Comment garder notre engagement intact face aux accusations de complaisance?

Suite à l’attentat de Conflans, la violence qui s’est propagée dans les médias contre «les islamo-gauchistes» m’a sidérée et m’a plongée dans la plus grande des inquiétudes quant aux prochains mois et années: et surtout, comment continuer de dénoncer et alerter sur la dangerosité de ces concepts quand notre parole se voit décrédibilisée et étouffée par de fausses accusations?

J’assiste depuis bien trop longtemps et de façon impuissante, à la montée de la haine, au discours qui divisent, à la négation de nos différences, à la confiscation de la parole si cette dernière vient contredire le discours de la majorité ou l'absence de nuances. Si nous émettons des doutes ou un discours à l’opposé de celui porté par le gouvernement, nous prenons le risque d’être taxé d’islamo-gauchistes, ou pire, de complaisance avec l’ennemi.

A la colère, vient maintenant s’ajouter l’incertitude sur la portée de nos engagements. En effet, je remarque, que depuis des années je répète plus ou moins la même chose, à savoir un accueil digne des personnes venues chercher refuge en Europe, une politique efficace pour lutter contre la pauvreté et le mal-logement, une économie solidaire et enfin, une politique anti-raciste, ne se cachant pas derrière la laicité ou le leurre de l’Egalité, pour ne pas reconnaître les crimes policiers à caractère raciste dans les quartiers populaires, les discriminations à l’embauche et au logement ect..

Ce discours était certes minoritaire, mais avec les actions menées par différentes associations (Comité Adama, Urgence notre police assassine, LDH, Solidarités Migrants Wilson ect..) ou bien des exemples de “réussite” avec le camp de la linière, ouvert par Damien Carême à Grande-Synthe, j’ai pensé qu’enfin la lutte contre les inégalités pourrait devenir une cause commune en France.

Au contraire, c’est une autre parole minoritaire qui a gagné en visibilité médiatique et qui s’installe durablement dans notre quotidien: celle de l’extrême-droite, et les semaines qui ont suivies l’odieux assassinat de Samuel Paty ne sont que le triste exemple de cette societé, qui en plus d’emprunter une réthorique raciste, nie les différences et singularités de chacun, et envoie ce message dangereux: adhère au projet de notre République, et si tu viens contredire ce message “d’unité”, saches que tu fais preuve de complaisance avec l’ennemi.

La possibilité de critiquer et s’indigner se voit réduite au maximum, et l'on oppose que défendre un accueil digne des réfugiés permet l’arrivée de terroriste, que d’autoriser le voile, c’est participer à l’islamisation de le France, que reconnaître les inégalités raciales, c’est importer des concepts nord américain. Soyons unis, portons tous le même discours : Vive la République Française, celle qui est tolérante et qui ne voit pas les couleurs, ni les religions.

L’état d’Israel a compris la technique: quiconque défend BDS (association de boycott pour lutter contre l’occupation en Palestine) sera accusé d’antisémistime et expulsé du territoire isralien (comme récemment avec l’expulsion du directeur de Human Rights Watch en Israël-Palestine pour une supposée adhésion à BDS, ou Salah Hamouri, régulièrement emprisonné ou intimidé pour ses prises de positions).

Ce qui se passe est dangereux et inquiétant: toute forme d’opposition, de contestation est étouffée par des rhétoriques empruntées à l'extrême-droite, Marion Maréchal Le Pen, se félicitant même de retrouver ses idées dans les discours de Blanquer. La majorité au pouvoir s'applique soigneusement à dénoncer les discours de gauche et extrême gauche, nous rendant coupables des pires maux. 

 Suite à l’attentat de Conflans, la violence qui s’est propagée dans les médias contre “les islamos-gauchistes” m’a sidéré et m’a plongé dans la plus grande des incertitudes quant aux prochains mois et années: Comment combattre l’extrême-droite et ses idées réactionnaires quand elles influencent maintenant notre gouvernement? Et surtout, comment continuer  de dénoncer et alerter sur la dangerosité de ces concepts quand notre parole se voit décrédibilisée et étouffée par de fausses accusations?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.