour eux ?

andre-fertier
Photo patricia marais
Lettre ouverte aux élus, aux acteurs de la culture et des médias

Mesdames, Messieurs,

Si vous revendiquez la reconnaissance de la culture et de ses services comme essentiels, alors pourquoi avez-vous tant de peine à exiger le respect des droits culturels pour les millions de personnes dites les plus vulnérables ? Parmi ces droits dont elles ne voient toujours pas l’effectivité, il est à souligner celui de pouvoir accéder à égalité avec tous les autres au service public de la culture, aux offres de ses lieux de diffusion, d’éducation, d’enseignement et de pratiques artistiques.

Cet égal accès devrait être effectif, en dépit de l’isolement auquel elles sont nombreuses à être contraintes dans leurs lieux de vie, qu’il s’agisse de foyers pour personnes handicapées ou d’Ehpad, aussi bien que de leur domicile privé. Si la continuité de ce service public leur était aménagée, elles ne subiraient pas cette injustice criante d’une double peine consistant à ajouter aux souffrances liées à leur isolement physique celles induites par une forme de déchéance de leur citoyenneté culturelle.

Vous êtes nombreux à vous investir dans des combats comme ceux pour l’égalité hommes-femmes, la laïcité, contre le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, etc., mais qui, parmi vous, dénonce cette déchéance de citoyenneté culturelle, ces discriminations culturelles de masse ? Qui exige l’arrêt de la pratique de l’exclusion culturelle absolue (ECA), cette maltraitance extrême consistant à laisser des enfants, des femmes et des hommes entre les grilles de leurs lits, certains durant des années, dans l’impossibilité totale d’accéder à des nourritures et à des activités culturelles ? Qui dénonce leur réduction à leurs seules données biologiques en ne leur accordant que des soins de nursing ?

Serait-il si difficile de s’émouvoir de ces situations au point de ne pas pouvoir s’engager pour contribuer à y mettre fin ? Cette cause ne mérite-t-elle pas d’être portée sur la place publique ? L’expérience de confinement vécue par tous dans ce contexte de crise sanitaire aurait dû nous conduire à être plus sensibles aux conséquences tragiques de l’isolement auquel sont condamnées, en permanence et à perpétuité, nombre de ces personnes, d’autant plus que cette pandémie a mis en évidence leurs conditions terribles d’existence. Ainsi, il n’est plus possible d’ignorer que les Ehpad ne disposent en moyenne que d’un seul animateur pour cent résidents souffrant de multiples handicaps, et que, par ailleurs, comme dans les foyers de personnes handicapées, le nombre de bénéficiaires de sorties culturelles y est dérisoire.

En ces temps de questionnements sur le devenir de la culture et des politiques culturelles, ces populations, qui devraient y avoir toute leur place, vont-elles continuer à en être absentes ? Le silence persistant des élus, des acteurs de la culture et des médias sur ce sujet me le fait craindre fortement.

Mesdames, Messieurs, qu’attendez-vous pour saisir vos plumes, frapper sur les touches de vos claviers d’ordinateurs, ou prendre vos porte-voix ? Combien de temps sera encore ignoré à ce point le Préambule de notre Constitution : « La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte (…) à la culture » ?

https://www.lagazettedescommunes.com/…/essentielle-la-cult…/

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