De la pair-aidance hors de la santé mentale ?

Il me vient parfois l’idée que si la pair-aidance professionnelle est encadrée, promue et contenue dans la santé mentale, dans la mouvance du rétablissement, d’un empowerment trop souvent dévoyé et de l’inclusion sociale et normative, c’est peut-être parce que sans cela, les usagers, les pairs, les (im)patients pourraient réellement prendre le large des verrous sociaux que ce système leur impose.

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Probablement que ce lien actuel entre travail pair et mouvance de santé mentale libérale est à lier à une conjoncture historique. L’OMS et les grandes politiques de santé mentale promeuvent ce qui fait ses preuves pour l’instant. Bricolant avec des outils à disposition dans l’histoire passée et présente, les grands décideurs se fient au résultat. Alors oui, la pair-aidance peut s’inscrire dans une amélioration de la condition des malades psychiques. Elle peut les aider à mieux se remettre des troubles qui les frappent. 

Mais la pair-aidance est-elle un outil néolibéral qui vise à faire reposer encore sur la société civile, familles, associations, mouvements divers plus ou moins sous perfusion économique étatique, les dommages collatéraux humains et sociaux de la gestion rationnelle de la santé publique et de la santé mentale ? Ou la pair-aidance est-elle à la base d’une forme de reprise de pouvoir d’agir collectif, de mobilisation de groupe et de mouvement social ? 

Il me semble que laisser, comme c’est le cas aujourd’hui, la pair-aidance dans les mains des structures institutionnelles, c’est en grever le potentiel collectif et libérateur. C’est annihiler les potentialités de changement social que l’action collective porte en elle. Et peut-être que stratégiquement cette alternative est pensée. Quoi qu’il en soit, nous, pairs, devons la penser pour peser sur le débat public. Il ne faut pas laisser cette forme d’entraide comme un supplétif à des institutions défaillantes mais bien lui permettre de faire germer une autre vision de la psychiatrie par ceux qui l’ont vécue.  

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